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Algrie, constater l'chec avant de se relever

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2014-02-20
 
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  Emir Abdelkader    
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Algrie, constater l'chec avant de se relever

Algrie, constater l'chec avant de se relever

DRS vs tat-major, Sadani vs le gnral Medine, Toufik vs Sad… Depuis quelques semaines, l'Algrie semble tre prise par une frnsie pipolo-politique ou, c'est peut-tre plus le cas, pipeau-politique. Par voie de presse, on s'invective, on lance des accusations sur les murs des uns, sur les mfaits des autres et tout cela alimente une atmosphre des plus putrides dans un contexte national mais surtout rgional des plus incertains. A l'tranger, nombre d'observateurs rsument ce qui se passe par une analyse binaire et efficace sur le plan mdiatique : d'un ct le clan prsidentiel, de l'autre le DRS. C'est peut-tre le cas. C'est srement le cas. A vrai dire, le prsent chroniqueur s'en tape. Qu'on lui pardonne cet accs de trivialit, mais il s'en contrefout. L'un ou l'autre… Ki sidi, ki lala… La vrit, celle qui compte le plus, c'est que nous sommes confronts aujourd'hui une situation d'urgence structurelle et vitale pour l'avenir du pays. Et le problme, celui qui, l aussi, compte le plus, est que ceux qui prtendent diriger el-bled sont embringus dans une sordide querelle qui rappelle ces bagarres entre fortes ttes du quartier o la prudence la plus lmentaire commandait de ne prendre parti pour personne.

Dans un pays bien dirig ( dessein, on n'emploiera pas le terme de normal ), avec des institutions qui fonctionnent et une classe politique qui joue son rle, la perspective du scrutin prsidentiel devrait tre l'occasion d'un tat des lieux et d'un dbat contradictoire sur les solutions mettre en place pour l'avenir. Mais, encore faudrait-il accepter l'ide de regarder l'tat de l'Algrie avec objectivit, sans chauvinisme mal plac et en acceptant de se confronter avec une ralit qui peut infliger quelques blessures notre orgueil et notre amour-propre, tous deux faonns par des annes de grandiloquence et de discours nationalistes.

Mme lorsqu'ils critiquent avec virulence le systme, de nombreux Algriens rfutent l'ide que leur pays est en situation d'chec. Ils veulent encore croire que sa situation reste enviable, jalouse par ses voisins, proches ou lointain. Le prsent texte ne prtend pas faire le bilan du pays plus de cinquante ans aprs l'indpendance mais son auteur assume le propos qui suit : l'Algrie est en tat d'chec pour ne pas dire de dshrence. On peut se raconter toutes les histoires que l'on veut, on peut faire taire ceux qui, de l'extrieur, sont prompts donner des leons (le prsent chroniqueur en fait certainement partie). Mais la ralit est ce qu'elle est : alors que le monde bouge, alors que des dynamiques exceptionnelles sont en marche dans le sud, l'Algrie n'avance pas. Elle est en retard en matire d'infrastructures, de dveloppement conomique, d'industrie, de recherche et d'innovation, de gestion optimise de ses finances dans la perspective de l'aprs-ptrole, de formation de son capital humain et, de faon plus gnrale, de fonctionnement effectif et rel de ses institutions. Ecrire cela. Le dire. Ce n'est pas trahir son pays. Ce n'est pas le dtester. Au contraire, c'est appeler cette ncessaire clairvoyance pour faire face aux dfis. On ne sort pas d'une crise profonde en la niant. On ne remplace pas les solutions possibles, souvent difficiles, par le discours et le fantasme d'une grandeur passe. L'Algrie a un besoin urgent de rformes positives (l'emploi du terme structurelles tant dsormais trop li aux dgts engendrs par les politiques imposes par le FMI et la Banque mondiale). Elle a besoin d'un dbat national bas sur l'ide que trop de choses vont mal et qu'il faut les corriger. Elle a un besoin d'un rquilibrage des pouvoirs o l'Algrien passerait du statut d'lment neutre (au sens mathmatique du terme) celui de citoyen responsable et engag.

Il y a quelques jours, la presse nationale a rapport les propos d'un officiel pour qui Alger tait en passe de devenir une place financire d'envergure... Voil exactement le genre de dlire qui nous fait vivre dans un dcor factice l'image, comme me l'a fait remarquer mon confrre K. Slim, d'une matrice comparable celle de la fameuse trilogie cinmatographique. Un dcor o le virtuel est impos des humains qui n'ont mme pas conscience d'eux-mmes. Alger, place financire d'envergure… Yakhi hala… Dans un pays o il est pratiquement impossible de payer par chque. O des milliards de dinars circulent de la main la main sans jamais tre recycls ou, pour reprendre un vocabulaire la fois technique et sanitaire, sans jamais tre striliss. O les oprateurs conomiques se dbattent dans des difficults incroyables pour se financer ou pour mener leurs oprations de commerce extrieur. Comment ose-t-on parler de place financire ? Duba, Kuala Lumpur mais aussi Lagos, Accra ou Johannesburg et mme Casablanca sont de vraies places financires mergentes. Nous sommes loin derrire. Ce n'est pas grave si on dcide qu'il est temps que cela cesse. Ceux qui font du sport, ceux qui ont rat un premier trimestre, ceux qui ont pris leur temps dans les tudes ou la vie savent qu'il n'y a rien de plus grisant que de faire une remonte et de se dire que, rang aprs rang, on va y arriver et que l'on va fondre sur les premiers.

Dans ces colonnes, le prdiction qui suit a souvent t formule mais il semble ncessaire d'y revenir une nouvelle fois : le temps presse. L'Algrie n'aura bientt plus les moyens de vivoter et d'improviser comme elle le fait depuis au moins trois dcennies. A dfaut d'un sursaut auquel seraient convis les Algriennes et les Algriens, dans un cadre politique ouvert, et dans le respect des droits de la personne humaine, une nouvelle catastrophe se profile. Elle sera plus terrible que celle des annes 1990. Ceux qui dirigent actuellement le pays, prsidence et son entourage, DRS, FLN et autres cercles plus ou moins identifis, ne peuvent l'ignorer. Il est temps pour eux de faire acte de raison et d'accepter l'ide que les choses doivent enfin changer. A moins qu'ils ne considrent qu'aprs eux peut venir le dluge.


 

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11:50 PM

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