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Morsi a t incapable de saffranchir de son parti Emir Abdelkader 0 2013-07-07 03:20 PM
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2013-07-12
 
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au revoir et Morsi !

Égypte : au revoir et Morsi ! Retour sur un coup de force rvolutionnaire

Il n'aura tenu que l'espace d'un Printemps arabe. Un an aprs son lection, Mohamed Morsi, le prsident islamiste d'Égypte, a t dpos, il y a tout juste une semaine, sous la pression de la rue, qui a reu l'appui de l'arme. Et maintenant ?
Une nouvelle fois, les Égyptiens ont renvers leur ras. Le deuxime en moins de trois ans. Quatre jours durant, des millions de manifestants se sont mobiliss pour obtenir le dpart de Mohamed Morsi, issu de la confrrie des Frres musulmans et premier prsident civil dmocratiquement lu (il y a un an). Ce sont les plus grandes manifestations de toute notre histoire , indique une source anonyme au sein de l'arme. L'arme qui, depuis la nomination de son nouveau chef, le gnral Abdel Fattah al-Sissi (il prside le Conseil suprme des forces armes), s'tait prudemment tenue loigne du jeu politique... mais qui est revenue sur le devant de la scne pour destituer le chef de l'État, le 3 juillet.
Ironie du sort, c'est Morsi lui-mme qui, en aot 2012, avait choisi Sissi pour remplacer le marchal Hussein Tantawi, au lendemain d'une attaque visant des gardes-frontires dans la pninsule du Sina (16 morts). On croyait l'ancien patron des renseignements militaires proche des Frres musulmans, son oncle tant une figure de la confrrie. Et pourtant... Dans une allocution tlvise, le 3 juillet, Sissi a rpondu aux revendications des manifestants : Adly Mansour, chef de la Haute Cour constitutionnelle, est nomm prsident par intrim, la Constitution est suspendue et un comit d'experts aura pour mission de rviser ses articles controverss.
De graves pnuries de carburant
À l'origine de la mobilisation : Tamarod ( rbellion ), un mouvement de jeunes militants prorvolution, qui avait fait circuler ces dernires semaines une ptition rclamant le dpart de Mohamed Morsi et dit avoir recueilli plus de 22 millions de signatures. Les dtracteurs du prsident lui reprochaient de ne pas avoir engag les rformes politiques, conomiques et sociales correspondant aux aspirations des rvolutionnaires de janvier et fvrier 2011. Plus concrtement, les Frres taient accuss de vouloir s'accaparer le pouvoir, et leur mauvaise gestion des affaires publiques tait sous le feu des critiques. Frapps de plein fouet par la reprise de l'inflation (8 % actuellement, alors qu'elle tait tombe 4 % en octobre 2012), les Égyptiens sont aussi confronts de graves pnuries de carburant et d'lectricit. La semaine prcdant les manifestations du 30 juin, les rues du Caire taient paralyses par d'interminables files d'attente devant les stations-essence. Quant au sentiment d'inscurit, il est exacerb.
>> Lire aussi : Les raisons de la chute de Morsi
Or, pendant un an, les Frres musulmans se sont montrs hermtiques toute critique. La confrrie et ses partisans expliquaient que tous ces maux taient imputables l'ancien rgime, dont les partisans, disaient-ils, utilisaient le canal des mdias privs pour provoquer une contre-rvolution. Alors que l'arme lui avait fix un ultimatum de quarante-huit heures pour satisfaire les revendications du peuple , le prsident Morsi a choisi, lors de son discours du 2 juillet, de dfendre sa lgitimit acquise par les urnes, appelant au dialogue avec l'opposition sans lui offrir de relles concessions. La veille, Mohamed al-Beltagui, l'un des cadres du Parti de la libert et de la justice (PLJ, bras politique des Frres musulmans), jurait ses ouailles devant la mosque Rabia al-Adawiya, l'est du Caire, qu'un coup d'État ne pourrait avoir lieu qu'en nous passant sur le corps et en versant notre sang . Les Frres savaient qu'ils vivaient la dernire bataille d'une longue guerre entame il y a quatre-vingts ans, souligne Alaa al-Din Arafat, chercheur associ au Centre d'tudes et de documentation conomiques, juridiques et sociales (Cedej), au Caire. C'tait leur dernire chance pour se maintenir sur la scne politique, et ils se sont accrochs.
Aujourd'hui, l'avenir de la confrrie est plus qu'incertain. La chasse aux sorcires est ouverte. L'ancien chef de l'État est dtenu au ministre de la Dfense. Saad al-Katatni, le prsident du PLJ, a t arrt. Selon le quotidien Al-Ahram, prs de 300 mandats d'arrt ont t mis l'encontre de dirigeants du mouvement. Au moment o Sissi s'exprimait devant des millions d'Égyptiens, les forces de scurit interpellaient les propritaires de plus d'une trentaine de chanes islamistes qui ont vu la diffusion de leurs programmes interrompue. Ils vivent la plus grave crise politique de leur histoire , affirme Amr Hashem Rabie, du Centre des tudes politiques et stratgiques Al-Ahram.
Pour autant, il serait prmatur de croire que les Frres vont quitter la scne. Si leurs chances de remporter un scrutin prsidentiel sont faibles dsormais, ils restent en mesure de remporter facilement des lections lgislatives car elles reposent sur des allgeances tribales et sur la popularit locale des candidats , explique Rabie. Plutt que de chercher exclure les Frres de la vie publique, insiste le chercheur, il est essentiel de les intgrer aux institutions de l'État et dans la socit pour viter que la confrrie ne replonge dans la clandestinit .


Un juge la prsidence
Il n'a rien demand personne. Pourtant, du jour au lendemain, Adly Mansour, 67 ans, est pass de la prsidence de la Haute Cour constitutionnelle (HCC) la prsidence tout court. Les Égyptiens ont dcouvert ce magistrat chenu, l'air srieux, l'aise pour s'adresser la nation. Je demande aux rvolutionnaires de ne pas quitter la place Al-Tahrir. Que les Égyptiens y restent pour crire les versets de la rvolution noble et ternelle , a-t-il dclar, lyrique, lors de sa crmonie d'investiture, le 4 juillet. Ce pre de trois enfants, jusque-l inconnu du grand public, avait t nomm en mai la tte de la HCC par Mohamed Morsi. Depuis 1992, il tait l'adjoint du prsident de cette cour, aprs avoir occup diverses fonctions au sein du Conseil d'État. Diplm de la facult de droit de l'universit du Caire, il a galement tudi la trs prestigieuse École nationale d'administration (ENA) franaise. Nouveau venu en politique, Mansour devra diriger un gouvernement de technocrates, charg de la gestion du pays jusqu' l'organisation de nouvelles lections, lgislatives et prsidentielle. Se voulant rassembleur, il a indiqu que les Frres musulmans faisaient partie du peuple et taient invits participer la construction de la nation.

Batailles
À l'tranger, l'intervention de l'arme a t perue comme un coup d'État silencieux rappelant qui tient rellement les rnes du pays. De fait, les militaires ont la mainmise sur de larges pans de l'conomie, et la Constitution les soustrait tout contrle des autorits civiles. Mais alors que ses dtracteurs rappellent le bilan ngatif du Conseil suprme des forces armes durant la premire priode de transition (qui avait suivi la chute de Hosni Moubarak), difficile d'imaginer que le commandement militaire refera les mmes erreurs. Il n'est pas dans l'intrt de l'arme d'tre un acteur essentiel de la vie politique, elle a tir des leons du pass, explique Alaa al-Din Arafat. Les militaires joueront un rle important, mais en coulisse. À l'image de leurs homologues turcs, ils interviendront quand ils auront l'impression que la transition dmocratique draille.
Soucieux de se doter d'une lgitimit populaire et d'viter tout prix que la destitution de Morsi ne passe pour un coup d'État, le gnral Sissi s'est entour, lors de son allocution tlvise, d'Ahmed al-Tayeb, le cheikh d'Al-Azhar, de Tawadros II, le pape de l'Église copte orthodoxe, de l'opposant Mohamed el-Baradei, nagure patron de l'Agence internationale de l'nergie atomique et Prix Nobel de la paix, et de Mahmoud Badr, un coordinateur de Tamarod.
D'autres estiment galement que l'intervention de l'arme a permis d'viter un bain de sang. Ces dernires semaines dj, plusieurs locaux appartenant aux Frres musulmans ont t saccags et incendis travers le pays. Le 2 juillet, alors que Morsi insistait sur la lgitimit qu'il tire des urnes, la capitale tait le thtre de batailles de rue entre ses partisans et ses opposants, avec changes de coups de feu et jets de cocktails Molotov. Prs de l'universit du Caire, o les islamistes ont organis un sit-in, au moins 18 personnes sont mortes et 200 ont t blesses. Depuis le passage en force de la Constitution, en novembre 2012, l'absence de dialogue entre le camp islamiste et ses adversaires s'est traduite par une recrudescence de la violence.
Mohamed Morsi lors de sa dernire allocution, le 3 juillet. AFP
Aujourd'hui, alors que le pays s'engage dans une seconde priode de transition, les dfis sont nombreux. Adly Mansour, le successeur de Morsi, a entam des ngociations pour former un gouvernement de technocrates et devrait rapidement publier une Constitution temporaire . La date du 3 juillet 2013 rappelle trangement celle du 11 fvrier 2011, qui avait vu la chute de Moubarak : le pays revient la case dpart. Mais avec de nouveaux espoirs.
L'volution de l'conomie entre Moubarak et Morsi. Jeune Afrique
Obama contretemps
Sur la place Al-Tahrir, le prsident Morsi et les Frres musulmans n'taient pas les seuls ennemis des manifestants. Nombre d'entre eux brandissaient des portraits d'Anne Patterson, l'ambassadrice des États-Unis en Égypte, barrs d'une croix rouge. Quelques jours avant le dbut des manifestations, la diplomate avait en effet dclar : Certains affirment que la pression de la rue donnera de meilleurs rsultats que des lections. Pour tre honnte, mon gouvernement et moi en doutons fortement. Des propos interprts comme un soutien sans quivoque Mohamed Morsi. Et ce soutien n'a visiblement pas faibli aprs la destitution de ce dernier. La dcision des forces armes gyptiennes de dposer le prsident et de suspendre la Constitution nous inquite profondment , a affirm Barack Obama le 3 juillet. Le prsident amricain a appel l'arme rendre aussitt que possible le pouvoir un gouvernement civil dmocratiquement lu , ajoutant que, au vu des derniers dveloppements , il avait demand aux dpartements et agences concerns de rexaminer les conditions de l'aide que les États-Unis versent l'Égypte (1,5 milliard de dollars - 1,2 milliard d'euros - par an). Des menaces peines voiles.




 

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