> > > | french Forum

Le jour o Ptra se rveilla

(Tags)
 
l||l Mise a Jour Driver ǰl||l ayoubreda22 0 2012-05-25 01:46 PM
Viendra le jour zwina | french Forum 0 2010-05-18 08:34 PM

 
LinkBack
  : ( 1 )  
2012-10-10
 
:: ::

  Emir Abdelkader    
: 11609
: Aug 2011
:
:
:  male
:
: 45,937 [+]
: 3119
: Emir Abdelkader has a reputation beyond reputeEmir Abdelkader has a reputation beyond reputeEmir Abdelkader has a reputation beyond reputeEmir Abdelkader has a reputation beyond reputeEmir Abdelkader has a reputation beyond reputeEmir Abdelkader has a reputation beyond reputeEmir Abdelkader has a reputation beyond reputeEmir Abdelkader has a reputation beyond reputeEmir Abdelkader has a reputation beyond reputeEmir Abdelkader has a reputation beyond reputeEmir Abdelkader has a reputation beyond repute
Manqool Le jour o Ptra se rveilla





Le Khazneh (le Trsor) est le plus clbre monument de Ptra. On ignore s'il s'agit d'un temple ou de la spulture d'un roi. Crdits photo : Hubert Raguet

Il y a deux cents ans, un jeune explorateur suisse, Johann Ludwig Burckhardt, redcouvrait Ptra dans des circonstances rocambolesques. La capitale des Nabatens, en Jordanie, est aujourd'hui considre comme une des merveilles du monde. Rcit d'une formidable aventure.



À deux sicles d'ici, le 22 aot 1812, un homme pieds nus, portant l'habit du Bdouin en plerinage, s'avance vers une brche creuse depuis la nuit des temps dans la montagne aride du Wadi Moussa (la valle de Mose). Il se fait appeler cheikh Ibrahim, ngociant, venu faire offrande d'une chvre au prophte Aaron (le frre de Mose). À quelques pas derrire lui, un deuxime homme porte l'animal sur ses paules. C'est son guide qui a accept de mauvaise grce, mais contre large rtribution - jusqu' ses chaussures et sa chemise - de le mener ici, dans cette cit interdite connue seulement des anciens. Sans doute craignait-il aussi qu'un refus de sa part lui attire la vindicte du dieu. Mais il est inquiet, mfiant, et flaire quelque chose ce plerin n'est pas comme les autres. Il a raison. En vrit, sous les hardes et la barbe hirsute du Bdouin, se cache Johann Ludwig Burckhardt, un explorateur suisse g de 25 ans, issu d'une bonne famille bloise. Il fait route de Damas vers l'Égypte, missionn par l'African Association britannique, cre vers la fin du XVIIIe sicle pour promouvoir l'Afrique. Dans un contexte de rivalit franco-anglaise sur le continent noir comme au Proche-Orient, il lui faut damer le pion ces maudits Franais qui cumulent les dcouvertes en Égypte.

Rompu aux murs orientales, Burckhardt connat l'arabe (qu'il a appris Cambridge) et parcourt la Cyrnaque (actuelle Libye) et la Transjordanie en qute de dcouvertes. Nous sommes au temps de ces explorateurs aventuriers, aussi savants qu'hroques, qui voyagent seuls et s'habillent en locaux pour mieux se fondre dans la population. Quelques jours auparavant, Shawbak, il a entendu parler de l'existence d'une cit interdite, plus belle encore que la reine des dserts, la fameuse Palmyre. Elle serait proche du village de Wadi Moussa. Mais qui souhaite l'approcher met sa vie en danger. La situation politique est tendue dans cette rgion occupe par des tribus bdouines converties au wahhabisme et hostiles aux trangers. Il fallait bien trouver un stratagme.

Au pied du massif, les deux hommes s'engouffrent dans un troit dfil, le Siq. C'est une faille naturelle et sinueuse, longue de 1,5 kilomtre, polie par les eaux de la rivire de Wadi Moussa. Elle serpente entre des parois de silice stratifie, aux nuances roses, saumon, safran, hautes de plus de 25 mtres. En certains endroits, elles sont si proches qu'elles dissimulent le ciel. Tout bruit y fait cho.

Nul doute que notre explorateur remarque les nombreuses stles et niches contenant des btyles, et les tranges inscriptions qui ornent le corridor. De mme, ces tonnantes canalisations en forme de rigoles creuses dans la roche n'ont pu lui chapper. Mais, troitement surveill par son guide, il ne peut montrer ni curiosit, ni stupeur ni merveillement Pas mme lorsque soudain, aprs une demi-heure de marche, se profile entre les parois sombres du dfil la faade majestueuse d'un monument rupestre sans pareil: le Khazneh, dit encore le Trsor ou le Chteau du pharaon. Taill dans le grs, d'une parfaite symtrie, richement orn de pilastres, de statues, de sculptures, il se dresse l, intemporel. Burckhardt en a le souffle coup. Il aimerait saisir son carnet de notes, dcrire et dessiner l'impressionnant mausole, mais il craint d'veiller les soupons de son guide. Plus tard, il crira: Grande devait tre l'opulence d'une ville qui pouvait ddier de tels monuments la mmoire de ses gouvernants.



Le Tombeau tages, ou Tombe Palace, le plus imposant par ses dimensions (49 mtres de large pour 45 mtres de hauteur), s'inspire de l'architecture hellnistique. En bas, le mme monument dessin par David Roberts, qui parvint sjourner cinq jours Ptra en mars 1839.

La nuit, tu feras des sortilges, et les trsors vont s'envoler avec toi

Il n'est pas au bout de ses surprises. En suivant le cours d'eau qui traverse alors la cit fantomatique, il voit les faades des nombreux tombeaux faonns dans le roc. Elles diffrent par leur taille, leur forme et leur dcoration. Certaines sont de type assyrien, surmontes de crneaux denticuls, d'autres, de type hellnistique. La plupart sont dotes de merlons, crneaux escaliers qui mnent au ciel

La valle s'largit, et, sur sa gauche, apparat un spectaculaire thtre de pierres, dont les ranges de gradins sont tailles dans le flanc d'une montagne. Elles s'tendent en demi-cercle autour d'une vaste scne, l'instar des amphithtres romains. Peut-tre y jouait-on les tragdies de Sophocle ou les comdies d'Aristophane? Burckhardt a une vision rapide et claire des potentialits du site, raconte Christian Aug, directeur de recherche au CNRS et directeur de la mission archologique franaise de Ptra. Il comprend qu'il s'agit non pas d'une ncropole, mais d'une ville antique avec ses temples, ses habitations, ses rues, ses fontaines, ses marchs

Les ruines d'un palais construit hors des rocheuses attirent son attention. C'est le Qasr al-Bint (le Chteau de la fille du pharaon). Il veut s'y diriger, mais le guide s'y oppose et se fait menaant: Tu es un magicien! La nuit, tu feras des sortilges, et les trsors vont s'envoler avec toi. Burckhardt comprend qu'il est temps de partir. La nuit tombe. Les deux hommes immolent la chvre, sans aller jusqu'au tombeau d'Aaron, et quittent rapidement les lieux. Notre dcouvreur devra se contenter de ces quelques moments vols, puisque jamais il n'y reviendra. Il mourra cinq ans plus tard, en 1817, aprs avoir exhum les colosses d'Abou-Simbel, en Égypte.

À cet instant, il ignore le nom de cette cit oublie, camoufle dans ce chaos de rochers, 100 kilomtres au nord d'Akaba. Ce n'est que parvenu au Caire, en consultant les textes anciens et en comparant les donnes, qu'il identifie l'antique Ptra (pierre, en grec). C'est la capitale des Nabatens, un peuple surgi des sables de l'Arabie, dont la civilisation connut son apoge au Ier sicle avant J.-C., avant de disparatre de la mmoire des hommes.

La nouvelle de cette dcouverte se rpand et d'autres expditions s'organisent.En mai 1818, l'Anglais William John Bankes se lance sur les traces de Burckhardt et parvient passer deux jours Ptra, poursuit Christian Aug. Il ralise des croquis, dont la plupart sont encore indits. Puis, en 1828, les Franais Lon de Laborde et Louis-Maurice Linant de Bellefonds russiront six jours durant parcourir la ville antique, prendre notes et mesures, et dessiner les principaux monuments. Cette premire mission scientifique qu'ils relatent dans Voyage de l'Arabie Ptre va rvler cette cit envotante aux peuples occidentaux et rveiller la civilisation nabatenne d'une longue nuit de douze sicles.


Pour protger ces richesses, il fallait un site naturellement fortifi



Il faut emprunter le Siq, un long dfil de 1,5 km, pour parvenir dans la cit nabatenne.Crdits photo : Hubert Raguet

Quel est ce peuple qui fut capable de btir une cit de titans au milieu du dsert? De l'approvisionner en eau en concevant un ingnieux systme de rcupration d'eau de pluie? D'honorer ses morts en leur rigeant d'impressionnantes spultures? Les nombreuses campagnes de fouilles et les relevs des milliers d'pigraphes qui couvrent les rochers n'ont lev qu'une partie du voile. L'origine prcise des Nabatens est encore inconnue, regrette Christian Aug. Ils peuvent venir du centre ou du sud de la pninsule arabique, ou des confins de la Msopotamie et du golfe Arabo-Persique.

Dans les textes anciens, Diodore de Sicile voque un peuple de nomades vivant en plein air, n'ayant pas pour coutume de semer du grain, de planter des arbres fruitiers, de construire des maisons Quelques dcennies plus tard, Strabon dcrit l'inverse une population sdentaire installe dans une cit luxueuse. On sait que quatre sicles av. J.-C., ces tribus de caravaniers traversaient le dsert arabique pour transporter jusqu'aux ports de Gaza et d'Alexandrie de l'encens, de la myrrhe, des pices et des aromates provenant de l'Arabie heureuse, le Ymen d'aujourd'hui. Un commerce prospre qui leur permit de s'enrichir et de fonder un royaume qui, son apoge, englobait le nord de l'Arabie saoudite, la Jordanie, le sud de la Syrie, le Nguev avant d'tre annex par les Romains en 106 ap. J.-C. C'est au carrefour de cette route caravanire unissant l'Arabie, l'Égypte et les ports de la Mditerrane que les Nabatens construisirent leur capitale, Ptra. On y entreposait les prcieuses marchandises avant d'en inonder les empires voisins. Pour protger ses richesses, il fallait un site scuris, naturellement fortifi. Le lieu, entour de hautes murailles rocheuses, l'abri des regards, semblait imprenable.

À l'origine, les occupants vivaient dans des tentes ou des habitations troglodytes, prcise l'archologue Christopher A. Tuttle de l'American Center of Oriental Research. Les premires constructions datent de 250 ans avant J.-C. Au fil du temps, Ptra se dote de monuments de plus en plus imposants, notamment partir du Ier sicle avant J.-C., s'appropriant et amalgamant les styles artistiques des peuples de Syrie, d'Égypte, de l'Empire romain et du monde hellnistique. De mme, dans leurs croyances religieuses, ils adoptent des divinits vnres par d'autres civilisations. Ptra est une ville cosmopolite, on y parle le grec, l'aramen, le nabaten

Dans le recensement le plus complet jamais ralis jusqu' prsent, l'archologue Lala Nehm * (CNRS) dnombre 630 tombeaux, 3200 monuments rupestres et plus de 1000 inscriptions disperss sur un rayon de 10 kilomtres carrs. Il faut dire qu' l'apoge de sa splendeur, la cit compte entre 30.000 et 40.000 habitants. Ptra rsistera Alexandre le Grand, Antigone Monophtalme et l'occupation romaine, conclut Christopher Tuttle, mais elle ne parviendra pas se redresser aprs les tremblements de terre de 363 et 551 aprs J.-C. ni supporter la conqute arabe au VIIe sicle. Peu peu, la ville sera abandonne. Aujourd'hui, Ptra est considre comme une des merveilles du monde. Classe au patrimoine mondial de l'humanit, elle attire des flots incessants de touristes. Elle fascine autant par ses monuments que par les moments magiques o, au crpuscule, lorsque le soleil l'inonde de lumire, elle se pare de filaments d'or qui lui valent le nom de rose des sables. Mais la cit de pierre est bien fragile. Sous l'action des pluies, du sel, du soleil et du vent, la roche s'effrite inexorablement, menaant la rose des sables de retourner la poussire.

* L'Atlas archologique et pigraphique de Ptra, ralis sous la direction de Lala Nehm (CNRS, UMR 817), sera publi la fin de l'anne aux ditions Institut de France, avec le soutien de Suez-Environnement.

 

()


: 1 ( 0 1)
 

Le jour o Ptra se rveilla




03:02 AM

Powered by vBulletin Version 3.8.7 .Copyright 2000 - 2015, Jelsoft Enterprises Ltd
Search Engine Optimization by vBSEO ©2011, Crawlability, Inc.
- - -
Designed & Developed by shababdz.com
2014,