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femme sans peur, dame de cur

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Une rvolution au cur des rvolutions Emir Abdelkader 0 2013-11-27 01:51 PM
Sils veulent faire peur aux journalistes, le procd nest pas le bon Emir Abdelkader 0 2013-10-21 02:45 PM
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2013-11-28
 
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  Emir Abdelkader    
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femme sans peur, dame de cur

Djamila Boupacha. hrone de la guerre de Libration

femme sans peur, dame de coeur




Ce nest pas de libert quon a besoin, mais de ntre enchan que par ce quon aime.
Pierre Reverdy


Elle nous accueille avec le sourire et une infinie gentillesse au seuil de sa maison toute aurole de son rcent dplacement aux Lieux Saints. Cest prouvant, dit-elle, mais la fatigue se dissipe comme par enchantement. On se sent lger en ces endroits bnits, concde-t-elle. Dsormais, elle est hadja. Alf Mabrouk !
Femme de conviction et de courage, Djamila Boupacha symbolise avec dautres hrones le combat des femmes algriennes pour lindpendance de leur pays pour lequel un lourd tribut a t pay. Les Djamilate sont restes dans la mmoire collective, mais combien danonymes sont-elles qui sont restes loin des feux de la rampe ? En tout cas, Djamila Boupacha reprsente la mmoire dune gnration exalte, prte aller dfier la mort parce quelle aimait trop la vie !
Ne le 9 fvrier 1938 Saint-Eugne la veille de la Deuxime Guerre mondiale, Djamila garde limage dun quartier chic de la capitale o les habitants vivaient en parfaite harmonie. On habitait entre Saint- Eugne et Deux Moulins, en contrebas de Zghara. Je me souviens que pendant la grande guerre, mon pre Abdelaziz avait creus un abri dans notre jardin. Les vacarmes crs par les avions qui survolaient notre espace taient insoutenables. On aurait dit que le ciel allait nous tomber sur la tte. Je me souviens mme dun avion de guerre qui sest cras prs de chez nous. Cest pourquoi cet abri nous scurisait. Ds lalerte, les femmes et les enfants sengouffraient dans cet abri, alors que les hommes restaient dans un espace protg donnant sur la grande cour. Tous les voisins se rencontraient ainsi malgr eux. Les Chellali, dont Yasmina, lpouse du commandant Azzedine, Rouiched qui habitaient alentour y venaient aussi lorsque la ncessit simposait.
Eveil prcoce
Cest dans cet environnement que la petite Djamila a fait ses premires classes lcole sous la houlette de Khadra Boufedji, une femme exceptionnelle, puis lcole franaise situe la sortie des Deux Moulins dans le chteau bien visible au bord de la mer, actuellement en ruine. Djamila y restera jusqu lge de 8 ans, avant de rejoindre lcole Pigier prs de la gare de lAgha, ses parents ayant entre-temps dmnag Dely Ibrahim. Djamila sinitie la stno, spcialit en vogue lpoque. A peine adolescente, Djamila ouvre les yeux sur la politique. Javais rencontr Kheira Aboubakr, une enseignante de franais qui mavait sensibilise sur le mouvement national. Elle tait une militante de lUDMA, le parti cr par Ferhat Abbas en 1946, son pre tait PPA. Mais mon pre ne voulait pas que je mengage, estimant que les femmes navaient pas leur place dans ce combat, se justifiant par les pesanteurs traditionnelles mais malgr a, je suis rentre lUDMA. En 1950, mon pre avait hberg la maison le savant Mahmoud Bouzouzou, apparent ma mre, qui me conseillait lorsque le soir jeffectuais mes devoirs. Je nai jamais devin lobjet de sa prsence chez nous. Lorsque la Rvolution a clat, cest Souidani Boudjema qui a contact notre famille. Cest ainsi que mon frre, Djamel Eddine, sest engag Dely Ibrahim. Il ny avait que des colons, tous ultras seulement cinq familles algriennes.
Les ultras opteront par la suite pour lquipe suicidaire de lOAS. Djamila enrageait, elle voulait aller au combat quoi quil en cotait. Mais pour quun cri existe, il faut une oreille pour lentendre. Et Djamila a d utiliser un stratagme pour atteindre son objectif. Un jour, javais entendu mon frre Djamel Eddine parler sa femme, lui signifiant quil avait un besoin pressant dargent, quil tait plat. Je lui ai propos mes conomies, mais une condition, celle de me faire rentrer dans le nidham. Il en a discut avec Mustapha Chelha, responsable du FLN, qui a accept. On va lengager, car elle ressemble une Italienne avait-il comment. Cest comme a que jai commenc avec Abdelkrim mon frre, Djamel Eddine et les familles Cherifi, Hafiz, Zenagui Au dpart, on tait trois postulantes. Nadia Hafiz, Nassiba Malki et moi-mme. Le nidham navait besoin que de deux et misait sur une fille connaissant parfaitement La Casbah. Par chance, je remplissais cette condition, car sous la responsabilit de Chelha, jy allais souvent, notamment chez Zoubir, dlgu des Habous, et responsable du bureau de bienfaisance musulman. Je faisais des enqutes pour aider les ncessiteux. En vrit, ctait une couverture, jactivais directement. Malheureusement, Mustapha, mont au maquis, avait t tu par le groupe de Kobus.
Lengrenage de la guerre
Aprs la grve des 8 jours, La Casbah et Alger taient dcimes. La bleuite faisait rage. Pour rorganiser, il fallait trouver des gens srs. Jai milit aux cts du frre de Nassiba Malki et de Rabah Doukh. Avec ce dernier, je moccupais distribuer largent aux familles de chouhada ou celles dont les parents taient au maquis ou en prison. Jai ensuite activ avec Sid-Ahmed Malki pendant une anne. Je dois rendre hommage, au passage, la famille Karabagli dEl Biar qui nous avait hbergs pendant 8 jours.
En 1958, Djamila qui activait dans le Sahel est au maquis dans la zone 1 de la Wilaya IV, du ct de Corso. Mais cela ne dura pas, car ctait difficile et les femmes taient facilement reconnaissables par les indics, alors on ma propos le Maroc ou la Tunisie pour un repli stratgique. Jai refus en arguant que la lutte tait ici en Algrie et nulle part ailleurs.

Djamila renoue avec la ville et cherche un contact quelle trouvera en la personne de Khelil Boudjema. Elle reprend de plus belle avec Si Djamel Benna, Boualem la France, Si El Madani On passera sur les dtails de sa longue militance, son corps dfendant, le pril aux aguets. Cette fille, dsormais adulte, na envie de rien et besoin dAlgrie. Alors elle sengage pour un gros coup. Elle est charge de poser une bombe la brasserie des Facults dAlger. Ctait en septembre 1960, javais choisi lendroit le plus frquent il pour il, dent pour dent.
Les images des enfants algriens dchiquets, des familles entires endeuilles, du napalm et de la mort qui rde chaque coin mtaient revenues, alors on navait pas rflchir. Et puis, ctait la guerre. Cest Khelil qui mavait ramen la bombe. Je mattable et je commande une boisson. Je mets mon sac sur la chaise et je le couvre dun foulard, ayant au pralable mis tous mes effets personnels dans une pochette que javais pris la prcaution de ramener. Je demande aller aux toilettes, je traverse le bar, pochette en main. Je donne limpression daller vraiment aux toilettes, je ne mattarde pas. Je sors et je prends la ruelle adjacente la fac. Khelil mavait prvenu que la dflagration nallait pas dpasser le quart dheure. Je suis reste en attente larrt du bus du tunnel, le dlai imparti largement dpass.
Quand jai entendu les sirnes des ambulances, javais compris. Les artificiers, venus en trombe, avaient russi dsamorcer lengin non sans secouer les environs dun bruit sourd qui a branl tout le monde. Je devais prendre le bus, mais jai renonc. Trop dangereux en cas de contrle, alors jai march jusqu El Biar. Je ne peux oublier ce jour. Quelques jours aprs, un maquisard a t arrt, tortur. Il ne pouvait plus supporter les atrocits, alors il a t contraint de donner des informations. Notre maison Dely Ibrahim allait tre mine. Cest le garde champtre, avec lequel nous avions de bonnes relations et qui ne souponnait gure nos activits qui a dissuad les militaires dans leur tentative de faire sauter notre demeure. Jai t arrte avec mon pre, mon beau-frre. Jai t amene la villa des tortures dEl Biar en face de lglise, transfre la caserne du Gnie Hussein Dey, un vritable mouroir, puis Serkadji, enfin en France.
Avec son pre et son beau-frre, ils subiront durant des semaines les pires atrocits, des tortures abominables et interminables. Ça dpassait lentendement, ctait insupportable parce quinhumaines. La raction des intellectuels franais de gauche ne sest pas fait attendre. Son avocate, Gisle Halimi, lancera lalerte. Un comit est cr en France avec des sommits comme Jean-Paul Sartre, Louis Aragon, Elsa Triolet, Genevive de Gaulle, Germaine Tillon. A la suite des pressions et surtout de la lettre de Simone de Beaucoir dans Le Monde qui a fait un boom, les choses avaient chang. La torture ? Cest abject. Les hommes taient brls au chalumeau, des fois on mettait des barres de fer rougies par le feu sur leurs yeux. Pire que les sauvages, je noublierai jamais. De mme que je nomettrai pas de rendre hommage aux Franais qui taient nos cts, qui ont t dignes, qui nous ont aids sans contrepartie. Ceux-l, il faut leur tirer chapeau bas Je pense Steiner Annie, aux Chaulet, au Cardinal Duval, Gringaud et aux autres.
Le 7 mai 1962, en application du dcret damnistie, Djamila, qui avait comparu une anne avant Caen, est amnistie linstar dautres dtenus politiques. Elle qui sest indigne autrement quen paroles en mettant sa peau au bout de ses ides se retire compltement de la politique au lendemain de lindpendance. Et lorsquon linterroge sur son silence, elle rpond quelle na fait que son devoir de patriote. Nempche, sa personnalit attachante, mditative, affectueuse sera mise entre parenthses. Ce qui est sr, cest que son parcours ne sera jamais effac, dautant que le grand peintre espagnol Pablo Picasso lui a dress un joli portrait qui restera pour la postrit.
Le portrait de picasso
Je ne sais pas si cest Gisle qui la contact ou le comit, mais toujours est-il que jen tire une immense fiert. Lors des pourparlers dEvian, en prison, la direction a lch du lest, devenue plus indulgente. Elle nous a autoriss prendre des photos. Cest sans doute lune delles qui a atterri chez lartiste Picasso qui, pour moi, est un peintre rvolutionnaire. Na-t-il pas reproduit avec talent le massacre de Guernica(1). Son portrait trne en bonne place dans son salon, aux cts dune photo trs chre pour elle o avec son mari, Omar Khali, moudjahid, tenant tous les deux des mitraillettes et vtus de treillis, posaient la fleur de lge. Ils avaient 20 ans ! Cest le frre qui a pous la sur, lance-t-elle malicieusement, car les maquisards taient dnomms frres pendant la Rvolution.
Djamila, lorsquon linterpelle sur la marche cabosse du pays, prend des allures o la mditation le dispute linquitude. Si le colonialisme tait rest, pensez-vous quon aurait retrouv notre dignit, quil y aurait autant duniversits, autant dminents professeurs sollicits de partout ? Pensez-vous quon aurait eu droit la sant gratuite, lducation ? Au dpart, les ides taient pourtant gnreuses. Dun autre ct, estime-t-elle, tout est loin dtre rose, il y a de nombreux dysfonctionnements et la gouvernance laisse dsirer Les jeunes sont extrmement intelligents. Si on les laisse sexprimer, ils feront des miracles, mais le pays a t dnud. Pourquoi nous sommes-nous rvolts ? Pour notre dignit, notre libert et une socit juste.
Le danger, cest de rompre lquilibre de la socit quon ne peut acheter indfiniment par la paix sociale. Les jeunes doivent se battre et travailler.


1) En 1942, un ministre nazi est rest impressionn devant le tableau Massacre de Guernica. Il demanda Picasso, Cest vous qui avez fait a ? Non, cest vous, lui rpondit
schement lartiste.



Parcours :

Ne le 9 fvrier 1938 Saint-Eugne (Bologhine). Fille dAbdelaziz et de Amarouche Zoubida. Elle sengage trs jeune, 15 ans, en politique en optant pour lUDMA de Ferhat Abbas, puis pour le FLN en 1955.
Militante, elle active dans le Sahel algrois, mais elle se fera connatre par son coup dclat en dposant une bombe la brasserie des Facults, Alger, en 1959. Son procs a t retentissant, parce quil tait question des tortures atroces subies et par la qualit de ses dfenseurs, leur tte lavocate Gisle Halimi.
Il y avait aussi le soutien dune brochette dintellectuels franais, dont le clbre philosophe Jean-Paul Sartre, et sa compagne Simone de Beauvoir. Libre en 1962, Djamila coupe court avec la politique et mne une vie paisible auprs de son mari moudjahid, Omar Khali, et leurs trois enfants


Hamid Tahri





'El Watan
 

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