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Maroc : dcryptage d'une vraie fausse crise gouvernementale

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2013-06-28
 
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Maroc : dcryptage d'une vraie fausse crise gouvernementale

Maroc : dcryptage d'une vraie fausse crise gouvernementale



La guerre ouverte entre le Premier ministre marocain, Abdelilah Benkirane, et son alli de l'Istiqlal dbouche sur un statu quo indit. Dcryptage d'une vraie fausse crise.
Voil plus d'un mois que l'Istiqlal est dmissionnaire du gouvernement, tout en y gardant six ministres, dont le trs sollicit Nizar Baraka, ministre des Finances, charg de redresser la barre d'une conomie en pleine crise de confiance. Un mois que les observateurs, les ditorialistes et une partie de l'opinion publique attendent le coup d'aprs. Un mois que Hamid Chabat, patron de l'Istiqlal, multiplie les apparitions publiques pour dnoncer l'amateurisme et l'incurie d'un gouvernement dont il est pourtant encore l'alli. Un mois que le Premier ministre, Abdelilah Benkirane, tout en affichant une srnit de faade, peste en priv contre les crocodiles et les esprits qui affaibliraient son pouvoir.
Un mois, enfin, que Mohammed VI, dont l'Istiqlal a sollicit l'arbitrage d'une manire ambigu et pour le moins maladroite, a quitt le royaume sans trancher le diffrend entre les deux ttes de la majorit. Aprs cette acclration exagrment dramatique du tempo politique, le statu quo a tout aussi brusquement fait retomber l'adrnaline. Avouons que, de l'extrieur, cette situation est incomprhensible. Tous les mdias qui se sont prcipits pour parler de crise gouvernementale ont t dmentis par les faits. Il n'y a pas de crise politique puisque l'Istiqlal n'a pas mis sa menace excution , tempre le politologue Mohamed Tozy. Sage analyse qui refuse de cder au sensationnalisme, mme si on peut s'interroger sur les consquences plus long terme de ce qui apparat comme un coup de bluff rat.
À qui profite le blocage ?
Ce qui tait cens tre une crise gouvernementale a lentement driv vers un statu quo indit. Au-del de l'intervention de Mohammed VI, qui s'est limite un royal coup de fil son fidle sujet, c'est l'attitude prudente de Benkirane qui semble avoir circonscrit l'incendie. Le chef de la majorit n'a pas rpondu officiellement l'affront de son alli rcalcitrant, en prenant prtexte du formalisme juridique : Nous n'avons reu ni communication officielle ni liste de revendications. Comprenez : Nous ne sommes pas concerns. Si l'Istiqlal veut se retirer, qu'il prenne ses responsabilits. Toutes les voix autorises au sein de sa formation, le Parti de la justice et du dveloppement (PJD), ont relay ce discours. Avec comme corollaire : Nous, islamistes, n'avons pas peur d'ventuelles lgislatives anticipes.
La fcherie avec l'Istiqlal leur a d'ailleurs permis de tenter leur propre bluff, plus discret, mais qui semble avoir port ses fruits. Depuis les lgislatives de novembre 2011, qui les ont propulss au pouvoir, les cadres du PJD labourent leur pr lectoral. Ils ont ainsi regagn les siges remis en jeu lors de lgislatives partielles, maintenant leur total 107 dputs sur 395, tout en se permettant d'offrir un dput leurs partenaires du Parti du progrs et du socialisme (PPS), qui bataillent pour maintenir un groupe parlementaire (20 dputs au minimum). Le PJD est en position de force lectorale, ce qu'accrditent les sondages sur la popularit intacte de Benkirane. Un dput de l'opposition penche pour une logique d'attente. Rien ne sert de courir vers des lgislatives anticipes. Nous nous prparons pour 2016 [date de la fin de la lgislature actuelle].
Que veut (vraiment) Chabat ?
Aprs avoir tir vue sur Benkirane et sur ses ministres - avec une prfrence pour ceux du PPS -, rclam cor et cri une remise plat de la coalition gouvernementale, multipli les attaques verbales aussi violentes que vaines, exig un duel tlvis avec le chef du gouvernement, Chabat a finalement accept de revenir la table des ngociations. C'est la dernire posture du zam de l'Istiqlal qui tait d'ailleurs en filigrane de son coup de poing sur la table. Ce syndicaliste madr, arriv la tte de son parti la faveur d'un vritable putsch contre la famille El Fassi, n'a jamais entrin les choix de son prdcesseur - et ex-Premier ministre, de septembre 2007 novembre 2011.
Chabat veut des ministres sa main. Et pour imposer les siens, il est prt sacrifier ceux qui ne lui prtent pas allgeance. Aussi bien Nizar Baraka, gendre d'Abbas El Fassi et bien en cour, que le ministre de l'Éducation nationale, Mohamed Louafa, un temps candidat la tte de l'Istiqlal. Pour faire plaisir sa base, Chabat rclame surtout plus de portefeuilles, s'estimant ls par la rpartition actuelle. L'Istiqlal (60 siges au Parlement) a hrit de 6 ministres seulement, tandis que le PPS (18 siges) gre les ministres relativement importants de l'Habitat et de l'Urbanisme, de la Sant, de la Culture, et de l'Emploi.
Benkirane est-il un chef de gouvernement partisan ?
Selon ses dtracteurs, Benkirane serait un chef de gouvernement ouvertement partisan et donc injuste. C'est l'argument prfr de Chabat, et c'est celui qui porte au-del de la majorit. L'opposition, qui a boycott par exemple la sance des questions au chef du gouvernement le 31 mai, lui reproche un style autoritaire. Il est vrai que le style Benkirane privilgie une forme d' exercice solitaire du pouvoir , selon la formule du politologue Mustapha Sehimi. Le PJD a beau mettre en avant sa direction collgiale, son chef n'hsite jamais affirmer son autorit. Il l'a d'ailleurs fait ds le 11 mai au soir en publiant un communiqu rappelant que le secrtaire gnral du parti cumule la casquette de porte-parole officiel.
Pourtant, le leader islamiste est plutt gnreux avec ses partenaires. Certes, le PJD se taille la part du lion dans le gouvernement avec douze ministres, mais il a concd sans rechigner le portefeuille rgalien de l'Intrieur Mohand Laenser, chef du Mouvement populaire (MP). Le PJD assume d'tre au pouvoir et de placer ses pions , avance Mohamed Tozy. C'est plutt l'Istiqlal qui semble privilgier ses questions internes, dont la loyaut au zam, au bon fonctionnement de la coalition. Lors du gouvernement d'alternance [1998-2002], les istiqlaliens se sont montrs des allis peu commodes , souligne un ancien ministre socialiste.
Le roi doit-il intervenir ?
En demandant Chabat, le soir de la dcision du Conseil national, de maintenir ses ministres au gouvernement, Mohammed VI a sembl intervenir dans une brouille institutionnelle. Pourtant, la suite des vnements loigne la perspective d'un arbitrage formel du roi. Mais il n'a pas tranch en faveur de Chabat. Le roi a raffirm sa confiance au gouvernement , a rappel son porte-parole, Mustapha El Khalfi. Match nul. Dans les faits, le souverain peut trs bien user de son autorit morale pour peser sur les protagonistes.
D'un autre ct, de nombreuses voix, tant dans la majorit qu'en dehors de celle-ci, ont analys le recours au roi comme une rgression dmocratique, peu compatible avec l'esprit d'une Constitution qui accorde formellement une autonomie au gouvernement. Nous ne pouvons pas rclamer plus de prrogatives et nous rfugier, la premire fcherie, dans le bureau de Sidna [ Monseigneur , formule dsignant le roi].
Que dit la Constitution ?
L'article 42 de la Constitution donne au roi des pouvoirs considrables. Il est garant de la prennit et de la continuit de l'État et arbitre suprme entre ses institutions . En soi, la brouille entre deux chefs de parti au sein de la majorit ne concerne pas directement les institutions. Un ventuel remaniement peut survenir l'initiative du roi ou du chef du gouvernement, qui demande au roi de mettre fin aux fonctions d'un ou de plusieurs membres du gouvernement du fait de leur dmission individuelle ou collective (article 47). Par ailleurs, le roi a le pouvoir de dissoudre les deux Chambres ou l'une d'elles seulement (article 96). Le chef du gouvernement peut aussi dissoudre la Chambre des reprsentants.
L'application de cette nouvelle Constitution, approuve par rfrendum en juillet 2011, ne pose pas encore de problmes d'interprtation, mais la pratique est encore rcente, ce qui explique la frilosit des uns et des autres.


 

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