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La valle de Mzab ne brlera pas

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Le calme revient dans la valle du mzab Emir Abdelkader 0 2014-01-29 01:49 PM

 
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2014-02-05
 
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  Emir Abdelkader    
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Manqool La valle de Mzab ne brlera pas

La valle de Mzab ne brlera pas

La valle de Mzab, en proie des violences cycliques, a vcu son passage lanne 2014 dans la violence. Il y a prs dun mois, la perle du dsert a t soumise une autre preuve de convulsion. Deux jeunes Mozabites assassins, des dizaines de blesss,des centaines de maisons et magasins vandaliss. Mais, surtout, laggravation dun vieux conflit aux plaies bantes qui est en passe de prendre des allures irrmdiables. Les vnements de dcembre 2013-janvier 2014 taient dune autre ampleur. Retour sur les journes dmeutes qui ont branl la valle millnaire.





Ammi Ahmed, septuagnaire, notable des ksour de Ghardaa, ne ralise pas encore ce qui est arriv sa valle. Cest comme sil se rveillait dun interminable cauchemar. Cest comme une tempte du dsert, subitement la ville a plong dans une violence incontrlable. Jai vcu les vnements de ces cinquante dernires annes, mais cette fois-ci je crois nous avons franchi un cap dangereux. Ça a dpass le cadre de simples heurts. Cest un plan diabolique, dit-il en priant Dieu de prserver les siens.
Tout a commenc le 15 dcembre pass, lorsque des jeunes se sont rassembls devant le sige de la wilaya pour rclamer laffichage de la liste des bnficiaires de logements. Les choses auraient pu en rester l si le wali avait anticip les vnements. Mais le coup tait dj parti. Aprs le sit-in devant le sige de la wilaya, les jeunes occupent la voie publique - malgr laffichage de la liste de logements - et multiplient les intimidations contre des commerants mozabites. Le 18 dcembre, le magasin de M. Ballouh est vandalis et pill. Le lendemain, tous les commerants mozabites se mettent en grve et exigent de la scurit.
Le wali sengage, mais sur le terrain rien ne change. Une bande de voyous sme la terreur dans la ville sans que les pouvoirs publics ne bougent le petit doigt. Ils sont tous connus de la police, des trafiquants de drogue et des repris de justice quon laisse imposer leur diktat dans la ville, assure Khoudir, du Comit de coordination et de suivi (CCS, une cellule de crise installe lors des vnements). Constatant la dfaillance des forces de police, les commerants mozabites se chargent eux-mmes de la protection de leurs commerces.

Une police permissive

A Ghardaa, des quartiers de non-droit sont sous contrle des barons de la drogue que la police narrive pas ou ne veut pas pacifier, assurent de nombreux notables de la valle. Des quartiers quun officier de police a qualifis Mexique ! Agissant en toute impunit, ces groupes de personnes multiplient les provocations et intimidations, sous lil passif des forces de lordre, jusqu atteindre linimaginable. Le 26 dcembre, une meute de jeunes et dadultes chauffs blanc ont creus une brche dans le mur du cimetire Cheikh Salah et ont commis des profanations. La tombe de Ammi Sad et le mausole de Cheikh Ammi Moussa ont t, curieusement, les cibles privilgies des agresseurs. Ammi Moussa tait le premier notable mozabite avoir permis aux Arabes de sinstaller dans la valle du Mzab. Curieux retournement de lhistoire. Le cimetire tait bond de monde, dont des dizaines de policiers en tenue qui nont rien fait pour empcher le sacrilge.

Cet acte a plong la population mozabite dans lmoi. Le choc est total. Lagression de trop. Cest anormal. Cest une intelligence mafieuse qui cherchait une raction violente, sachant le symbole puissant que reprsente Ammi Sad dans la conscience des Mozabites. Celui qui tait derrire cet acte abominable voulait certainement provoquer lirrversible. Cest une donne nouvelle dans lhistoire du conflit, regrette Ahmed Bekelli, figure intellectuel et sage du ksar de Thajmint (El Atteuf). Pour ce sage mozabite, auteur du livre De lhistoire des ibadites au Maghreb et qui a traduit La Terre et le sang de Mouloud Feraoun vers larabe, la profanation de la tombe de Ammi Sad sans que les forces de lordre ragissent soulve de grandes inquitudes qui dpassent les frontires de Ghardaa. La profanation de la tombe de Ammi Sad est un plan machiavlique qui cache des vises redoutables. Bien malin celui qui dira o sont les tenants et les aboutissants de cette forfaiture, sinquite-t-il. La profanation des tombes a t la provocation suprme pour les Mozabites, qui ont dcid de ragir pour se dfendre. On peut tout pardonner, sauf sattaquer la tombe de Ammi Sad.
Cest notre me, notre histoire et notre identit, tance un jeune Mozabite qui dit dfendre avec force la mmoire des Mzab. La sociologue Fatma Oussedik, qui travaille depuis des annes sur la socit mozabite, a eu raison de dire quil nest pas anodin que lAtelier du Mzab, lieu de mmoire, que le cimetire Ammi Sad, lieu de mmoire, aient t vandaliss. Effectivement, lpisode du cimetire a t un moment de basculement dans la crise. Plusieurs foyers de tension entrent en irruption dans diffrents coins de la valle. Le feu est partout et menace srieusement Ghardaa. La situation est hors de contrle. La police est accuse de prendre le parti dun groupe contre lautre. Quand jai vu la police de mon pays se ranger du ct de ceux qui ont profan des tombes et vandalis nos maisons, je me suis senti abandonn par lEtat. La police na pas fait son travail avec la neutralit exige, sindigne Mohamed Tounsi, un des notables du ksar Ath Mlkichth. Il a fallu larrive de la gendarmerie nationale triomphalement accueillie par les Mozabites pour imposer la paix aprs de longues journes daffrontements violents.
Les attitudes opposes de la police et de la gendarmerie est vite perue par les habitants de Ghardaa comme un signal inquitant. Se passerait-il quelque chose en haut, au pouvoir, sinterrogent-ils. Une gurilla urbaine sinstalle 600 kilomtres dAlger, qui ne semble pas broncher. Vraiment ! Ce jour-l, lEtat a pris un srieux coup. La police tait-elle incapable de garantir la scurit des personnes et des biens ? A-t-elle laiss faire ? De nombreux tmoignages parlent plutt de laxisme et de laisser-aller des autorits et des services de scurit. Le comportement des forces de police en a drout plus dun. Chercherait-on brler la valle du Mzab ? Dans quel objectif ? Pourquoi la gendarmerie a-t-elle pu matriser la situation et non la police ? Tant de questions qui remontent jusqu Alger pour trouver des rponses.

Le jeu trouble des Salafistes

Si la valle du Mzab est, depuis des dcennies, installe sur une faille sismique sur fond de tensions communautaires larves et entretenues, un nouvel lment, tout autant redoutable, vient se greffer : le phnomne salafiste. Cette tendance de lislamisme radical sest implante depuis quelques annes dans la valle et prend de plus en plus dampleur. Ce mouvement, qui recrute dans les milieux dfavoriss et chez les jeunes livrs au chmage, est parvenu contrler des mosques. Le quartier Hadj Messaoud est lun de leurs fiefs. Il contrle la mosque El Fath mitoyenne de lhpital de Ghardaa et celle du quartier Hadj Messaoud, observe un cadre de la ville. Surfant sur un racisme ordinaire anti-mozabite, les salafistes titillent la fibre sensible dune partie de la population pour sattaquer aux ibadites, remarque Mohamed Hamouda, consultant dans la socit civile.

Pour lui, le grand danger qui menace la valle du Mzab est ce mouvement qui nous vient dArabie Saoudite. Dans leurs prches et leurs discours, ils sattaquent ouvertement aux rites ibadites. Ils vont jusqu lgitimer le meurtre des Mozabites et la destruction de leurs biens, ajoute encore M. Hamouda. La connexion de ce mouvement avec le milieu de la drogue est manifeste, assure-t-on Ghardaa. Pour beaucoup de Mozabites, les salafistes ont conditionn et manipul ceux qui sen sont pris au cimetire Ammi Sad. Il y a un discours religieux extrmiste qui conditionne le comportement dune frange de la socit et qui lgitime des actes de profanation des tombes mozabites, lance, catgorique, Ahmed Bekilli. Des Mozabites assurent que beaucoup de militants salafistes taient prsents lors de la profanation et de la destruction du mausole Cheikh Moussa. Lors des journes de violences, lOffice de protection de la valle de Mzab (OPVM) la mmoire de la valle a curieusement t brl, entranant la disparition darchives anciennes de grande valeur culturelle et historique. Lun des dangereux problmes qui empoisonnent la vie non seulement ici Ghardaa, mais dans toute lAlgrie, est le salafisme. LEtat doit rapidement agir. Les plaies de la dcennie noire sont encore ouvertes, met en garde Mohamed Djelmami.

Stigmatisation du Mozabite


Sur un terrain aussi htroclite quinstable, diffrents intrts convergent en priode de troubles. La valle de Mzab est un passage important sur les routes de la contrebande et du trafic de drogue. Laffaiblissement de lorganisation dune socit, qui fait aussi la part belle aux trabendistes en tout genre, explique combien il est ncessaire pour nombre de prdateurs de briser lorganisation sociale susceptible de faire barrage une gestion drgule de la rgion, analyse la sociologue F. Oussedik. Pour les vieux Mozabites, la perscution ne date pas daujourdhui, elle remonte aux premires annes de lindpendance. Ceux qui avaient pris le pouvoir lindpendance ont construit un discours de rejet et de stigmatisation (lire linterview). Ahmed Bekkilli se rappelle des articles de presse traitant de faon ngative tout ce qui a trait au Mzab durant la priode du parti unique. Les jeunes gnrations mozabites ont vu dans lattitude de la police et des pouvoirs publics, durant les vnements, la manifestation dun racisme ordinaire et dune volont de casser du Mozabite.

Le lieu o sexprime fortement ce rejet est ladministration publique dans laquelle la proportion de Mozabites, au mieux, ne dpasse pas les 5%. Plusieurs tmoignages affirment que les recrutements se font de manire slective. Vous tes Mozabite avec un CV bien toff, on vous recale au profit dun autre candidat moins comptent, tmoigne le docteur Brahim Bouamar, interniste, qui parle de main basse sur ladministration locale. Les rares Mozabites qui y travaillent passent leur temps faire attention de peur de glisser sur une peau de banane. Ils sont perscuts, poursuit-il. Hamou Mesbah, actuel fdral du FFS, ancien prsident du Racing club du Mzab, se rappelle de ses dmles avec lancien wali Othmani. A chaque fois que nous le sollicitons pour une subvention pour le club, il pose la condition de denlever le M de Mzab. Au niveau de la justice, ds quun Mozabite est prsent devant le procureur, cest la dtention provisoire systmatique alors que des barons de la drogue et des gangs se promnent librement dans la ville, tmoigne M. Djelmami.
Autre aspect travers lequel se manifeste cette attitude des reprsentants de lEtat : le foncier, qui limine systmatiquement les Mozabites. On observe que la nature des distributions de terrains et de logements par les reprsentants de lEtat contribuent cette mise en minorit des habitants ibadites du Mzab, remarque Fatma Oussedik. Par dautres canaux parallles, tout un discours antimozabite est pernicieusement entretenu. Cest une socit ferme, des kharidjite. Ce sont des juifs! Ils nont pas particip la guerre de Libration nationale, propage un jeune qui tait actif dans le mouvement des chmeurs du Sud. La propagande est sciemment entretenue pour installer des clivages sur un terrain ethnico-identitaire. Les lites mozabites rejettent avec force ce prisme et posent le problme en terme dabsence de volont politique du pouvoir apporter des rponses rationnelles aux crises qui secouent la socit.
Cest un pouvoir qui a de tout temps oppos les populations les unes aux autres pour se maintenir. Il joue avec lunit nationale. La diversit culturelle, linguistique et civilisationnnelle forme la richesse et la force de notre pays. Arrtons de les attiser, analyse Mohamed Hamouda. Les Mozabites nont cess de marteler, lors des sanglants vnements, que le problme rside dans linscurit et lincapacit des pouvoirs publics sincarner comme une autorit intangible. Nous navons jamais pos le problme en termes ibadites-malkites ou Mozabites-Arabes, mais avec la persistance du pouvoir (central ou local) dans sa logique rgionaliste et clientliste, les lignes de clivage peuvent bouger, avertit un jeune Mozabite. Les dcideurs politiques sont prvenus.

Hacen Ouali



El Watan
 

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