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Acha, sropositive depuis 2003 : Ça peut aussi vous arriver vous

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Acha, sropositive depuis 2003 : Ça peut aussi vous arriver vous

Acha, sropositive depuis 2003 : Ça peut aussi vous arriver vous

Contamine par le VIH il y a dix ans, elle a dcid, pour la premire fois, de raconter son histoire. Du choc de lannonce son mariage quelques annes plus tard, en passant par la naissance de sa fille Ahlem, ge aujourdhui de 6 ans. Acha, sropositive, se dvoile.



Se projeter, savourer les jours qui passent, affronter les alas du quotidien ponctu de peines inluctables et de joies arraches cote que cote sa condition. Courir aprs largent, lamour, en passant des objectifs les plus drisoires aux grandes perspectives. Lambition, les intentions, les projets. Puis, tout dun coup, le temps se suspend et tout bascule. On voit tout de suite tous les horizons se boucher, toutes nos envies steindre et une peur effroyable sinstaller : la vie sarrte, lche dans un soupir Acha*, 40 ans, sropositive depuis dix ans. Le plus dur, cest le sentiment de honte qui vous gagne alors que vous navez absolument rien fait pour mriter a.
Depuis octobre 2003, Acha, jeune femme brune la longue crinire, est devenue autre. On est plus tout fait soi-mme quand on dcouvre quon est sropositif, explique-t-elle dun ton calme, pos. Pour la premire fois, Acha a dcid de raconter son histoire. Du choc de lannonce son mariage quelques annes plus tard en passant par la naissance de sa fille Ahlem, ge aujourdhui de 6 ans. Parfois timide et hsitante et dautres fois truculente et dure, elle se dvoile. Vous savez, je nen parle jamais et au moment mme o je vous raconte tout a, je refuse de mentendre le dire, prcise-t-elle dun ton solennel. Si je me fais violence pour en parler, cest pour adresser un message despoir toutes les personnes que le VIH bouleverse un moment o ils ne sy attendent pas. Dtresse, combat, honte, secret et lenvie de vivre, malgr tout, ont rythm ses dix dernires annes. Un rcit saisissant.

a peut arriver nimporte qui

Le geste lent et le verbe hsitant, Acha fixe souvent le sol en parlant. Non, la vie ne sarrte pas avec le VIH. Un moment de silence, puis dun ton moins indolent, plus cru, elle lve le regard et ajoute : Il faut arrter de penser que a narrive quaux prostitues, aux drogus ou aux personnes aux murs lgres. Ça peut arriver nimporte qui, jen suis la preuve, tranche-t-elle presque en colre. En Algrie, comme dans beaucoup dautres pays, les principaux dterminants de lpidmie de sida sont la transmission sexuelle, la faible utilisation du prservatif, la dtrioration des conditions socioconomiques et les flux migratoires. Mais loin des clichs, le VIH peut frapper nimporte o, nimporte qui par simple inadvertance. Au dpart, ctait une banale rage de dent.

Jai t soigne par un dentiste mais le mal na cess de saggraver. Fivre, sensations dpuisement et douleurs insoutenables. Trs vite, Acha, se retrouve cloue au lit. Une semaine plus tard, elle atterrit aux urgences du CHU dOran, sans trop savoir comment. Ctait en octobre 2003, Acha venait de fter ses trente ans et saffairait aux prparatifs de son mariage. Tout est parti trs vite, lche-t-elle, un peu mue mais sans emphase. Tous ses plans sont tombs en ruines. Je revois encore lattitude suspicieuse des mdecins, leurs questions tranges, confie-t-elle. Ses yeux noirs embus se ferment quelques secondes. Acha repense ce moment fatidique o une psychologue lui a fait la terrible annonce : Vous tes sropositive. Pour Acha, ctait leffondrement. Lincomprhension, la honte, la dcrpitude. Cest indicible, lche-t-elle.

Garder le secret

Ce chaos psychologique, Acha le partage avec prs de 6500 autres personnes atteintes du VIH en Algrie (chiffres officiels) depuis 1985. Selon les associations activant dans le domaine, ils seraient bien plus nombreux combattre le virus dans le secret. Prs de 30 000, selon leurs estimations. Mais Acha dit en connatre trs peu. Je suis reste alite durant deux mois et je ne voulais voir personne. Trs vite, sa famille comprend quil faut garder le secret pour viter les invectives. Les gens sont mchants quand il sagit de sida, pour eux cest synonyme dopprobre, de salet, regrette-t-elle. Aprs lannonce, jai rompu mes fianailles et je me suis clotre la maison o seuls mes frres et ma mre savaient la dtresse que je portais.

Ce qui a dabord tortur la jeune femme tait de savoir comment elle a t contamine mais jai t ensuite happe par les impratifs mdicaux et je suis alle Alger pour me faire soigner, prcise-t-elle. A lhpital El Kettar, des mains rassurantes se posent sur elle. Lacceptation commence prendre forme dans lesprit de la jeune femme grce au rconfort du personnel de lhpital. Sur son visage ravin par la fatigue, un sourire se dessine : Les mdecins, les infirmiers du service taient tellement gentils. Jtais perdue, dsempare, mais ils mont aide accuser le coup. Une aide prcieuse. Dbute alors, pour elle, la bataille de la survie. La jeune femme se fait suivre et entame le traitement antirtroviral.

La douce vie deux

La trithrapie lui permet de rsister, jour aprs jour. Depuis, elle quitte Oran, sa ville natale, pratiquement tous les mois, pour rcuprer ses mdicaments, faire ses contrles et discuter avec des membres dassociations trs prsents lhpital. Cest dailleurs lune dentre elles, lassociation Solidarit Aids Algrie de lutte contre le sida, qui laide dans toutes ses dmarches. Reprendre une vie active, grer sa maladie, ne pas se marginaliser. Les annes passent, Acha dcide de se battre. A force daller El Kettar pour mes soins, je me suis laisse convaincre par la psychologue de rencontrer dautres personnes sropositives, par le biais de lassociation, raconte Acha. Ce sont eux qui mont prsent Ahmed, qui allait devenir mon mari.

Ce qui, au tout dpart, devait tre un mariage de raison est devenu par la force des choses un lien trs fort. Tendresse et comprhension profonde toute preuve. Quand on ma dit quAhmed, 35 ans, fonctionnaire dans une entreprise publique, cherchait se marier avec une femme de bonne famille, javais catgoriquement refus de le rencontrer. Je navais pas le droit denvisager de me marier et encore moins davoir un enfant, mais les mdecins et la psychologue ont fini par me convaincre que ctait vraiment possible. Jai accept de le rencontrer, quelques mois plus tard nous tions maris et vivions sous le mme toit. Pour Acha et Ahmed, la vie devient tout de suite plus douce. Ahmed nen parlait jamais, je crois quil avait besoin de cultiver le dni pour continuer vivre normalement, raconte-t-elle avec nostalgie. Plong dans sa nouvelle vie, le jeune couple redouble de rigueur et de prcautions pour protger lentourage. La vie reprend ses droits.

La difficult dtre mre

Au dpart ctait difficile, mais maintenant, ce sont des gestes naturels : ne jamais laisser traner sa brosse dents ou autres effets personnels, ne jamais se blesser pour ne pas mettre en danger dautres personnes Une routine qui fait dsormais penser Acha quon peut vivre avec le VIH, comme avec nimporte quelle maladie chronique. Parfois, jai limpression de me porter bien mieux que les diabtiques ou autres malades chroniques, cest une question dhygine de vie, dorganisation et de combativit, senthousiasme-t-elle. Les jours passent, les semaines puis les mois. Acha se sent revivre et reprend ses projets, notamment celui de lancer un atelier de couture. L encore, lassociation laide contracter un crdit Ansej. Son dynamisme est interrompu par un heureux vnement. Acha est enceinte. Javais peur, mais les mdecins taient rassurants, confie-t-elle, comme gne. Comme effraye lide dtre juge davoir os prendre le risque. Puis un sourire se dessine encore sur ses lvres. Grce un encadrement scrupuleux durant ses neuf mois de grossesse, Acha donne la vie Ahlem, un bb de 3,3 kg, dclar ngatif au test VIH. Explosion de joie au sein des deux familles. Pour Acha, la pression devient incommensurable. Les premiers jours, ctait dur, javais tellement peur de la contaminer puis on a commenc avoir les bons rflexes parce quon tait trs bien encadrs, confie la maman. La petite Ahlem lui donne, plus que jamais, envie de vivre. Le fait quelle ne soit pas sropositive a t pour moi rparateur. Ahlem grandit, gaye les jours qui passent, les mois, les annes.


Combattre le tabou

De nouveau, Acha se permet de faire des plans, daffronter les alas de la vie quotidienne, de courir aprs largent, lamour, comme avant que le VIH ne bouleverse sa vie.
Jen suis arrive loublier malgr la prise quotidienne de mes six comprims et les prcautions constantes dans lesquelles je vis, dtaille-t-elle. Un bonheur qui est vite interrompu par ltat de sant dAhmed, qui se dgrade. Acha a du mal en parler. Il sest teint en 2008, Allah Yerahmou. Un long silence. Un deuil douloureux dont elle ne veut pas trop parler. A nouveau seule, Acha accuse le coup et continue de se battre pour lui survivre. Pour ma fille, tranche Acha. Dix ans plus tard, elle dit vouloir vivre, plus que jamais. Dix ans plus tard, je veux dire tous ceux qui viennent dtre contamins que la vie ne sarrte pas avec le VIH. A lpoque o la jeune femme a contract le VIH, le nombre de dclarations confirmes comme nouveaux cas tait de 40 50 nouvelles infections par an, donnant une moyenne dune nouvelle contamination par semaine.

Dix ans plus tard, les chiffres ont pratiquement doubl, atteignant une moyenne dune contamination tous les trois jours. Des chiffres en hausse alors que lpidmie de sida est en net recul dans le monde (une chute de plus de 50% des nouvelles infections au VIH dans 25 pays, daprs Onusida 2012).
A lorigine de cette hausse vertigineuse, le tabou qui infecte limaginaire collectif algrien et empche une srieuse prise en charge travers le dpistage, lducation sexuelle et la sensibilisation. A tous ceux qui rejettent et blment les sropositifs, Acha rpond que a peut arriver votre sur, votre pre, votre meilleur ami, votre fils ou votre mari. Ça peut aussi vous arriver vous.
Elle veut que cessent la stigmatisation et les prjugs sur le sida. Il faut parler aux jeunes Algriens, leur apprendre se prmunir, autant ceux qui ont un comportement risques que ceux qui se sentent invincibles parce que l-eur mode de vie est irrprochable, insiste Acha. En parlera-t-elle un jour avec Ahlem ? Ds quelle sera en ge de comprendre. En attendant, Acha se bat pour voir sa fille grandir et garde le secret impos par le tabou. 


*Les prnoms ont t modifis pour respecter lanonymat de ce tmoignage.


Bouredji Fella





El Watan
 

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