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La dernire interview de Mouloud Mammeri (1989)

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Mouloud Hamrouche est candidat aux lections prsidentielles 2014 Emir Abdelkader 0 2013-11-30 02:57 PM
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La dernire interview de Mouloud Mammeri (1989)

La dernire interview de Mouloud Mammeri (1989)

Nous publions ici la dernire interview de Mouloud Mammeri , parue initialement dans Le Matin du Sahara du 12 mars 1989, soit un peu plus de deux semaines aprs sa mort le 26 fvrier 1989.

Le Matin du Sahara Magazine : Quels sont les rapports que peut prendre le problme de la spcificit et de luniversalit pour la littrature maghrbine dexpression franaise ?
Mouloud MAMMERI : Javoue que je suis trs satisfait dvoquer ce problme car javais lhabitude, quand jtais jeune, de ne vivre ce problme qu partir du jugement des autres. Ctait les autres qui nous jugeaient alors quon tait le sujet et la matire. Pour les autres notre prsence tait transitoire, ludique, secondaire et exotique. On na jamais t les vritables sujets des problmes poss.
Mon exprience personnelle avec ce sujet a commenc lorsque jtais au lyce Rabat. Ds lors jtais trs catastroph par la tournure gnrale de lenseignement que je recevais. Il est certes que javais de bons professeurs, mais il y avait toujours une perspective qui me gnait du moment que je me suis rendu compte quil tait question de tout le monde sauf de nous, les Maghrbins. On tait des trangers dans lenseignement quon recevait. Et quand on est jeune, cette exprience laisse une trace car elle a fini par crer en nous cette raction de se sentir pjorativement jug.

Le Matin du Sahara Magazine : Puisque vous parliez dune exprience vcue, peut-on voquer avec vous un cas prcis et qui a un rapport troit avec la problmatique pose ?
Mouloud MAMMERI : Quand jtais en troisime, nous avions expliquer un texte en latin, qui sappelait La Guerre de Jugurtha ; et cest alors que jai fait ladmiration de mon professeur. Car quand il nous donnait quinze lignes prparer je lui rendais cinquante. Chose qui a pouss ce professeur se demander le pourquoi de cela.
Ces questions se sont encore poses, quand on tait pass de Salluste Virgile car avec les textes de Virgile je ne faisais que le nombre de lignes quon me demandait.
Alors un matin, notre professeur de latin samne triomphant et sadresse la salle en ces termes : Jai enfin compris pourquoi Mammeri crivait trois fois plus pour La Guerre de Jugurtha, car Jugurtha est lanctre des Maghrbins .
Jai donn cet exemple pour faire saisir comment le problme des rapports entre la spcificit et luniversalit pouvait se poser pour les gens de ma gnration.

Sur le plan thorique, le problme se pose de la faon suivante : Etre soi, cest tre au monde, mais sous quel visage ! Et cest l que rside le problme, car on est oblig de se dfinir par rapport soi-mme mais aussi par rapport aux autres. Dautant quon est pris dans une espce de dilemme, car ou bien on est spcifique, mais le risque apparat tout de suite car tre spcifique cest se dfinir par quoi on ne ressemble pas aux autres. Cest ainsi que le risque rapparat de nouveau quand on va senfermer dans une espce de dfinition de nous-mmes, et qui peut aussi affirmer quon est incapable dagir par notre spcificit. Cela condamne notre spcificit un usage purement solipsiste et qui rate lexprience des autres.
La deuxime solution consiste tre universel, et cest le revers de la mdaille car on risque de renoncer soi sous le prtexte de ressembler aux autres.
Devant ce problme, je ne me prsente pas en totale innocence car je lai vcu depuis longtemps sans pouvoir le rsoudre dans une espce de totale objectivit.

Le Matin du Sahara Magazine : Alors comment faire pour concilier les avantages de la spcificit avec ceux de luniversalit ? Est-ce que cela est possible ? Et quelles sont les conditions invitables par lesquelles il faut passer pour esprer une conciliation possible ?
Mouloud MAMMERI : Je pense quon a affaire l un vu magnifique, mais comme tous les vux il ne tient qu un poil. Les crivains de ma gnration savent le prix quon a pay pour raliser cette irralisable conciliation.
En simple logique, tre spcifique, cest tre diffrent, mais dans la ralit on ne sait distinguer le spcifique de luniversel. Le premier aspect nous enferme dans notre ghetto culturel et le second nous fait semer tous les vents.
L, jouvre une parenthse pour dire que la premire bonne dfinition de luniversalit a t donne par un crivain maghrbin, qui avait pour nom Trence, il y a plus de vingt-deux sicles. Pour Trence, luniversalit est dtre un homme pour qui tout ce qui est humain nest pas tranger. Donc, vous voyez que cette problmatique a t voque depuis fort longtemps.
Il est certes que ce problme est compliqu car o faut-il chercher cette universalit ?
Pour des raisons historiques les crivains de ma gnration sont alls la chercher dans la culture chrtienne occidentale. Cest lOccident qui a t pour nous luniversel cause ou grce lenseignement quon a reu dans les coles franaises. On a t accul dfinir luniversalit par la spcificit des autres. Donc, cest un dilemme qui nest pas logique et dans lequel on sinstallait inconfortablement. Et toutes les rponses qui ont t donnes taient la fois personnelles et existentielles.

Le Matin du Sahara Magazine : Pensez-vous que la littrature des annes cinquante, qui a brusquement apparu la fois au Maroc, en Algrie et en Tunisie est un phnomne inou pour les problmes qui nous proccupent pour le moment ?
Mouloud MAMMERI : Oui, cela est vrai, car cette littrature est apparue comme un commencement absolu. Cela ne veut pas dire quil ny avait pas dcrivains avant cette date, car il y en avait qui ont marqu par leur empreinte la littrature des aeux, mais tant donn le contexte politico-social dans lequel on tait insr on ne pouvait offrir que la production littraire quon a offerte.
Il a fallu absolument que les crivains de ma gnration sinsrent dans la littrature franaise de faon ce quils disparaissent dans le dcor. Et il leur a fallu deux propos dlibrs. Renoncer une espce de spcificit pour rattraper une universalit qui tait en ralit la spcificit des autres. Mais ce qui sest pass historiquement a dmontr que les valeurs prnes par les Occidentaux taient aux dpens des Maghrbins.
Puis, par lpreuve de vrit historique, ils ont chang doption afin de ne plus tricher avec la vrit.

Le Matin du Sahara Magazine : Aprs cette premire partie qui tait rserve au spcifique et luniversel, passons des thmes dordre gnral. Jean Djeux dans La Littrature maghrbine dexpression franaise vous a qualifi dcrivain contestataire, alors que dautres critiques pensent autre chose. Quelle est votre rponse ?
Mouloud MAMMERI : Je pense que pour lessentiel du point de vue de Jean Djeux, il est vrai dans la mesure o je considre le rle de lcrivain et sa motivation pour dfendre un certain nombre de valeurs comme des idaux nobles, surtout quand ils sont crass et nis dans les faits. Je pense que les hommes sont libres de vivre comme ils veulent, et que tout rgime qui nie leur libert, qui nie leur honneur et qui tend les contraindre doit tre contest. Et cest le rle de lcrivain.
Lcrivain nest pas un homme politique, il est plus que cela, et quand le politicien ne peut trancher pour dautres considrations, lcrivain est libre dans ses propos. Il doit toujours rappeler le caractre absolu dun certain nombre de valeurs.


Je ne fais pas la contestation pour la contestation
Cependant, il ne faut pas faire une formule appuie bouton , car je ne fais pas la contestation pour la contestation.
Le Matin du Sahara Magazine : Et que dites-vous de la contestation dans lart ?
Mouloud MAMMERI : Je pense que lessentiel rside dans le fait davoir quelque chose dire. La technique nest quun moyen. Elle est un instrument pour faire passer quelque chose. Or, il ne faut pas que cet instrument devienne lessentiel car lessentiel est ce quon dit. Il faut aussi ne pas faire passer le souci de la contestation dans lart pour le plaisir de la forme. Et si on na rien dire dans cette forme, il est prfrable de se taire.
Le Matin du Sahara Magazine : Changeons de genre et passons au cinma. On sait que la guerre de la libration algrienne a t connue par les cinphiles grce deux films : La Bataille dAlger et LOpium et le bton. A ce sujet, une question simpose delle-mme : Est-ce que Mammeri a reconnu son roman dans le film ?
Mouloud MAMMERI : Non ! A mon avis, ce sont l deux langages diffrents et deux discours diffrents.
Concernant le film, je nai pas accept le scnario, pas seulement parce que je suis lauteur du roman, mais il me semble que le film privilgiait une sorte de vision western. Il prsentait les choses dune faon manichenne en classant les bons dun ct et les mauvais de lautre. Or, cela ne correspond pas la ralit et la profondeur des choses.
Certainement, le film a eu un grand succs et a permis aux jeunes algriens de voir sur lcran comment leurs parents ont vcu le joug colonial.
A part cela, je ne nie pas quon peut faire de trs bons films historiques, car jai vu trois versions de Guerre et paix de Tolsto dont deux taient superbes. Mais ce nest pas ce que Tolsto a dit dans son roman Guerre et paix.

Le Matin du Sahara Magazine : Vous tes lun des premiers crire en franais au Maghreb. Est-ce que Mouloud Mammeri se reconnat dans les nouveaux romans maghrbins ?
Mouloud MAMMERI : Javoue que je ne cherche pas me reconnatre dans ces romans, je suis bien content que les jeunes crivains inventent une faon nouvelle pour sexprimer et aient de nouvelles choses dire. Cest leur temps et ils doivent reflter leur poque dans leurs crits : A deux poques historiques diffrentes correspondent deux formes littraires.
En plus, ces jeunes crivains sont obligs de tenir compte de ce qui se passe en Europe surtout avec la vague du nouveau roman et des autres expriences. Ce qui prime, ce nest pas la marque du verre mais son contenu.

Le Matin du Sahara Magazine : Est-ce que vous tes toujours en contact avec lcriture romanesque et thtrale ?
Mouloud MAMMERI : Oui, je travaille actuellement sur un nouveau roman et une troisime pice de thtre, et jespre continuer jusqu la fin de mes jours.
N.B. Ctait le samedi 25 fvrier, mais malheureusement la mort lattendait 24 heures aprs, et ni le roman, ni la troisime pice nont t achevs.
Le Matin du Sahara Magazine : Et pourquoi ce passage au thtre ? Est-ce pour une raison defficacit ou pour des raisons esthtiques ?
Mouloud MAMMERI : Cest le sujet qui ma impos cette forme thtrale. Je suis certain que lorsque le thme voque une lutte et une confrontation soit dides ou de personnages ou de drame, dans son sens le plus classique, il est prfrable dcrire une pice de thtre. Ces personnages, par leurs positions lun par rapport lautre, font apparatre des tas de choses profondes avec peu de rpliques. Dans un roman, on est oblig dcrire plusieurs pages pour prsenter une seule ide. Cest pour cela dailleurs que je pense que le thtre est percutent. Il est dfini par la concentration des personnages sur leurs propos et leurs sentiments.
Concernant la cration thtrale, je nen ai fait que deux. Le Fhn, qui est un vent terrible et qui rend un peu fou les gens. Le prtexte cest la bataille dAlger pendant la guerre de libration. Et puisque jai vcu cette exprience, cela ma plus ou moins facilit la tche et ma motiv.
La deuxime pice a pour nom Le Banquet et sarticule autour de la conqute du Mexique par les Espagnoles.
Avant cette conqute, les Mexicains avaient une civilisation extraordinaire, mais cause de loccupation espagnole, cette civilisation a t rduite nant.
Je rcapitule en disant que les deux pices voquent la lutte des hommes pour retrouver leur dignit bafoue par deux puissances coloniales.






 

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