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29 juin 1992 aprÈs avoir accompli son forfait

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2012-06-27
 
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  Emir Abdelkader    
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29 juin 1992 aprÈs avoir accompli son forfait


Actualits : 29 JUIN 1992 APRÈS AVOIR ACCOMPLI SON FORFAIT, LASSASSIN SÉTAIT ENFUI CHEZ LUI
Il veut porter plainte contre Boumarafi !


Un reportage de Mamar Farah
Bad Abdelhamid, tout le monde lappelle ici Madjid. Cest un gars que vous ne raterez pas ! De bon matin, il est sur le Cours, attabl avec un groupe damis ou dambulant lombre des platanes. Le soir, il est visible lune de ces nombreuses terrasses qui vont de Toche au Belvdre et o lon refait le monde en parcourant les pages dun journal rabougri par le voyage dune journe dans la poche arrire dun jeans fatigu. On discute aussi des petits et grands faits de la cit Il y a quelques annes, Madjid mavait fait part du vu de son pouse de parler un journaliste.
Il me disait quil avait confiance en moi et quil tenait ce que je rencontre Blida qui, me confiait-il, tait souffrante. Blida Merah, ne en 1947, tait la mre de 5 enfants et ce quelle voulait me dire navait rien voir avec sa vie familiale Le 29 juin 1992, elle avait vcu un vnement exceptionnel et stait trouve propulse, malgr elle, au cur de lHistoire Ce 29 juin 1992, Madjid tait, comme tous les jours, au restaurant Le Bosphore dont il tait le grant. A 11 heures prcises, il avait termin les courses et la prparation des menus et se consacrait la comptabilit. Il faisait ses comptes tranquillement lorsquil entendit, peu avant midi, des rafales darmes automatiques. Il pensa alors un acte terroriste. Trs vite, le calme reprit le dessus dans cette ruelle qui va de la rue du CNRA au cours de la Rvolution. A 13 heures, il quitta le restaurant et prit le chemin du domicile familial situ en face du Commissariat central, dans cet immeuble colossal de style colonial.
Vite, appelez la police, vite !
Son appartement est situ au sixime tage. Lorsque lascenseur ne fonctionne pas, il est oblig de se taper ces escaliers interminables qui font battre son cur Mais son cur battra encore plus fort lorsquil arriva au niveau de son appartement : la porte tait grande ouverte et des versets du Coran parvenaient du poste de tlvision allum Il ny avait personne Il courut vers les voisins qui linformrent de larrive de quelques policiers qui conduisirent sa femme au commissariat tout proche. Il descendit les marches en trombe et lorsquil fut au commissariat, il sut que sa femme avait t emmene la Gendarmerie nationale. Arriv chez les gendarmes, il eut enfin un dbut dexplication ce terrible feuilleton dont il vivait, en direct, les pripties : Le gars qui a tu Boudiaf sest enfui chez toi. Il a t arrt et ta femme va bien, ainsi que ta fille Rentre chez toi, il ny a rien faire. Ds que lenqute sera termine, ton pouse rentrera chez elle. Madjid, qui a travaill toute sa vie comme pompier, sait ce que veulent dire ces paroles A 14h 30, on sonne la porte. Cest sa femme, encore toute ple et bouleverse, qui rentre avec sa fille A peine remise de ses motions, il lui demanda de lui raconter enfin ce qui stait pass ici le matin mme. Elle but une longue gorge deau, sassit sur le fauteuil qui faisait face Madjid, affal sur le canap, et raconta : Il faisait chaud. Pour faire la galette, jai choisi de minstaller dans le couloir o il y a un peu de courant dair. La porte tait ferme mais pas cl. Ma fille me tenait compagnie. Vers 11 h 30, la porte souvrit brutalement et un gars haletant entra en courant : vite, appelez la police, vite ! criait-il. Puis, se calmant : Nayez pas peur. Je ne vous veux aucun mal. Mais, sil vous plat, appelez la police Boumarafi se tenait au milieu du couloir et Blida ne savait pas quoi faire. Elle ne comprenait pas ce qui se passait autour delle. Elle tait panique et avait la sensation que le sol glissait sous ses pieds. Elle tremblotait et la sueur inondait tout son corps. La voix de Boumarafi rsonnait dans ses oreilles, en samplifiant, comme si tous les autres bruits avaient disparu et quil ne restait plus que cette voix virile et puissante qui faisait mal aux tympans.
La mystrieuse Polo blanche
Madjid se tut quelques secondes. Il semblait prouv et le souvenir de son pouse disparue le submergea : Cette rencontre lui fut fatale ! Depuis cette maudite rencontre, rien ne sera plus comme avant. Ma femme tait tellement bouleverse quelle en fut malade. Bientt, on tablit que son cur tait atteint Ce fut une longue descente aux enfers. Pour elle, pour les enfants et pour moi. Aprs-midi du 29 juin 1992. Linformation avait fait le tour du monde et la tlvision diffusait toujours des versets du Coran. Lappartement de Madjid fut submerg par les parents et les voisins. Et tout le monde se posait la question : Mais pourquoi Boumarafi avait-il choisi cet appartement ? En vieux loup de la Protection civile, Madjid en dduisit que celui qui venait de tuer le Prsident tentait dchapper la mort ! Il y a tellement de dtails qui montrent que le coup tait prmdit et trs bien prpar et Boumarafi nen tait que lexcutant. Un tueur qui devait tre liquid une fois son sale boulot accompli. Avait-il conscience du danger avant de passer lacte et stait-il dgag une sortie de secours en tudiant le parcours qui le sparait du commissariat en fait quelques centaines de mtres ?
Si tu connais un bon avocat, dis-lui de maider. Je dois venger ma ma femme. Je veux attaquer Boumarafi en justice. Cest lui la cause de sa maladie.
maladie.Ou alors, avait-il ralis la dernire minute quil allait subir le sort de Boudiaf et, dans la prcipitation, stait enfui sans but prcis ? Mais il reste cette question sans rponse qui taraude les esprits : pourquoi ne stait-il pas prsent au commissariat au lieu de grimper six tages dans limmeuble den face pour exiger en fin de compte quon le conduise ce mme commissariat ? L aussi, les rponses divergent : pour les uns, Boumarafi ne connaissait pas la ville et avait choisi de se rfugier dans cet immeuble pour tre en scurit avant dtre conduit chez la police. Il ne pouvait pas savoir que le commissariat tait juste en face de cet immeuble, spar simplement par le goudron ! Pour dautres, dont Madjid, cette fuite tait celle de la survie : Jai entendu des tmoins raconter quune Polo blanche le poursuivait. Dans sa fuite prcipite, il voulait surtout semer ses poursuivants. Voil pourquoi, il ne voulut pas aller au commissariat. Il choisit limmeuble. Dailleurs, il ne sarrtera ni au premier, ni au second tage. Il grimpera jusquau sixime et avant-dernier tage. Sans doute quil voulait brouiller les pistes
Il mavait appel Amma, comme si jtais sa mre
Cette journe noire marquera jamais la petite famille de Bad Abdelhamid, dit Madjid. La maladie de sa femme plongera le mari et les 5 enfants au cur dun drame qui se terminera par la mort de Blida dont le destin avait crois celui de Boumarafi, en cette chaude journe de juin, autour dune tabouna o cuisait une galette de kesra comme seules savent en faire les femmes de notre pays. Avant de steindre paisiblement lhpital du Caroubier, elle racontera sa rencontre avec Boumarafi comme on raconte un conte denfant : Il mavait appel Amma, comme si jtais sa mre. Il mavait dit : naie pas peur. Je suis un policier. Appelez la police, sil vous plat Blida appela son fils qui, dune enjambe, fut au commissariat. Un policier se prsenta lappartement et emmena Boumarafi qui se laissa faire. Vingt minutes plus tard, la Gendarmerie nationale lembarqua Le rideau (sic) venait de tomber sur cette cruelle journe. Le corps du dfunt Prsident fut transport Alger. Le criminel aussi. Et quand les avions et les hlicoptres repartirent de laroport Les Salines, on avait limpression que le secret de cet pisode sanglant de lHistoire algrienne avait t emport dans les soutes bagages et quil ne restera ici que le triste souvenir et cette sale rputation quAnnaba mettra longtemps effacer. Que ne racontait-on pas dhistoires farfelues sur la mafia locale, runie la veille dans un restaurant hupp de la ville et qui aurait prpar le coup ! Non, Annaba ntait que le lieu choisi pour lexcution : tout a t prpar Alger.
Dites Bouteflika que cest Boumarafi qui ma tue !
Pour Blida, ce fut le calvaire. Son mari, retrait, ne pouvait acheter tous les mdicaments dont certains taient introuvables. Heureusement quil trouvera aide et assistance auprs de son frre migr. Lors du procs de Boumarafi Alger, elle fut convoque par le tribunal mais, faute de moyens, ne put sy rendre pour tmoigner. En vrit, son mari voulait lui viter les dsagrments du voyage mais, surtout, de revivre le drame. Un drame quelle noubliera jamais. Aprs sa mort, Madjid dcouvrira dans ses affaires la page dun journal de lpoque illustre dun grand portrait de Boumarafi. Cach dans ses affaires intimes, ce souvenir avait-il un sens ? On ne le saura jamais. Mais peut-tre quelle voulait garder la preuve du mal qui lemportera dans sa tombe. Sa dernire phrase sur son lit de mort fut pour sa fille : Dites Bouteflika que cest Boumarafi qui ma tue ! Madjid se lve, sappuie dune ferme poigne sur la table et me lance en guise dau-revoir : Si tu connais un bon avocat, dis-lui de maider. Je dois venger ma femme. Je veux attaquer Boumarafi en justice. Cest lui la cause de sa maladie. Jai des certificats de maladie qui le prouvent Ainsi, je partirai tranquille... Madjid essuie une larme et sen va, le dos courb par les ans, et sa silhouette sestompe dans la fume et le brouhaha Un ciel charg de pesante humidit tombe sur la plage dserte par les baigneurs. Seuls quelques gosses continuent de jouer sur le sable et leurs clats de rire parviennent jusqu la terrasse o la chaise vide qui me fait face prend subitement la forme dun immense et terrible point dinterrogation
M. F.
Un drame quelle noubliera jamais. Aprs sa mort, Madjid dcouvrira dans ses affaires la page dun journal de lpoque illustre dun grand portrait de Boumarafi.


' Le Soir d'Algerie



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