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Ramtane Lamamra : "L'Histoire nous donnera raison"

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Lamamra: "La CPI est devenue un instrument politique" Emir Abdelkader 0 2014-01-02 06:19 PM
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2014-01-03
 
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Manqool Ramtane Lamamra : "L'Histoire nous donnera raison"

Ramtane Lamamra : "L'Histoire nous donnera raison"

Mali, Libye, Tunisie, Syrie, nuclaire iranien... Autant de dossiers chauds auxquels l'Algrie s'intresse de prs. Explication de texte par son nouveau ministre des Affaires trangres, Ramtane Lamamra.
Avant de nous accorder cette interview, le chef de la diplomatie algrienne nous a d'emble prcis qu'il ne rpondrait aucune question sur les relations tumultueuses entre son pays et le Maroc. Motif : "Je ne veux pas prjuger du verdict de l'affaire du drapeau algrien arrach le 1er novembre par un manifestant dans l'enceinte de notre consulat Casablanca." Depuis, la sentence est tombe : deux mois de prison avec sursis et 250 dirhams, soit 22 euros, d'amende. Courroux des Algriens, qui dnoncent le laxisme de la justice marocaine face une grave violation des conventions internationales. En raction, Alger a dcid de boycotter toutes les runions politiques se droulant dans le royaume chrifien. Mais les frontires occidentales ne sont pas les seules sources d'inquitude de la diplomatie algrienne. Ramtane Lamamra, 61 ans, ex-commissaire Paix et Scurit de l'Union africaine promu ministre des Affaires trangres le 11 septembre 2013, passe en revue les dossiers chauds de l'anne venir.
Jeune Afrique : Comment analysez-vous la situation au Mali ?
Ramtane Lamamra : Il y a aujourd'hui un nouveau Mali, n dans la douleur mais aussi dans l'esprance. Le processus politique pluraliste est en train de russir. Il y a un consensus de la quasi-totalit de la classe politique autour du caractre rpublicain de l'État, de l'intgrit du territoire national et des principes cls de la Constitution. On enregistre galement la dfaite, du moins le recul, des groupes terroristes et de la criminalit transnationale du fait de la mobilisation du Mali et de la communaut internationale. Ce Mali qui retrouve la normalit constitutionnelle est appel organiser un dialogue entre le pouvoir, aujourd'hui lgitime, et les porteurs de revendications tout aussi lgitimes au nom de telle ou telle composante du pays, la condition expresse qu'elles ne remettent jamais en question l'intgrit du territoire ou l'unit de la nation. Il s'agit de trouver un quilibre dynamique entre la capitale et ses priphries, tout en maintenant l'quilibre entre l'impratif d'unit nationale et la ncessit de tenir compte de la diversit des composantes ainsi que des ralits locales.
Kidal est plutt une ralit amre...
L'Algrie a toutes les raisons d'tre particulirement attentive toutes les nouvelles qui parviennent de Kidal. Proximit gographique, historique, culturelle et sociologique oblige. Les difficults y sont relles mais pas insurmontables. On peut raisonnablement trouver une solution satisfaisante aux diffrents problmes.
L'Algrie s'est implique plusieurs reprises dans le dossier du Nord-Mali comme mdiateur. Est-elle prte reprendre ce rle ?
S'agissant des pays voisins et particulirement du Mali, nous avons toujours eu une approche faite de sollicitude fraternelle. Nous ne croyons pas aux solutions exclusivement militaires bties sur les rapports de force, qui, par dfinition, sont fluctuants sans traiter les germes des crises venir. L'Algrie prconise des solutions dmocratiques, ngocies en toute responsabilit dans le cadre de principes cardinaux connus de tous. Nous sommes impatients de voir le Mali retrouver la normalit institutionnelle qui lui permettrait de jouer un rle significatif dans la construction de la paix au Sahel.
Facteur aggravant au Sahel, la situation en Libye. Craignez-vous une sanctuarisation des groupes arms chasss du Nord-Mali ?
Les transitions ne sont jamais faciles, a fortiori quand il s'agit de priodes postcombats fratricides. L'Algrie travaille avec les autorits libyennes pour contribuer la reconstruction de certaines composantes de l'État, forces armes et police, ou dans le segment conomique travers le secteur des hydrocarbures. Nous ne mnageons aucun effort pour apporter notre soutien face aux dfis les plus urgents.
Le commando qui a attaqu le 16 janvier 2013 le site gazier de Tiguentourine venait de Libye. Considrez-vous ce territoire comme une menace pour l'Algrie ?
Nul ne peut jeter la pierre un gouvernement qui, de bonne foi, ne serait pas en mesure de contrler la totalit de ses frontires terrestres. Surtout dans le contexte sahlo-saharien. La phase de reconstruction de l'État que traverse la Libye explique les dfaillances ou les faiblesses.
Depuis son retour en Algrie, en juillet 2013, aprs un long sjour dans un hpital parisien, le prsident Abdelaziz Bouteflika ne reoit que rarement des htes trangers. Parmi eux, Rached Ghannouchi et Bji Cad Essebsi, les deux protagonistes de la crise politique en Tunisie, qu'il a rencontrs sparment deux reprises. Est-ce une manire de s'impliquer dans ce dossier ?
Il y a une sollicitude fraternelle de la part de l'Algrie l'gard de la Tunisie. Dois-je vous rappeler que ce pays tait le seul recevoir les Algriens sans visa au cours de la dcennie noire des annes 1990 ? Cette ralit historique nous interdit de rester indiffrents l'gard des difficults que pourrait rencontrer notre voisin. Il s'agit donc de sollicitude, pas de mdiation, afin d'inciter les Tunisiens travailler ensemble pour aplanir leurs diffrends. L'Algrie et son prsident prodiguent conseils, recommandations et encouragements. Nous ne sommes pas dans une logique de mdiation.
Autre personnalit reue rcemment par Bouteflika, le diplomate Lakhdar Brahimi. Le chef de l'État algrien s'intresserait-il au dossier syrien ?
Le prsident Bouteflika s'intresse non seulement l'affaire syrienne mais aussi tous les autres dossiers diplomatiques de l'heure. Lakhdar Brahimi est un grand diplomate, anim d'une volont toute preuve. Il a accept de prendre la succession d'un autre grand diplomate, Kofi Annan, quand ce dernier a jet l'ponge, estimant que la mission tait impossible remplir. Brahimi mrite cet gard tous les encouragements du prsident Bouteflika et le soutien de l'Algrie.
Il s'agit d'aspirations politiques qui ne peuvent tre traites que par des moyens pacifiques.
Sur le fond, nous partons du postulat que de nombreuses socits arabes veulent le changement. Dans le cas de l'Algrie, le message a t bien reu aprs les vnements d'octobre 1988, et un processus de rformes a t engag. Hlas, ailleurs, les rgimes en place ont ignor cette exigence de changement. Nous avons la conviction que la rponse cette exigence ne saurait tre militaire. Il s'agit d'aspirations politiques qui ne peuvent tre traites que par des moyens pacifiques. Accompagner ces aspirations par des rbellions armes, lesquelles provoquent en rponse l'utilisation excessive de la force, ne conduit aucune solution durable.
Sur le plan international, la sagesse dicte de runir les protagonistes pour la recherche d'un compromis plutt que d'encourager l'affrontement et les dchirements fratricides. C'est pourquoi l'Algrie a toujours observ le principe de non-ingrence dans les affaires intrieures d'autrui. Mais non-ingrence ne signifie pas indiffrence. Notre diplomatie a mis tout son poids dans la balance pour trouver une solution politique au conflit syrien et convaincre les diffrentes factions d'engager un dialogue. Nous appelons de nos voeux la tenue de la confrence de Genve II. Nous sommes conscients qu'une telle confrence n'est pas la panace, mais seulement l'amorce d'un processus de rhabilitation du dialogue. En attendant, l'effet syrien sur la Ligue arabe est dsastreux... À l'occasion des crises libyenne et syrienne, l'Algrie s'est distingue au sein de la Ligue arabe en tirant la sonnette d'alarme : respectons le caractre intergouvernemental de notre organisation et veillons ce qu'elle fasse partie de la solution et non du problme. J'ai la conviction que l'Histoire donnera raison la position dfendue par l'Algrie.
Une autre organisation intergouvernementale subit les consquences du Printemps arabe : l'Union africaine (UA). Pour la premire fois de son histoire, deux de ses cinq gros contributeurs sont en situation d'États quasi faillis : la Libye et l'Égypte. Cette dernire est d'ailleurs sous sanctions. L'UA pourra-t-elle s'en remettre ?
L'Afrique est impatiente de voir l'Égypte retrouver sa place dans les structures de l'UA.
L'UA s'est distingue en confiant au reprsentant d'un gros contributeur, en l'occurrence l'Afrique du Sud, la prsidence de sa commission, tout en suspendant d'activits un autre gros contributeur, savoir l'Égypte. Preuve que l'UA est exemplaire en matire d'attachement aux principes dmocratiques, qu'elle ne fait pas dans le deux poids deux mesures et qu'elle privilgie l'assistance ses pays membres, quelles que soient la taille et l'importance de leur PIB.
La suspension de l'Égypte n'est pas une sanction mais une mesure conservatoire. L'Afrique est impatiente de voir ce pays retrouver sa place dans les structures de l'UA. C'est pourquoi nous soutenons les efforts du panel prsid par le Malien Alpha Oumar Konar pour acclrer le processus de retour de l'Égypte.
Comment avez-vous accueilli l'accord sur le nuclaire iranien conclu entre Thran et les cinq membres du Conseil de scurit plus l'Allemagne ?
Avec beaucoup de satisfaction. Cet accord a eu le mrite d'arrter la chevauche infernale vers l'abme. C'est pour nous une nouvelle preuve que les problmes les plus complexes peuvent tre rgls par la voie diplomatique.
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Propos recueillis par Cherif Ouazani

 

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