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Le Printemps de la malédiction arabe

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«Printemps arabe» : la désillusion Emir Abdelkader ÞÓã ÇÎÈÇÑ ÇáÕÍÝ 0 2012-12-03 05:45 PM
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Il y a 24 ans, le printemps Algérien ! Emir Abdelkader ÞÓã ÇÎÈÇÑ ÇáÕÍÝ 0 2012-10-06 03:15 PM
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ÇÝÊÑÇÖí Le Printemps de la malédiction arabe

L’IMPÉRIALISME SE RABAT SUR LES MONARCHIES

Le Printemps de la malédiction arabe

Ammar BELHIMER


La secte wahhabite
Dans son rapport final du 23 juillet 2004, la Commission d’investigation nationale bipartisane, dite «Commission du 9/11», chargée de faire la lumière sur les événements du 11 septembre 2001, établit expressément une filiation entre «le terrorisme islamique » et «une longue tradition d’intolérance» qui provient «des fondateurs du wahhabisme, des Frères musulmans et de penseurs salafistes éminents».
Voilà donc Ben Laden «héritier naturel d’Ibn Abd al-Wahhab», le père fondateur de l’idéologie toujours dominante dans le royaume d’Arabie saoudite. Le wahhabisme est au terrorisme ce que le sein maternel est au nouveau-né : une source irremplaçable de vie. Le même rapport cité plus haut établit qu’Al Qaïda a levé en Arabie saoudite des fonds pour le djihad à grande échelle avant le 11 septembre – des fonds par ailleurs évalués entre 300 et 500 millions de dollars. Que les Saoudiens le reconnaissent ne dégage pas leur responsabilité dans les crimes commis au nom de l’islam contre l’humanité, sous tous les cieux, en premier lieu en terres d’islam. On ne peut également pas ne pas partager l’avis de l’universitaire tunisien, Hamadi Redissi, lorsqu’il écrit : «On ne peut comprendre l’entente entre le wahhabisme et l’islamisme sans expliquer que les liaisons dangereuses, loin d’être accidentelles ou fortuites, se ressourcent dans une matrice commune. D’un mot, les thèses de l’islam millénariste, misanthrope, indompté, belliqueux, antichrétien, antisémite et misogyne se trouvent à l’état brut dans le wahhabisme.» L’intellectuel tunisien revient sur le cheminement qui a fait du wahhabisme, «radical fanatique, sectaire, austère, puritain, intrépide et cruel» l’islam majoritaire dans de nombreux pays musulmans. Il le fait dans un livre que son éditeur parisien qualifie à juste titre d’«essentiel pour le devenir de l’islam au XXIe siècle»13 . L’entreprise est laborieuse car s’apparente à une immersion dans un monde visqueux et obscur. Ainsi accède-t-on difficilement aux sources arabes critiques sur le wahhabisme, «éparpillées ou non disponibles, comme si une main invisible travaillait à les retirer du domaine public». Cette «main invisible» est initialement le fruit de la rencontre, vers 1744-1745, de «deux hommes insignifiants» : un «prédicateur résolu» (Muhammad Ibn Abd al-Wahhab – 1703/1792) et un «seigneur de la guerre» (Muhammad Ibn Saoud). Ce croisement est plus couramment appelé le Pacte de Nadjd, du nom de la région – la partie centrale de l’Arabie saoudite – qui l’a vu naître. L’extraordinaire longévité de ce pacte verbal est cependant attachée à un second événement majeur : le «mariage de convenance » scellé par le Pacte de Quincy (du nom du navire où se sont rencontrés le roi Abdelaziz et le président américain Roosevelt), lui aussi verbal, conclu le 14 février 1945. Ibn Abd al-Wahhab est initialement «un redresseur de torts qui poursuit, dans la voie tracée par l’orthodoxie, celle des “gens de la tradition et de la communauté” ». Sa doctrine est énoncée dans un ouvrage de jeunesse qui date de 1741 : Le Livre de l’unicité (contraction d’un titre fleuve : Le Livre de l’unicité divine qui est le droit de Dieu sur ses serviteurs). L’unitarisme (tawhid), qui s’oppose à l’associationnisme (shirk) comme la trilogie chrétienne, renvoie à un triptyque : l’unicité seigneuriale (tawhid alrububiyya) qui commande de connaître Dieu, l’unicité de dévotion, d’obéissance ou d’adoration (tawhid al-uluwiyya) qui commande d’obéir à Dieu et l’unicité des noms et des attributs de Dieu (tawhid al asma wa al-sifat). Ce faisant, les wahhabite accordent, aux yeux des traditionnalistes sunnites, un statut minimaliste au Prophète : «Le plus noble des hommes» est réduit à un simple intercesseur, allant jusqu’à qualifier d’associationnisme la célébration de sa naissance» ! Ibn Abd al-Wahhab s’inscrit dans la lignée intellectuelle d’Ibn Taymiyya (mort en 1328) : «Il aurait été le lecteur assidu de pratiquement un seul auteur - ndlr : Ibn Taymiyya – (…) dont il a recopié des cahiers entiers». H. Redissi résume ainsi la démarche : «La méthode est élémentaire : l’auteur choisit un thème par chapitre, cite des versets du Coran, puis des hadiths du Prophète, et ajoute enfin, en quelques mots, “d’autres points”» en guise d’indications. C’est cela le salafisme : ne tenir compte que des sources primaires, même si la collecte des hadiths est tardive. Le succès aidant, le cheikh va couler cette exégèse minimaliste, lexicale, dans une manière de syllabus, destiné plutôt à rappeler qu’à expliquer.» Son niveau d’érudition n’inquiète pas les autorités religieuses qui lui opposent un mépris certain. Au regard de la tradition sunnite, qui milite pour une «religiosité tempérée et réfléchie», il n’est pas un savant mujtahid car il ne maîtrise pas la douzaine des sciences religieuses. Elle le réduit à un «innovateur, égaré, hypocrite, athée, rusé, manipulateur, faux prophète» et assimile son fief, le Nadjd, à «une corne du diable» ; le lieu du «tremblement de terre, de la discorde et de l’avènement de l’Antéchrist». Ibn Abd al-Wahhab prend acte dès 1740 que ses adversaires ont «commis des écrits qui l’accusent d’innovation, d’égarement, de modification des préceptes de la religion, d’ignorance et de tromperie». Il vise principalement Suleyman ibn Suhayn, magistrat et mufti de Riyad qui adresse, entre 1740 et 1745, «aux ulémas de l’islam et aux serviteurs de la charia de notre maître Muhammad», une lettre dans laquelle il porte à leur connaissance «qu’un innovateur est apparu dans notre pays, un ignorant, un égaré qui égare, sans science et sans piété (…) Il a détruit les tombes et brûlé des livres de prières populaires ; il prétend que, s’il le pouvait, il détruirait la Pierre noire de la Kaâba ; il considère que les gens depuis six cents ans sont dans l’ignorance». Une opposition, tout aussi féroce, au cheikh émane du Hedjaz où ses maîtres durant sa scolarité à La Mecque le «soupçonnent d’athéisme». L’un d’entre eux, M. Ibn Suleyman al- Kurdi, l’accuse de s’être «exclu lui-même de la grande masse des musulmans». Son propre frère, Suleyman ibn Abd al-Wahhab (mort en 1793) – c’est à lui qu’on doit le néologisme wahhabiyya – les reniera, lui et sa secte (firqa) en rédigeant vers 1753 un violent réquisitoire intitulé : Les foudres divines réfutant le wahhabisme. La construction de l’entité théocratique saoudienne depuis le Pacte de Nadjd a connu trois grandes étapes. Le premier royaume tient de 1745 au 9 septembre 1818, date de reddition du roi Abdallah. Remis par les Égyptiens aux autorités de la Sublime Porte, il est exécuté et sa dépouille livrée aux chiens après avoir été, trois jours durant, promenée dans les rues d’Istanbul. L’histoire retiendra à son sinistre actif le saccage et le massacre de Karbala (1801), de La Mecque et de Médine (1803- 1806). Le massacre des chiites de Kerbala mérite d’être rappelé pour sa sauvagerie : «En cinq heures de temps, près de 14 000 hommes, dont 6 000 cavaliers à dos de chameaux, envahissent une ville qui comptait entre 6 000 et 8 000 habitants. Ils tuent, selon les estimations variables, entre 2 000 (Ibn Bishr), 3 000, (Lam’, Corancez) et 5 000 personnes (Burckhardt). Les hommes et les enfants sont massacrés, les femmes enceintes éventrées.» Quant aux Mecquois, conquis en 1806, ils doivent, leurs muftis compris, reprendre leur cursus religieux à zéro. Le premier royaume est détruit par les Égyptiens en 1818 ; il sera reconstruit peu après pour durer de 1824 à 1891. Par l’épée et la plume.
Le troisième et actuel royaume date de 1932. Il résulte de l’action d’une machine de guerre constituée d’hommes en armes «intrépides, stupides et féroces» sous le commandement d’Abdelaziz Ibn Saoud, nous dit encore Hamadi Redissi.
Ils sont recrutés parmi les citadins (minoritaires), les Bédouins (dominants) et les Frères (les idéologues de la secte). La secte a pour signes forts de ralliement l’interdiction du tabac, de la soie, de l’or, du rire, du jeu, des instruments de musique, de la peinture, du théâtre, du cinéma. H. Redissi l’assimile à une «armée de mercenaires» qui pratique la razzia, une coutume ancestrale, sous couvert de jihad. Elle compte à son actif la reprise de Riyad en 1902, date charnière, de mise en marche d’un processus fondamental de réhabilitation progressive et croissante du wahhabisme comme «revivificateur de l’islam des origines» au sein de la communauté des musulmans. Le wahhabisme commence à diffuser une nouvelle image de lui-même. Une telle image s’impose d’abord aux yeux des néoconservateurs, avec pour tête de file et de pont – «le passeur», nous dit H. Redissi – Rachid Ridha, un exilé syrien au Caire. On lui doit cette sentence qui déclare la guerre aux musulmans : «Les musulmans sont aujourd’hui plus ignorants que les Arabes de la jahiliyya». Le wahhabisme s’impose également, aux yeux des libéraux, comme «critique des despotes, des clercs et des marabouts». Il réussit, enfin, à s’imposer, aux yeux des intellectuels arabes des années 1920, comme partie intégrante du mouvement de libération nationale, en raison de la fermeté de ses positions sur la question sioniste. Le wahhabisme le leur rendra bien en mentionnant le nationalisme au rang des pires péchés dans ses manuels scolaires (encore en usage). En Algérie, le wahhabisme aura peu d’impact auprès des nationalistes. Il se frayera une timide et furtive incursion parmi les Ulémas. La revue Shihab (Le Météore), porte-parole du réformisme algérien (1925-1939), qualifie Ibn Saoud de «roi de l’Islam» en 1935, tandis que deux animateurs de ce mouvement (Tayeb Okbi et Moubarak El Mili) affichent «de réelles sympathies pour le wahhabisme ». L’auteur de l’ouvrage tempère ce jugement sur Okbi qui «après avoir passé une partie de sa jeunesse à Médine, s’installe en 1920 à Biskra pour diffuser une version modérée du wahhabisme. Il adhère, en 1925, à l’équipe de Ibn Badis, mais s’interdit expressément de “professer les doctrines du pur wahhabisme”». Le dernier mot sur la relation entre le réformisme algérien et le wahhabisme revient à son président Abdelhamid Ibn Badis qui écrit en mars 1935 : «Si les nadjdiens, les wahhabites se réclament du cheikh Ibn Abd al- Wahhab parce qu’il fut le premier réformateur de leur pays, nous ne nous réclamons point de lui parce que nous n’avons pas été ses disciples ; nous n’avons pas pratiqué son œuvre. Notre respect pour la vérité et pour nous-mêmes nous interdit de nier ce qui nous lie à quoi que ce soit, ou de nous réclamer faussement de quelqu’un.» Lorsque l’Algérie renouera plus tard avec le wahhabisme, au début des années 1990, c’est pour sombrer dans l’islamisme armé, la violence et l’intolérance. Force est de reconnaître alors au wahhabisme une étonnante capacité de persuasion. La secte wahhabite hétérodoxe a été «réhabilitée par la communauté sunnite parce que l’hérésie est devenue la nouvelle orthodoxie islamique». Une secte «belliqueuse qui a tué, saccagé, profané et pillé les lieux sacrés», décroche le certificat de bonne conduite de ceux-là mêmes qui l’ont combattue. H. Redissi impute ce renversement à la crise de la «tradition» (ou éducation par l’argument d’autorité) qui survient vers la fin du XIXe siècle. Il y a crise de la tradition lorsque «le doute gagne les esprits sur le sérieux des autorités, la validité des précédents et l’efficience pratique des préceptes ». Comparé à une tradition «stéréotypée», le fondamentalisme islamique qu’incarne le wahhabisme s’apparente alors à «une bonne hérésie». Une expression qui n’est pas sans nous rappeler la proposition de «régression féconde» de notre sociologue L. Addi. Le fondamentalisme se présente ainsi non comme une alternative salutaire à des régimes autoritaires et policiers, mais comme leur prolongement naturel, leur résultante. Le monde arabo-musulman mérite naturellement mieux. Le wahhabisme est, à bien des égards, une insulte aux musulmans. Son hégémonisme a pour corpus essentiel les Lettres aux musulmans d’Ibn Abd al-Wahhab (cinquante et une lettres) qui renouent avec «l’Appel à conversion » (ou à «reconversion») de musulmans accusés d’être «impies». Ainsi, aux «gens du Maghreb», Ibn Abd al-Wahhab intime l’ordre de carrément se convertir ! Aux citadins de Damas, il est reproché leurs «innovations dégoûtantes». Dans le sillage de l’anticommunisme des néoconservateurs, à la faveur notamment de l’occupation de l’Afghanistan par les troupes soviétiques, les wahhabites s’imposeront, au milieu des années 1980 du siècle passé, comme un démembrement actif du complexe militaro-industriel de l’impérialisme américain. Leur action introduit un nouveau lexique (salafisme, fondamentalisme, islamisme) et une nouvelle réalité géopolitique : c’est l’Arabie saoudite qui est sous-traitée pour fixer désormais à l’Islam son ordre du jour. Elle le fera directement ou, lorsque les contingences diplomatiques l’imposent, par groupes interposés. Le nouveau lexique accorde une signification particulière au salafisme. Cette expression renvoie à salafiyya qui, dans la lettre, signifie «l’association des salafs», les «pieux devanciers» : les «devanciers» s’étalent sur trois générations : celle des «compagnons » du Prophète, celle des «suivants» et celle des «continuateurs ». Aux salafs (devanciers) succèdent les khalafs (tardifs) dont le cycle s’ouvre au milieu de la seconde dynastie, celle des Abbassides (750-1254). Cet islamisme est par ailleurs associé à usuliyya (fondamentalisme), l’objectif étant de retourner aux usul (fondements) apurés des résidus de la scolastique. Le Pacte de Nadjd pouvait faire encore illusion si un autre pacte ne s’était pas invité à la formation de l’entité saoudienne contemporaine : le Pacte de Quincy. Le «Pacte du Quincy» – souvent associé à un troc pétrole contre protection militaire – semble avoir mis à terre le «cartel de princes indolents» qui consentent à l’intervention de commandos français pour déloger le groupe armé qui a investi la Grande Mosquée de La Mecque le 20 novembre 1979, au stationnement de troupes américaines «impies» en Terre sainte en 1990 et financent l’occupation de pays musulmans par des troupes étrangères. En 1990, le mufti Ibn Al-Baz s’autorise même à rendre une fatwa qui déclare licite le stationnement de ces troupes en Terre sainte et la participation des soldats de l’islam au combat armé contre leurs frères musulmans irakiens agressés sur leurs terres. Le texte de la fatwa est intitulé «Le jugement relatif au recours en assistance des infidèles pour combattre les infidèles». Autrement dit : une dynastie roturière, assise sur des rentes pétrolière (l’énergie) et de situation (le pèlerinage) prétend manipuler son «nouveau dieu» : (l’Amérique) ! Au final, le wahhabisme comme idéologie d’Etat théocratique est porté aujourd’hui par «un médiocre clergé traditionnel, débordé par les islamistes radicaux et pressuré par les libéraux. Les uns lui reprochent son inconstance, les autres de figer la vie». La cohésion cléricale est maintenue par sa position économique dominante, des stratégies matrimoniales tenant principalement à des «échanges de cousines croisées » et, enfin, une hiérarchisation des tribus ou des clans.

Les secrets d’une résilience
Sean Yom, professeur de sciences politiques à l’Université de Temple, livre une lecture inédite d’un « curieux modèle révolutionnaire qui a balayé des présidents et des colonels, et non pas des rois et des princes, qui ont fait les preuves de leur vulnérabilité aux bouleversements sociaux »14 .
Des changements plus ou moins significatifs se sont, en effte, produits en Tunisie, en Egypte, en Lybie et au Yémen, épargnant tous les royaumes arabes : « Les mouvements de protestation en Jordanie et au Maroc ont été désamorcés par des promesses de réformes constitutionnelles; les rassemblements de jeunes au Koweït n’ont jamais remis en question l’autorité et le règne de la dynastie al-Sabah. Peu d’opposition s’exprime contre les familles dirigeantes de sept émirats, en Arabie saoudite et au Qatar, tandis que des démonstrations à petite échelle ont été aisément contenues à Oman ».
Seul Bahreïn vit une insurrection populaire qui menace le régime monarchique, même si, pour l’instant, les forces de sécurité locales renforcées par les troupes du Conseil de coopération du Golfe, notamment saoudiennes, ont, contre toutes prévisions objectives, réussi à maintenir l’ordre royal. Plus de 100.000 Bahreïnis, sur une population totale à peine six fois plus nombreuse, ont défilé pour protester contre le régime d’al-Khalifa, ce qui représente une proportion jamais égalée dans l’histoire des révoltes sociales (elles mobiliseraient rarement plus d’un pour cent de toute la société).
Dans la plupart des monarchies arabes, à savoir, le Maroc, la Jordanie, l’Arabie Saoudite, Koweït, Bahreïn, Qatar, Oman et les Émirats arabes unis, soit huit des 22 membres de la Ligue arabe, règnent et commandent « des rois, émirs et sultans modérés au pouvoir absolu (…) Aucun de ces régimes ne peut être considéré comme une monarchie démocratique constitutionnelle, dans laquelle le contrôle du système politique reviendrait à un gouvernement parlementaire installé par des élections libres et équitables.
Qu’est ce qui rend ainsi des royaumes autocratiques plus stables que des dictatures républicaines ? La légitimité culturelle ou l’art de gouverner ? Même s’il se dit tenté de répondre par l’affirmative, il trouve la réponse « plus complexe ».
« Les arguments prônant la légitimité innée ou les avantages stratégiques des monarchies arabes sont peu convaincants lorsqu’ils sont soumis à l’examen historique ».
Des « facteurs externes », qui se déclinent sous la forme de « soutien géopolitique », associés à la rente pétrolière ont préservé les royaumes arabes des pressions sociales internes : « Certes, les régimes monarchiques ne se maintiennent pas hors de toute fatalité culturelle ou institutionnelle, mais la plupart sont également les piliers de la sécurité et de la stabilité géopolitique nécessaires à l’exploitation et la distribution de la ressource pétrolière ».
Rien ne saurait donc mettre en danger les intérêts stratégiques américains sur le long terme : « Compte tenu de leur effet de levier considérable, aux plans diplomatique, économique et militaire, ainsi que de la vulnérabilité particulière des royaumes arabes au climat extérieur, les États-Unis doivent évaluer soigneusement s’il est réaliste de pousser des réformes démocratiques et si cela sert leurs objectifs stratégiques ».
Sean Yom qualifie d’ »exceptionnalisme monarchique » la tendance dominante qui caractérise la couverture médiatique et les discussions académiques autour du « printemps arabe ».
« Pour beaucoup, la durabilité du royalisme arabe impressionne. Tout d’abord, elle contrevient de longue date aux attentes académiques. Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, les chercheurs en sciences sociales avaient proclamé l’obsolescence de la monarchie ».
Pas un chercheur occidental ne pouvait miser un seul cent que la majorité des Arabes vivraient sous le règne monarchique absolutiste aujourd’hui. L’endurance des monarchies arabes étonne. Comment l’expliquer ?
L’argument le plus courant est un savant mélange de tradition et de légitimité : « Qu’ils soient assis sur des idéaux islamiques sacrés ou des traditions tribales classiques, les rois et les princes manient une authenticité culturelle particulière en direction de leurs sujets arabes musulmans (…) Les monarchies du Maroc et de Jordanie prétendent descendre du prophète et celles du Golfe se rattachent à la tribu ». C’est ainsi qu’elles gagnent la déférence et l’adhésion de leurs peuples et acquièrent ainsi de l’autorité. La règle dynastique a été parfois qualifiée d’«adhésif social », de continuité entre le passé et le présent qui assure ainsi la stabilité et l’ordre pendant les périodes d’incertitude et de changement.
Cette « essence culturelle » donnerait aux régimes monarchiques une sorte d’immunité naturelle contre la révolution : « Pendant les crises, les loyaux sujets investissent leur foi à droite du navire, et même s’ils manifestent de la frustration, ils refusent respectueusement d’attaquer la monarchie elle-même, imputant les difficultés économiques ou les troubles politiques à d’autres institutions et d’autres forces ».
L’argumentaire culturel ne suffit cependant pas à mesurer l’adhésion de la population à la monarchie : « La preuve doit être plus que l’absence de révolution, car cette définition de la légitimité introduit une tautologie: par définition, tous les régimes autoritaires (monarchiques ou autres) sont légitimes jusqu’à ce qu’ils soient renversés ».
Une explication plus plausible de cet « exceptionnalisme monarchique » est que « les autocrates s’engagent dans des stratégies de manipulation », cultivant « l’art de gouverner plus efficacement que les dictateurs républicains ». Dans certains cas, comme au Maroc et en Jordanie, ils tolèrent un pluralisme politique limité qui implique une opposition légale et des parlements élus.
Ils arrivent, par ailleurs, à transférer la colère du public vers des boucs émissaires désignés parmi des fonctionnaires politiques, y compris les membres de leurs familles. De cette façon, les monarques sont rarement directement exposés à l’opposition sociale.
Leur longévité suggère qu’un roi ou un prince peut être tout aussi qualifié dans l’art de gouverner qu’un leader républicain, ce qui a empêché la guerre civile de déloger la couronne hachémite de Jordanie en 1970, et un coup d’Etat militaire de priver le Maroc alaouite de son roi en 1972.
La légitimité culturelle et l’art de gouverner seraient ici des « arguments utiles et perspicaces ».
Les excédents de trésorerie provenant des exportations d’hydrocarbures ont également joué un rôle crucial dans l’amortissement du choc social dans les monarchies. Par exemple, au Koweït al-Sabah accorde 3500 dollars et des denrées alimentaires gratuites pendant un an à chacun de ses sujets; la monarchie saoudienne finance à tour de bras créations d’emplois, augmentations salariales et projets de développement; Qatar fait de même en faveur des fonctionnaires publics et du personnel militaire.
Par ailleurs, le Conseil de Coopération du Golfe a débloqué 20 milliards de dollars d’aide à Bahreïn et à Oman, et d’autres aides conséquentes pour l’adhésion à la fois du Maroc et de la Jordanie.
Plus fondamentalement, les facteurs internationaux et les forces exogènes - en particulier la capacité des grandes puissances comme les Etats-Unis – prévalent sur les conditions internes et créent un environnement permissif.
En fin de parcours, le « printemps arabe » attesterait de deux vérités, si déconcertantes soient-elles : « d’abord, l’effondrement d’une autocratie donnée n’implique pas nécessairement la naissance d’un État démocratique libéral et, deuxièmement, le processus de démocratisation incertain, tumultueux, et parfois violent risque de décevoir les parties prenantes externes ».
Seuls comptent les intérêts stratégiques américains.

La force de frappe wahhabite
Autre secret de la résilience des royaumes arabes, moins médiatisé : le recours systématisé à la matraque. Leurs armées n’ont gagné aucune guerre conventionnelle mais elles sont venues à bout de tous les soulèvements.
De quelle marge de manœuvre et de quels moyens d’action armée dispose l’hégémonisme wahhabite, ou ses velléités, dans le cadre du parapluie et de la sous-traitance américains ? Le Pacte de Quincy, conclu en 1945 à bord du croiseur américain dont il porte le nom, entre le roi saoudien Abd el Aziz ibn Saoud et le président américain Franklin Roosevelt, portait essentiellement sur un échange pétrole contre protection entre les deux États. Il fait de l’Arabie saoudite «un fournisseur vital, dont la sécurité doit être assurée à tout prix». Une récente étude15 explore les ambitions de la politique de défense saoudienne, connue du grand public pour la signature de gros contrats à l’image du «contrat du siècle», présenté pour validation au Congrès américain en 2010 et portant principalement sur la fourniture d’avions de chasse et d’hélicoptères, pour un montant de… tenez-vous bien : 60 milliards de dollars. Une politique également connue pour les scandales de corruption que ces mêmes contrats révèlent épisodiquement à l’opinion publique. A première vue, le tableau est d’une simplicité avérée : une population réduite peu portée sur la rébellion, en dehors de sa fraction chiite, qu’un petit commissariat de quartier suffirait à maintenir dans l’allégeance à la fratrie des Al Saouds, ne justifie pas l’acquisition de moyens de défense aussi sophistiqués. Un bref aperçu sur la structure démographique indique que la population chiite d’Arabie saoudite est la plus importante après celle d’Irak dans le monde arabe. Elle représente entre 10 et 15% de la population, environ 2 millions. Ce sont des chiites duodécimains, vivant pour la plupart dont la région de Sharghieh, une région riche en pétrole et où se trouvent justement les plus importantes infrastructures pétrolières. Une féroce répression frappe cette population qui se réfugie dans l’isolement, d’abord. Une stratégie qui leur dicte de ne pas affronter l’Etat, tribal et surarmé, tout en préservant leur mode de vie communautaire, leur culture religieuse, les formes d’entraide, et en s’appuyant sur les aides étrangères pour survivre. Contestation pacifique aussi. Une stratégie qui recourt principalement aux médias, notamment les réseaux sociaux, avec la collaboration des autres composantes de l’opposition, à tendance séculaire et libérale, qui se trouvent pour l’essentiel en exil. Enfin, collaboration et coexistence. Une stratégie préconisée par le mouvement réformiste, y compris Cheikh Hassan Alsafar, l’un des leaders chiites saoudiens, qui met à profit les moindres opportunités de changement par le dialogue. A l’exception de la menace chiite intérieure, quelles peuvent être alors les menaces sur la défense nationale saoudienne ? La concentration massive des implantations et infrastructures pétrolières dans l’est et leur vulnérabilité (le pays a déjà été victime d’attaques par le passé, comme en mars 1988, lorsqu’un attentat à l’explosif avait visé la raffinerie de Joubail dans la province orientale, ou en 2006, avec une attaque terroriste sur un complexe industriel de la compagnie Saudi Aramco) justifie-t-elle, à elle seule, un déploiement armé exceptionnel ? La compagnie saoudienne Saudi Aramco dispose d’une armée d’environ 35 000 hommes qui assurent la sécurité des infrastructures – dont un réseau d’oléoduc qui dépasse les 5 000 kilomètres de long – et d’autres structures vitales pour le royaume. L’étude citée estime «particulièrement intéressant de mener une analyse géographique des installations de défense saoudiennes, afin d’identifier la stratégie à l’échelle nationale, mais aussi d’observer les réponses apportées au déséquilibre géographique des infrastructures vitales». Le premier élément de sécurité est constitué d’un réseau très dense de radars au service de la détection. Leur format actuel remonte au milieu des années 1990 et la mise en place du contrat «Peace Shield» pour un coût de 5,6 milliards de dollars : «Ce contrat a posé la base du réseau de radars saoudien, qui a depuis gardé la même structure tout en bénéficiant de mises à jour régulières. Ainsi, sur les 25 radars que compterait le réseau saoudien, 17 semblent avoir été fournis dans le cadre de «Peace Shield», le reste étant des modèles plus anciens de moyenne et courte portée». Après les radars viennent les systèmes de missiles placés sous la responsabilité de la «Royal Saudi Air Defence», «une branche de l’armée qui a pris son indépendance en 1981 sous les ordres de Khalid ben Sultan et qui compte aujourd’hui 16 000 hommes». De nombreuses batteries de missiles sont alignées sur la côte du golfe Arabo-Persique – 9 plus précisément – et une deuxième ligne de 8 batteries se dresse entre Riyad et Hafar al Batin. Les batteries Patriot, acquises en 1993, en remplacement des Hawk dont la technologie a été mise en service par l’armée américaine dans les années 1960, sont réputées pour être parmi les meilleures au monde. Elles sont implantées en grande majorité sur la côte orientale ainsi qu’aux abords de la capitale du royaume, l’objectif prioritaire étant de protéger les infrastructures pétrolières et les villes proches de Dammam mais aussi le centre du pouvoir politique à Riyad. Ces considérations de politique intérieure n’altèrent nullement une autre considération liée à une peur viscérale de l’Iran et des menaces qu’il ferait peser sur la côte orientale de l’Arabie saoudite. Les révélations de Wikileaks concernant le rôle d’Abdallah Ibn Abdel Aziz dans la mobilisation anti-iranienne ont surpris le monde, notamment lorsque le roi demande aux autorités américaines de «couper la tête du serpent » iranien dont il venait de recevoir le président, Mahmoud Ahmadinejad, à Riyad. Une peur bleue qui justifierait un déploiement militaire immodéré également sur terre. Le principal effort repose sur l’armée de terre, particulièrement bien implantée avec une couverture équilibrée, dispose de 2 bases au nord, à Tabuk et Hafar al Batin, 2 au centre à Riyad et al Kharj et 2 au sud à Khamis Mushayt et Sharurah. Ces effectifs sont complétés par ceux de la Garde nationale chargée de protéger les infrastructures vitales, notamment pétrolières, la capitale administrative et la famille royale qui s’y trouve, ainsi que les villes saintes de La Mecque et Médine. «Au total, c’est 1,5 milliard de dollars par an qui sont alloués à la protection des infrastructures vitales du royaume.» Ainsi, grâce à la rente pétrolière et à l’islam comme ressource symbolique, l’Arabie saoudite s’est constitué un vaste réseau de clientèle dans le monde arabe et islamique. Elle a su mobiliser ce réseau pour endiguer la vague socialiste et nationaliste qui a traversé le monde arabe dans la deuxième moitié du XXe siècle. Le nationalisme arabe a été stigmatisé comme une politique importée et exogène contraire aux principes mêmes de l’Islam – à la seule revendication de recouvrement de souverainetés territoriales perdues et jamais admis au statut de djihad – alors que le socialisme, même spécifique, était présenté comme un mouvement antireligieux. Depuis le 11 septembre 2001, au nom de la «guerre contre le terrorisme» initiée par l’administration Bush, l’Arabie saoudite joue un nouveau rôle dans la délégitimation des mouvements hostiles aux intérêts étrangers, notamment américains, dans la région, grâce à un réseau d’institutions, d’organes de presse et de médias qu’elle contrôle, sur fond, dissuasif, de surarmement.
L’argent des Arabes
Les monarchies arabes n’ont duré que parce qu’elles sont étroitement associées à la logique du capitalisme financier.
L’émergence du secteur financier américain comme machine à fabriquer du profit (il représente à lui seul 40 % du total des bénéfices des entreprises américaines) date de la politique exubérante d’argent bon marché conduite par Alan Greenspan, présent de la Federal Reserve, entre 1987 et 2006.
Le secteur est partagé par trois groupes d’établissements : primo, les banques commerciales ordinaires, dites de dépôts, avec leurs réseaux d’agences ; secundo, les établissements qui combinent les activités de banques de dépôts et des banques d’affaires ; tertio, les banques d’affaires pures.
Au lendemain de la semaine noire du 15 au 22 septembre 2008, il ne restait que deux des cinq banques d’affaires qui régnaient sur Wall Street : Goldman Sachs16, fondée par un juif de Bavière, et Morgan Stanley, fleuron du protestantisme. Avec Barclays, elles dominent la finance mondiale.
Outre l’accentuation des tendances monopolistiques, ce tournant va signer un changement de statut : de banques d’affaires, les deux survivantes vont se transformer en holdings bancaires. Une mutation dictée par leur soif de s’accaparer les fonds fédéraux en cas de difficultés de trésorerie. De fait, la garantie financière que procure le statut de holding bancaire les autorise à emprunter des fonds à taux zéro pour acheter des bons du Trésor américain à 3-4% de rendement.
Toute banque d’affaires ou d’investissement « ressemble à un rapace prompt à clouer du bec tout ce qui se passe à sa portée », souligne Marc Roche au terme d’une longue enquête sur Goldman Sachs .
« L’agressivité, la force brutale, l’exaltation de la virilité et la voracité sont des valeurs reconnues dans cet univers. Présenter des excuses donne une image de vulnérabilité et d’incompétence incompatible avec le désir de puissance et de réussite matérielle illimitée. L’autoritarisme, l’aveuglement et, parfois, le népotisme qui règnent dans les salles de marchés n’incitent pas à la contrition ».
« L’hostilité entre les deux confessions concurrentes qui se partageaient la haute banque anglo-saxonne jusqu’aux années 1960, en raison notamment de la pudeur du catholicisme à l’égard de l’argent ou de l’hostilité de l’Islam aux prêts à intérêts, a presque complètement disparu (…) Les traces de l’antagonisme d’antan sont aujourd’hui superficielles. S’il reste des signes du passé religieux, ils sont plutôt culturels».
C’est alors sans complexe que les pétromonarchies du Golfe vont recourir aux services de la banque Goldman Sachs. Celle-ci va les aider à recycler leurs pétrodollars et à investir dans l’immobilier commercial américain, avant que l’actuel P-DG Lloyd Blankfein ne s’impose comme pionner de la finance islamique au sein de la banque. La mise en oeuvre des préceptes de l’Islam confiée à un établissement financier tenu par des juifs ! Les monarchies du Golfe sont de toutes les ouvertures et tolérances dès lors qu’elles ne touchent pas au sempiternel statut inférieur des femmes indigènes.
La précision est de taille car pour attirer les capitaux des pétromonarchies d’Abou Dhabi et du Qatar, Barclays recourt aux services de deux anglaises très introduites au sein des familles princières pour réussir sa recapitalisation in extremis par les pétro-émirats, Amanda Staveley et Diana Jenkins : « volontiers misogynes et austères, les riches fortunes du Golfe se sont entichées de ces deux femmes d’affaires anglaises au look longiligne et à la voix suave comme un bonbon Quality Street ».
Amanda Staveley dispose comme elle de l’argent des Arabes en jouant de son charme auprès des Emirs et du roi de Jordanie : elle s’en sert pour l’acquisition de chevaux de course (qui a dit que les jeux étaient haram ?) ou la reprise de clubs de football, comme la reprise du club Manchester City par le cheikh Mansour d’Abou Dhabi en septembre 2008.
Pourtant, les sacro-saints principes de la finance islamique – résumés au nombre de cinq - n’échappent à personne :-interdiction de « l’incertitude » (gharar) et de la « spéculation » (maysir) ;
-interdiction de tout surplus sur une somme d’argent, ce qui entraîne la prohibition de l’usure et du taux d’intérêt (riba) ;
-exclusion de certains secteurs considérés comme illicites (casinos, alcool, pornographie...) ;
-obligation du partage des profits et des pertes ;
-adossement à un actif tangible, ce qui interdit la spéculation sur les produits dérivés.
L’autre sujet du sexe faible de sa Majesté, Diana Jenkins, opère plus particulièrement au Qatar. Egalement connue sous le nom peu glorieux de « l’impératrice du bikini » du fait de sa participation majoritaire dans une firme de maillots de bain, elle est très liée à l’épouse de cheikh Hamad, président du fond souverain de l’émirat.
Après les Etats-Unis, puis la Grande Bretagne, où il s’est massivement déversé dans l’immobilier tertiaire (bureaux, murs commerciaux, entrepôts), l’argent des Arabes, notamment celui de leurs fonds immobiliers, a élu domicile en France où des réaménagements législatifs viennent d’être introduits pour lui faciliter l’accueil.
L’enjeu de ces capitaux a été étudié par le cabinet d’avocats d’affaires international Norton Rose et le spécialiste en gestion d’actifs immobiliers DTZ Asset Management, auteurs du « Livre blanc sur la finance islamique et l’immobilier français ». Cette étude établit un foisonnement du nombre de fonds islamiques dans le monde : il passe d’environ 200 en 2003 à près de 700 en 2009. Quoi que les sources restent très contradictoires, la finance islamique représenterait aujourd’hui un marché de 700 milliards de dollars et sa valeur estimée s’élèverait à 1300 milliards de dollars en 2020. Son secteur préféré demeure l’immobilier parce qu’il constitue un « actif tangible » au sens où il permet de lier l’activité financière à une activité économique réelle et de la rendre licite. La pierre et l’or, sont le socle de la culture économique arabe.L’arrivée des capitaux arabes dans l’immobilier français date du début de notre siècle. Elle est associée au rachat du siège d’Alstom Transport à Saint-Ouen et de 25 000 mètres carrés de terrains à Vélizy pour 150 millions d’euros par le fonds immobilier Gulf Atlantic France, créé par Gulf Finance House, une banque d’investissement islamique originaire de Bahreïn, en 2003,. Depuis cette dernière date, et jusqu’en 2008, on compte plus d’une quarantaine d’opérations réalisées dans l’immobilier tertiaire, pour un montant de près de 3 milliards d’euros. Comparé aux acquisitions arabes au Royaume-Uni - avec 30 milliards d’euros investis dans le patrimoine immobilier – le montant reste modeste.

Le culot qatari
Ce qui se passe dans le monde arabe nous fait perdre nombre de nos repères anciens.
On fait de royaumes réactionnaires, moyenâgeux, les fers de lance de combats prétendument dévoués à la démocratie.
On applaudit des «rebelles», adoubés des plus beaux sobriquets, dont celui de «démocrates», alors qu’ils font subir à leurs anciens bourreaux et tortionnaires des traitements parfois pires – en tout cas plus expéditifs – que ceux qu’ils ont endurés pendant des décennies (pendaison de Saddam et exécution sommaire et inhumaine de Kadhafi). On soutient des mouvements portés à bout de bras par l’Otan et les armadas militaires occidentales qui ne cachent pas des convoitises coloniales semblables à celles du début du siècle écoulé.
On rallie la cause des monarchies les plus rétrogrades qui sont au «garde-à-vous» devant leurs maîtres ; ils leur sont reconnaissants d’avoir ravi à leurs sujets et aux autres coreligionnaires le monopole de la question religieuse pour en faire un usage approprié à leurs intérêts. Quel est justement le secret du rapport de domination-soumission qui lie les monarchies arabo-musulmanes à leurs commanditaires du complexe militaro-industriel états-uniens ? Un analyste américain crédible nous livre, avec son regard propre, le secret de ce qui pousse un «petit poucet», un Etat «fast-food», miraculeusement tiré des sables du désert d’Arabie dans le seul prolongement d’un baril de pétrole, sans profondeur historique aucune, à se joindre résolument à une intervention étrangère dans un autre pays arabe et à devenir un fervent partisan et soutien de la «rébellion »17 . David B. Roberts, directeur au Royal United Services Institute du Qatar, rappelle dans son étude que ce minuscule émirat arabe de seulement 1,6 million de personnes, des étrangers pour la plupart, riche en pétrole et gaz, a été le premier pays arabe à reconnaître le Conseil national de transition, après avoir assuré l’écoulement du pétrole libyen pour le compte des rebelles afin de contourner les sanctions et participé à l’effort de guerre occidental en fournissant du gaz, du diesel et des millions de dollars d’aide. En mars dernier, il a surpris le monde entier en envoyant six avions de combat Mirage (probablement toute sa force de chasse opérationnelle) se joindre à des opérations aériennes de l’Otan. David B. Roberts va au-delà du soutien symbolique ou moral d’un pays arabe à l’action de l’Otan médiatiquement esquissé : «Le Premier ministre qatari, Cheikh Hamad ben Jassim al-Thani, a avoué l’envoi d’armes “défensives” aux rebelles, mais l’arsenal parvenu à Tripoli suggère que le soutien est allé encore plus loin. Les forces spéciales du Qatar auraient assuré une formation d’infanterie de base pour les combattants rebelles libyens dans les montagnes de Nafusa, à l’ouest de Tripoli, et à l’est. L’armée qatarie a même transporté des combattants libyens de retour de Doha pour des opérations spéciales. Et dans l’assaut final contre Kadhafi, à Bab al-Aziziya, le 24 août, les forces spéciales du Qatar ont été vues sur les lignes du front.» Le renseignement qatari n’est pas en marge. Ali al-Salabi, un des imams les plus en pointe de Libye, exilé au Qatar depuis de nombreuses années, n’est autre que le frère Ismaïl al-Salabi, le chef de la katiba du 17 Février, faction rebelle islamiste, réputée pour avoir reçu un important soutien financier du Qatar. Al-Jazeera, la chaîne satellitaire basée à Doha, a pour sa part lourdement assisté les rebelles libyens sur le plan médiatique. L’activisme diplomatique qatari est récent. Il date du milieu des années 1990. Mettant à profit ses ressources colossales et sa position géostratégique, l’émirat intervient dans la solution des différends au Moyen-Orient et au-delà. Au fil des ans, il s’est impliqué, avec un succès mitigé, dans divers conflits internationaux : en 2008, sa médiation dans le conflit libanais sombre dans l’impasse, après dix-huit mois de tractations. Plus récemment, les accords provisoires conclus, sous sa houlette, entre le gouvernement yéménite et les rebelles Houthi ne semblent pas pouvoir faire long feu. L’auteur de l’étude rappelle le caractère démesuré des ambitions de l’émirat, comme celle de se mettre à la pointe de l’opinion démocratique arabe contre «un dictateur largement détesté» ou de faire de la figuration dans l’opération Desert Storm, avant de s’appesantir sur la «rupture spectaculaire de la politique étrangère traditionnelle» du Qatar depuis «le tournant libyen, dans une région traditionnellement dominée par les Etats mastodontes». Le scénario libyen peut-il se reproduire en Syrie ? «Si l’élite qatarie avait la capacité et la possibilité de le faire, elle aurait probablement choisi d’intervenir pour arrêter la répression brutale du président syrien Bachar Al-Assad contre les dissidents. Par ailleurs, comme tout Etat sunnite méfiant à l’endroit de l’expansion du pouvoir chiite dans la région, le Qatar aurait exploité l’occasion de détourner la Syrie de son orientation actuelle en faveur de l’Iran.» Ce n’est donc pas l’ambition et la prétention qui font défaut mais la capacité d’agir seul. Qu’est ce qui autorise un tel culot ? Le Qatar dispose de certains «atouts structurels », exogènes pour l’essentiel : la sécurité du pays est garantie par les Etats-Unis via l’énorme base Al Udeid de l’US Air Force, qui dispose de la plus longue piste du Moyen- Orient, et les installations militaires de Sayliyah, le pré-positionnement le plus important de l’armée américaine en dehors du plateau continental Etats-Unis. Au plan intérieur, l’émirat ne fait pas le poids : en dépit de leurs ressources, les 250 000 sujets de Sa Majesté sont loin d’être des guerriers et se complaisent dans un conservatisme fait de structures familiales et tribales fortement hiérarchisées, et d’une remarquable «déférence institutionnelle» qui place l’émir du Qatar, Hamad ben Khalifah Al Thani, bien que non élu, dans un grand respect de la part de la plupart des Qataris depuis qu’il a pris la succession de son père par un coup d’Etat en 1995. Si l’on croit le chef d’état-major des forces aériennes du Qatar, le monde arabe est resté sans leadership les trois dernières années. Son pays aspire naturellement à devenir le principal médiateur entre le monde musulman et l’Occident, «un interlocuteur hautement spécialisé entre les deux mondes». La carte maîtresse du Qatar reste l’Islam politique : il soutient que les islamistes sont «une partie indélébile» du paysage politique et un potentiel explosif. N’y cherchez cependant pas un quelconque amour divin. Tout est question d’intérêts sonnants et trébuchants car le Qatar a appris à compter : «Certes, les raisons pour lesquelles le Qatar s’est engagé avec autant de véhémence sont nombreuses. Avant tout, il va bénéficier économiquement de l’ère post-Kadhafi pour avoir apporté un soutien si franc et si prompt aux rebelles. Le Qatar disposera probablement d’une part non négligeable dans le pétrole de la Libye, l’industrie du gaz et les secteurs connexes comme le transport et la sécurité des installations». Des Indignés de Rome (contre l’austérité et la finance) avaient écrit sur leur banderole samedi 15 octobre courant : «On ne veut pas du futur. Rendez-nous notre passé.» Ils ne pouvaient pas si bien dire.

A.B.



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Le Printemps de la malédiction arabe



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