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Maghreb : quoi joue le Qatar ?

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Le Maghreb, vu de Berlin Emir Abdelkader 0 2013-05-16 01:42 PM
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2013-06-12
 
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  Emir Abdelkader    
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Maghreb : quoi joue le Qatar ?

Maghreb : quoi joue le Qatar ?


Maniant pression et gros chques, le Qatar cherche peser sur la politique rgionale en surfant sur son soutien au Printemps arabe. Une omniprsence qui le rend de moins en moins populaire.
Dbut mars, le Nil a failli en tomber de son lit : le Qatar serait sur le point de racheter les pyramides et le canal de Suez, symboles gyptiens par excellence ! Combien d'accusations infondes porte-t-on contre nous ? s'insurge Hamad Ibn Jassem, le puissant Premier ministre et ministre des Affaires trangres du micro-État, contraint de dmentir. Une anecdote rvlatrice des fantasmes et des soupons qu'veille l'mirat gazier en Afrique du Nord. Hyperactif et hypermdiatis, le Qatar, soutien inconditionnel des rvolutions, s'est immisc dans tous les rouages politiques, conomiques et sociaux des pays concerns. Omniprsent, il se voit prter toutes les intentions.
Les Qataris apprennent la communication. Leur image leur a chapp , analyse Mohammed El Oifi, matre de confrences Sciences-Po Paris et spcialiste de la chane qatarie Al-Jazira. L'assassinat, le 6 fvrier, du Tunisien Chokri Belad, leader du Parti des patriotes dmocrates unifi (PPDU) ? Nous n'excluons pas l'implication d'un État de la monarchie du Golfe [sic] , suggre Mohamed Jmour, numro deux du PPDU, le 2 avril. En Mauritanie, nombre de mdias ont vu l'ombre de l'mirat derrire les tirs qui ont bless le prsident Ould Abdelaziz en octobre 2012. L'assassinat politique n'est pas dans la culture du Golfe , objecte le chercheur Naoufel Brahimi El Mili.
"Votre tour viendra !"
Des soupons d'ingrence inspirs par le comportement mme de la monarchie multimilliardaire. Enivr par ses victoires rvolutionnaires en Égypte, en Tunisie et en Libye, l'mir, Hamad Ibn Khalifa Al Thani, a pu s'y croire en terrain conquis. Rien n'est pourtant moins vrai. Ds novembre 2011, le reprsentant de la Libye rvolutionnaire aux Nations unies, Abderrahmane Chalgham, temptait : La Libye ne sera pas un mirat dirig par le calife du Qatar ! Et quand, Tunis, les autorits droulaient le tapis rouge au souverain, en janvier 2012, l'avenue Bourguiba grondait Dgage ! . Il en faut pourtant plus pour refroidir les ardeurs qataries. En tmoignent les dclarations de l'mir, en visite officielle en Mauritanie en 2012, incitant Mohamed Ould Abdelaziz se rapprocher du parti d'opposition islamiste Tawassul et brandissant la menace d'une rvolution. Ou l'avertissement adress deux reprises - fin 2011 puis dbut 2013 - par Hamad Ibn Jassem aux autorits algriennes hermtiques sa politique syrienne : Votre tour viendra ! Cette arrogance agace et, du Caire Tunis, les drapeaux du Qatar flambent.
Tisss bien avant les vnements de Sidi Bouzid, les rseaux de l'mirat lui ont permis de se rserver les meilleures places aux banquets des rvolutions. Ami de Kaddafi, entretenant des relations cordiales avec Ben Ali et Moubarak, Hamad Ibn Khalifa Al Thani n'en accueillait pas moins leurs opposants. On pouvait ainsi croiser Doha Youssef al-Qaradawi, le prdicateur star d'Al-Jazira, d'origine gyptienne ; le religieux libyen Ali Sallabi ; ou encore le gendre du Tunisien Rached Ghannouchi (leader du parti islamiste Ennahdha), Rafik Abdessalem, qui dirigeait le dpartement des recherches au centre d'tudes d'Al-Jazira avant de rentrer en Tunisie et d'y occuper le poste de ministre des Affaires trangres (de fin 2011 mars 2013). Pas de quoi rassurer Alger et Nouakchott, capitales pargnes par le Printemps arabe : l'mir n'offre-t-il pas asile l'Algrien Abassi Madani, cofondateur du Front islamique du salut (FIS), ainsi qu' l'ancien prsident mauritanien Maaouiya Ould Taya, chass du pouvoir par l'actuel chef de l'État ?
Car Sa Majest n'accorde pas droit de cit aux seuls militants de l'islam politique. Des figures des rgimes dchus ont galement trouv refuge - au moins un temps - sur ses terres, comme le Libyen Moussa Koussa, ancien chef des renseignements et ministre des Affaires trangres du Guide , ou le Tunisien Sakhr el-Materi, gendre de Ben Ali. Le paradoxe n'effraie pas l'mirat : ce paradis fiscal, o nombre de figures des rgimes dchus ont plac leur fortune, a vu son procureur gnral, Ali Ibn Fetais al-Marri, charg par les Nations unies de coordonner les enqutes sur les fonds dtourns par les dirigeants arabes renverss.
Paralyser
Ceux qui considrent le Qatar comme un État-nation traditionnel ne pourront que se tromper , explique Mohammed El Oifi. Petit et faiblement peupl, l'mirat doit, pour exister, s'imposer l'extrieur. Et le Printemps arabe lui en a apport l'occasion sur un plateau : il a paralys les derniers grands de la diplomatie rgionale, Égypte et Syrie, alors que l'Irak dchir n'a plus gure de poids et que l'Arabie saoudite reste emptre dans ses problmes de succession. La Ligue arabe est ainsi tombe sous l'emprise qatarie. Les caisses de l'Égypte sont sec ? L'mirat y dverse quelques milliards de dollars. La zone grise du Sahel, dstabilise par la guerre libyenne, a vu dbarquer ses convois humanitaires. Et, fin 2012, Hamad Ibn Khalifa Al Thani est all se faire acclamer Gaza, dsert par les chefs d'État arabes depuis 2007.
De quoi confirmer, pour certains, le soupon d'un agenda imprialiste cach. C'est la thse des journalistes Jacques-Marie Bourget et Nicolas Beau dans Le Vilain Petit Qatar : le Printemps arabe ne serait que l'aboutissement d'un grand projet panarabe teinte islamiste foment par Doha. Plus mesur, Naoufel Brahimi El Mili considre plutt le petit mirat comme le bras agissant d'une Amrique qui a vu dans les rvolutions l'occasion d'difier le Grand Moyen-Orient dmocratique que George W. Bush avait chou imposer. Mais pour Mohammed El Oifi, l'activisme qatari ne s'inscrit pas dans une stratgie prmdite : La seule obsession de ce petit État coinc entre Iran et Arabie saoudite est d'agir pour exister et d'exister pour survivre. Emporte par son instinct de survie, la machine qatarie ne finirait-elle pas par chapper au contrle de ses pilotes ?





 

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