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confession d'un djihadiste franais

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Otages franais : ... Emir Abdelkader 0 2013-10-31 03:14 PM
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Ah, le franais, comme cest compliqu! Emir Abdelkader | french Forum 0 2013-06-29 02:54 PM
Devoir n01 de franais OUMZIZOU 2 2012-04-17 12:13 PM
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  Emir Abdelkader    
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Manqool confession d'un djihadiste franais

"Pourquoi je veux mourir en Syrie" : confession d'un djihadiste franais

Document exceptionnel qui a t publi par France24. Le terroriste en question est parti en Syrie avec sa femme, d'origine tunisienne, et ses deux petites filles. Il s'est confi la journaliste Charlotte Boitiaux pour laisser une trace de son parcours de jeune pre de famille paisible un terroriste subjugu par le sinistre Ben Laden. Il dit vouloir racheter ses pchs! C'est la diffrence entre un chrtien et un islamiste. Pour racheter ses pchs, le premier se confesse, et le second s'offre en martyr pour la cause des islamo-fascistes.




Salahudine est un djihadiste franais, g de 27 ans et originaire de la rgion parisienne, parti combattre il y a sept mois en Syrie. Parce qu'il connaissait depuis plusieurs annes notre journaliste Charlotte Boitiaux, il a accept de se confier, elle seule, sous couvert d'anonymat. Gravement bless au dbut du mois de fvrier Alep, Salahudine a envoy son dernier message le 8 fvrier. Depuis, il n'a donn aucun signe de vie. Voici son tmoignage.

"Je vais mourir en Syrie. Bientt, srement. Sur cette terre que je ne connais que depuis sept mois. Le djihad, cest une faon de vivre et de mourir. Mais avant de rejoindre Allah, jaimerais bien laisser une trace de mon court passage sur Terre. Cest pour a que je tai contacte. Parce que tu es journaliste, certes, mais surtout parce que jai confiance en toi. On est gagnants tous les deux. Un Franais parti combattre aux cts des djihadistes syriens dans les rangs du Front al-Nosra, avoue-le, cest un sujet en or, non ?

Jai mis le pied sur le sol syrien le 11 juillet 2013, si je me rappelle bien. Ici, on oublie les dates et le temps. Je ne suis jamais reparti. Jai pris le nom de Salahudine al-Faransi [Salahudine le Franais]. On ne se bat jamais sous sa vritable identit. Ma femme Khadija*, Franaise elle aussi, et ses deux filles, Mariam*, 8 ans, et Fatima*, 6 ans, sont parties avec moi. À part elles, jai tout abandonn pour venir ici. Javais une bonne situation professionnelle, je gagnais environ 3 000 euros par mois. Il fallait tout lcher. Cest comme a quAllah voit notre sincrit.

Je ne sais pas trop quel a t le dclic, quel moment jai dcid de devenir un terroriste aux yeux de la loi franaise. Tout sest fait progressivement. Ds le dbut du conflit syrien, en 2011, jai mal support lindiffrence du monde lgard de mes frres musulmans. Au dbut, je ne savais pas quoi penser. Dans les mosques franaises, on ne te parle pas de a. On tapprend juste bien faire tes ablutions. On te demande dtre respectueux. On ne te dit jamais que dans un contexte daffrontement, lislam, cest il pour il, dent pour dent. Ça, je lai appris sur Internet. Quand jai commenc regarder des vidos et couter les prches de Ben Laden. Un milliardaire qui lche tout pour dfendre sa conception du monde. Jai t mu par son discours. Tu appelles a de la "radicalisation religieuse", moi une "prise de conscience".

J'ai abattu un soldat de Bachar

Un mois avant mon dpart, je ne dormais plus. Allah ma fait comprendre que ma terre ntait plus ici, en France. Il fallait que jaille en Syrie pour racheter mes pchs. Avant, je sortais en bote, je buvais de lalcool, jtais un mec de la dounia [qui nest intress que par les biens matriels, NDLR]. Le djihad est devenu une obligation. Je nai frquent aucun rseau, crois-moi. Je ne connaissais personne. Jai prpar mon voyage tout seul. Pendant une semaine entire, jai retir 1000 euros par jour la banque. Puis ce fut le grand dpart. Nous sommes partis la dernire semaine de juin. Depuis Lyon, o nous sommes descendus, nous avons transit par avion Istanbul, Antalya puis Hatay, en Turquie, avant datteindre, en car, Kilis, la frontire turco-syrienne.

Les premiers temps nont pas t faciles. Je navais aucun contact. Aucun point de chute. Il fallait faire vite, je ne voulais pas mettre les filles en danger. Nous sommes alls Alep, dans le quartier de Salaheddine. C'est l que jai rapidement fait la connaissance de quelques combattants de "lÉtat islamique en Irak et au Levant " (EIIL). Ils taient mes voisins. Pour tre tout fait honnte, quand je les ai approchs, je ne savais mme pas qui ils taient. Je navais jamais entendu parler deux. Tout ce que je voulais, ctait combattre aux cts de ceux qui voulaient instaurer un État islamique en Syrie et imposer la charia. Rejoindre lArme syrienne libre (ASL) ne mintressait donc pas trop : nous partageons le mme ennemi, mais pas le mme objectif. Le leur est dmocratique, je crois.

Jai rapidement ralis que lorsque tu es tranger, on ne taccueille pas bras ouverts. On se mfie de toi, on te prend pour un espion. La confiance, a se gagne sur le champ de bataille. LEIIL ma form dans un camp militaire de Cheikh Souleimane [dans le nord du pays]. Pendant un mois, jy ai appris tirer, ramper, tuer. On ma ensuite envoy au front, dans la rgion dAlep chaque fois. Je ne suis pas pass par la "plonge" ou par les cuisines, comme tu sembles le penser. Les mdias vhiculent cette ide pour dcourager les combattants trangers de venir nous rejoindre. Quelques jours seulement aprs mon arrive, jai vu pour la premire fois des hlicoptres de Bachar balancer des barils de TNT sur la population. Une fois, dix-sept barils sont tombs en une seule journe. Je ne sais pas comment te dcrire ce que jai ressenti.

Peu de temps aprs, jai abattu un soldat de Bachar. C'tait dans la province d'Alep. Il faisait beau, ctait un matin de septembre. On se battait depuis trois jours. Il tait derrire un mur. Jtais derrire un mur. On sest tir dessus jusqu ce que lun de nous deux tombe. Ce fut lui. Je men souviens, parce que ctait le premier. Pas une seconde je nai culpabilis, je lavoue. Tu devrais voir ce quils font subir la population. Ici, la plupart des combats se font distance, entre tirs de mortier et attaques de snipers. Il ny a presque jamais de corps corps. Pendant cinq mois, mes journes ont t les mmes : combats durant des journes entires et tours de garde le soir, pendant deux heures. Le temps libre est rserv au nettoyage des armes et la lecture du Coran. Ça caille, d'ailleurs, le soir. Et il pleut souvent. Parfois, jai les pieds tremps et glacs.

Les filles m'appellent Superman

En novembre 2013, jai chang de camp et jai rejoint le Front al-Nosra. Je ne me sentais plus trs laise avec lEIIL. Je ne savais pas que "lÉtat islamique en Irak et au Levant" se battait aussi contre les soldats de lASL. Moi, je nai aucun problme avec les rebelles. Je ne te dirai pas grand-chose de plus. Je ne sais pas o sont les otages franais [retenus prisonniers par l'EIIL] dont tu me parles. Je ne suis qu'un petit combattant. On ne partage pas ce genre d'informations avec moi. Contrairement ce que tu penses, personne ne ma considr comme un tratre quand je suis pass de lun lautre. Al-Nosra et lEIIL ne sont pas ennemis. Et puis, tu es libre de choisir dans quel camp tu veux te battre.

Dans ma nouvelle "famille" dAl-Qada, mon quotidien na pas vraiment chang. Mais mon champ de bataille sest agrandi. Jai combattu Alep, Homs, Damas. Jai peaufin mon ducation militaire. Jai d choisir entre une formation aux explosifs, une formation de sniper et une formation de commando au sol. Al-Nosra ma orient vers la troisime option.

Entre deux combats, nous rencontrons souvent des civils. Ils nont pas peur de nous. Au contraire. Souvent, les enfants se moquent de moi quand je parle franais. Et mme quand je parle arabe dailleurs ! Je ne matrise pas encore trs bien la langue. Chaque mois, nous sommes rmunrs 8 000 livres syriennes (environ 50 euros). Une somme amplement suffisante pour vivre, sachant que le logement, les armes et la nourriture sont fournis par Al-Nosra. Moi, je me suis achet ma propre Kalachnikov au march noir. Elle ma cot 1 200 dollars. Cest cher mais au moins, elle est moi. Je me suis fabriqu une ceinture dexplosifs aussi. Si jamais, un jour, je nai plus de munitions ou de solution de repli, je pourrais foncer sur lennemi et me faire sauter. Autant en emporter un maximum avec moi.

Tu tinquites pour les filles. Mais elles ne sont pas malheureuses. Leurs vies sont entre les mains de Dieu. Elles ne sont pas non plus en danger. Elles restent avec les femmes et les enfants des autres combattants, loin des combats, mais je ne te dirai pas o. Je ne les vois presque jamais, en ralit. Quand je pars au front, je m'absente pendant des semaines entires. Tout ce que je peux te dire, c'est que le Nutella leur manque. Quand une zone devient trop dangereuse, Al-Nosra les dplace. Il y a un mois, elles taient Harithan [non loin dAlep], et cause des affrontements de plus en plus violents entre lASL et lEIIL, elles ont t dplaces. Al-Nosra les a transfres la frontire turco-syrienne. Quand je pleure, Mariam et Fatima sont incroyables, elles mappellent Superman ! Ça me fait rire chaque fois. Cest fou comme elles sadaptent toutes les situations. (Au fait, a va tre compliqu de te mettre en contact avec Khadija. Si elle sait que je parle une autre femme, mme journaliste, elle me tue !)

Je ne rentrerai jamais

Vendredi 31 janvier, tu as cherch me joindre toute la journe. Mais jtais au front, ct de Homs, Talbisseh. Ctait vraiment chaud. Jai perdu mon meilleur ami ce jour-l. Il avait 27 ans lui aussi, il tait belge. Un sniper la abattu, au dtour dune rue. Je suis all le chercher. Il est mort dans mes bras.

Si tu voyais, notre armement est drisoire par rapport celui des hommes du rgime. On na que des armes lgres. Eux, par exemple, ont des lunettes de vision nocturne. Nous, on creuse des tranches pour se protger, c'est tout ce qu'on peut faire pour ne pas tre vus par l'ennemi. Cest peut-tre pour a que certains djihadistes se tournent vers les oprations martyres. Cest vrai, jai la possibilit de minscrire sur une liste pour devenir kamikaze. Je ne sais pas si je vais le faire. Je nai pas pris de dcision. Quoi quil en soit, je te promets de me connecter Facebook, tant que je suis vivant. Si je tombe au combat, personne ne te prviendra. Personne ne sait que je te parle. On naime pas trop les journalistes par ici. Ne tinquite pas. La mort est une rcompense pour moi.

Je me fous compltement dtre repr et surveill par les services franais sur les rseaux sociaux. Je ne rentrerai jamais. Je ne te demande quune chose : ne pas me trahir. Ne donne pas ma vritable identit. Mes parents, mes deux frres et ma petite sur ne savent rien. Ils pensent que je parcours le monde. Peut-tre se doutent-ils de quelque chose. Je ne sais pas. Mais que pouvais-je leur dire ? Ils ne comprendraient pas. Ça leur ferait de la peine. Ne raconte pas tout ta famille. Elle n'apprciait dj pas beaucoup mon adoration pour Allah. Elle serait inquite de me savoir ici. Tiens-moi juste au courant pour la parution de ce tmoignage. Essaie de le publier avant que je meurs ;) Oui, je sais, humour de merde.

Salahudine
*Les prnoms ont t changs



 

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