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Bouteflika devant un thtre d'ombres

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Certains milieux veulent entourer le scrutin de zones dombres Emir Abdelkader 0 2014-02-09 02:56 PM
Une manifestation devant le chteau du roi du ... Emir Abdelkader 0 2012-10-27 06:18 PM

 
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Bouteflika devant un thtre d'ombres

Prsidentielle algrienne : Bouteflika devant un thtre d'ombres




Depuis l'annonce de la candidature de Bouteflika, tout le monde devine l'issue de l'lection du 17 avril. Sans pour autant savoir ce qui se trame dans les coulisses du "systme". Culte du secret, opposition dsabuse... Une trange atmosphre de rsignation flotte dans le pays.
"Mais pourquoi tes-vous si opaques ?" a demand un jour l'ex-prsident franais Nicolas Sarkozy un ministre algrien. "Parce que c'est justement ce qui fait notre force", lui a rpondu ce dernier dans un sourire... Voil qui rsume parfaitement la situation actuelle du pays, rsultat d'un mode de gouvernance nimb de mystre, en vigueur depuis l'indpendance.
Un chef de l'État g de 77 ans, affaibli par les squelles de l'accident vasculaire crbral qui l'a frapp fin avril 2013, mais candidat un quatrime mandat ; une opposition tiraille entre boycott et envie d'en dcoudre ; une arme, jadis omnipotente, elle aussi en apparence divise, l'tat-major derrire Abdelaziz Bouteflika et le mythique Dpartement du renseignement et de la scurit (DRS, services secrets) donnant l'impression de s'opposer ce nouveau bail de cinq ans la tte d'El-Mouradia ; une absence totale de visibilit politique, un flot incessant de rumeurs...
À quelques semaines seulement de la prsidentielle - mais cela dure depuis maintenant un an -, l'Algrie ressemble un thtre d'ombres o tout le monde pense deviner ce qu'il va advenir mais o personne, en fait, ne sait ce qui se trame en coulisses. Y compris, et c'est peut-tre le plus inquitant, les supposs acteurs du 17 avril, date du premier tour du scrutin. Un flou artistique et un culte du secret savamment entretenus et confirms par un ancien ambassadeur africain : "Je pensais avoir compris l'Algrie lorsque j'y suis arriv en poste. J'avais tout lu, beaucoup consult. Quelques annes plus tard, au moment de quitter ce pays, j'ai finalement compris que... je n'avais rien compris. J'tais perdu."
"On ne lui demande pas de courir un marathon"
Ils taient douze candidats, sur la centaine qui s'taient dclars, avoir dpos leur dossier de candidature devant le Conseil constitutionnel. Bouteflika, dont l'tat de sant et les absences publiques avaient fini par convaincre les Algriens qu'il ne concourrait pas, est bel et bien sur la ligne de dpart. Annonce le 22 fvrier par Abdelmalek Sellal, le Premier ministre - ce qui n'a pas manqu de susciter un vif dbat et d'entretenir para*doxalement le doute -, sa candidature est devenue officielle le 3 mars, quand il s'est rendu en personne devant Mourad Medelci, son ancien ministre des Finances puis des Affaires trangres, un fidle parmi les fidles aujourd'hui la tte du Conseil constitutionnel, pour remettre son dossier et le signer devant les camras de la tlvision algrienne.
Sa premire apparition publique "live", avec le son et les images, depuis la fin de sa convalescence parisienne. Quelques mots peine, difficilement audibles, des mains qui bougent... De quoi rassurer les Algriens ? Pas vraiment, mme si cela aura au moins permis de montrer une sensible amlioration de son tat. Il n'est ni aphasique ni hmiplgique, comme cela a t dit, mais ce n'est plus le mme homme. "Le prsident n'est pas malade, mais fragilis physiquement, nuance Abdelmalek Sellal. Cela ne l'empche nullement de diriger ce pays. D'ailleurs, depuis un an, malgr son absence ou sa convalescence, l'Algrie a-t-elle arrt de fonctionner ?"
>> À lire : comment Bouteflika a neutralis l'arme
Mme son de cloche chez un autre de ses partisans, Amara Benyounes, ministre du Dveloppement industriel et patron du Mouvement populaire algrien (MPA) : "On ne lui demande pas de gravir des escaliers quatre quatre ou de courir un marathon, que je sache. Il a toujours dit qu'il refuserait d'tre un trois quart de prsident. C'est toujours valable : jamais il n'accepterait de ne pouvoir pleinement exercer ses prrogatives ou d'tre manipul par qui que ce soit. Pourquoi, d'ailleurs, aprs un tel parcours, prendrait-il le risque de conduire son pays dans une impasse ?"
Une impasse, cela y ressemble quand mme furieusement : aprs quinze ans au pouvoir et alors qu'il avait annonc en mai 2012 - le fameux "discours de Stif" - que sa gnration devait dsormais passer la main, la transmission de tmoin attendra... Car sauf surprise ou accident, il semble peu probable qu'il ne soit pas lu. "Qui peut le remplacer, srieusement ? poursuit Sellal. La classe politique de ce pays est mdiocre, or nous avons besoin d'intelligence et de sagesse. Ceux qui veulent le changement n'ont qu' se battre dans les urnes." Abdelkader Messahel, actuel ministre de la Communication aprs avoir tenu plus d'une dcennie durant le maroquin des Affaires africaines, complte : "L'image transmise par les mdias ne correspond pas la ralit, surtout quand vous sortez du microcosme algrois. Bouteflika rassure, quand les autres candidats reprsentent un vritable saut dans l'inconnu. Or les exemples libyen et gyptien, entre autres, n'incitent pas les Algriens partir l'aventure."
"L'Algrie est gre comme une suprette"
Évidemment, dans le camp d'en face, impossible de partager cet avis. "Les ds sont loin d'tre jets", pense Lotfi Boumeghar, directeur de la communication d'Ali Benflis, l'ancien chef du gouvernement et principal rival de Bouteflika : "Car pour la premire fois la candidature de Bouteflika n'est pas le fruit d'un large consensus. Son camp ressemble une citadelle assige avec de moins en moins de combattants pour la dfendre." Ce que son patron, candidat pour la deuxime fois aprs 2004, confirme : "Pourquoi devrais-je me taire ? Pour laisser un boulevard au pouvoir actuel ? Je ne suis pas naf, je sais que je trouverai en face de moi des moyens normes, ceux de l'État. Mais ce n'est pas dans ma nature de me taire ou de renoncer mes principes."
>> Lire : Benflis, candidat pour de vrai
Idem pour Kamal Benkoussa, candidat phmre qui s'est retir de la course mais entend peser en crant son parti : "Nous ne sommes pas nafs. Le systme ne va pas disparatre. Mais il doit voluer, rpondre aux attentes des Algriens. L'Algrie est gre comme une suprette. Ça vole trs bas, tout est mdiocre. Ce n'est d'ailleurs pas un problme de volont, c'est un problme de comptences. Nos dirigeants peuvent dire n'importe quoi, assner des chiffres, personne ne leur rpond, et surtout pas les journalistes ! Pourquoi devrait-on rester "sous-tout" ? Sous-dvelopps, sous-administrs, etc. ?"
Prcision : Benkoussa prend des risques en se lanant dans ce panier de crabes qu'est la politique algrienne. Partenaire dans un fonds d'investissement londonien, il gagnait plutt bien sa vie. Mais son amour du pays et son incapacit avaler des couleuvres ont fait qu'il n'a pu rsister l'envie de se battre. Ce qui n'empche pas la lucidit : "Nous sommes un peuple de suiveurs, notre lite a depuis longtemps dmissionn. Quant notre classe politique, inutile de vous faire un dessin. La question n'est pas de dire qu'il ne s'est rien pass en quinze ans. Mais nous devons reconnatre que, vu notre potentiel, nous sommes des annes-lumire de ce que nous aurions d raliser !"

Moussa Touati, du Front National algrien et Louisa Hanoune,
du Parti des travailleurs, sont candidats. Samir Sid ; N.Faycal/AFP
"L'urgence c'est l'conomie, le reste c'est de la flte"
Ainsi va l'Algrie : en qute permanente de consensus et de stabilit compte tenu d'une histoire contemporaine marque par les preuves les plus sanglantes, notamment la dcennie noire. Car le "systme" algrien, celui qui prside rellement aux destines du pays, n'a rien voir avec les engrenages kleptocratiques des pays voisins. Ici, ce n'est pas une poigne de personnes qui tiennent le pays, comme en Tunisie ou en Libye. Ce sont au bas mot des dizaines de milliers d'obligs et de relais, d'El-Mouradia aux casernes en passant par l'administration - centrale mais aussi locale -, les zaouas (confrries religieuses) et les tribus.
Le changement, rclam par une majorit de la population, ne semble pas gagn dans un pays o mme le passage de tmoin entre gnrations vire la mission impossible.
Dans ces conditions, le changement, rclam par une majorit de la population, est une autre paire de manches. A fortiori dans un pays o le passage de tmoin entre gnrations vire la mission impossible. En politique, opposition comprise, mais galement dans toutes les sphres de la socit algrienne : familiale, conomique, etc. Ce qui fait dire un chef d'entreprise, puissant et bien introduit, que l'essentiel ne rside pas dans la prochaine prsidentielle ni dans les querelles de personnes ou de clans. "L'urgence, dit-il, c'est l'conomie. Le reste, c'est de la flte. Notre pays n'est pas prt, en tout cas il n'a pas t prpar un changement brutal de gnration et de systme, lequel n'est absolument pas incarn par le seul "Boutef". Ne perdons pas de temps avec cette lection. Projetons-nous sur le moyen terme et sur les problmes que nous affrontons. Et faisons en sorte que ce systme, s'il veut perdurer, volue et les rgle." Ce qu'il a souvent fait, d'ailleurs, multipliant les mues aprs les meutes d'octobre 1988, lors de l'insurrection islamiste de 1992 ou, plus rcemment, en s'adaptant un prsident plus puissant que la majorit de ses prdcesseurs - l'exception de Houari Boumdine - et qui s'est vertu rduire l'influence de l'arme.
Cette obligation de rsultats, les dirigeants du pays en ont conscience. Car si le quatrime mandat qui se profile pour "Boutef" donne l'impression de reculer pour mieux sauter, ils ont prvu, ds le lendemain de l'lection, un certain nombre de mesures, notamment conomiques, destines rveiller, enfin, un pays qui jusqu' prsent se reposait essentiellement sur sa manne ptrolire. "Peu importe ce qui nous a ralenti jusqu'ici, les raisons culturelles, les pesanteurs, etc., prcise Abdelmalek Sellal. L'essentiel, c'est que nous soyons dtermins acclrer les rformes et que nous ayons les moyens de nos ambitions. Nous continuerons d'ailleurs nos investissements massifs dans le social." Et l'argent ne manquera pas, compte tenu des perspectives ptrolires de 2015 (avec l'entre en exploitation de nouveaux gisements) et, surtout, du dsormais fameux gaz de schiste (l'Algrie dtient les troisimes rserves mondiales).

Abdelmalek Sellal et Ahmed Ouyahia sont les favoris pour occuper un ventuel futur
poste de vice-prsident. Thomas Samson/AFP ; Farouk Batiche/AFP
"C'est une vritable rvolution ici..."
Deux principaux dfis l'horizon : passer d'une conomie centralise et qui ploie sous le joug d'une bureaucratie que mme le gouvernement dnonce, une vritable conomie de march ; mais galement - et c'est encore plus complexe - sortir du tout-ptrole pour rindustrialiser le pays et dvelopper l'agriculture ou les services. Sans parler de la corruption, vritable flau national, ou du climat des affaires. "Nous venons d'adopter un pacte conomique et social de croissance qui concerne les cinq prochaines annes, explique Amara Benyounes. Au terme de discussions parfois houleuses entre l'État, le patronat et les syndicats, nous avons pris un certain nombre d'engagements et cr un mcanisme de suivi. La libert d'entreprendre a t consacre, nous ne distinguons plus les entreprises publiques et prives, jusqu'ici souvent considres comme l'ennemi. C'est une vritable rvolution ici." Ce que confirme un chef d'entreprise de l'agro*alimentaire : "Ce pacte va beaucoup plus loin, et, effectivement, il s'agit d'engagements et non plus de simples recommandations. Nous serons donc extrmement vigilants sur leur application."
L'autre "rvolution" prvue aprs les lections, c'est la rforme de la Constitution. "Le projet est prt, croit savoir un membre minent du gouvernement. La sant du prsident, son absence puis sa convalescence, conjugues la crise qu'a traverse le FLN [Front de libration nationale], n'ont pas permis de la lancer avant les lections. Ce sera pour aprs." Principal changement attendu, la cration d'un poste de vice-prsident, dot de vraies prrogatives et dont le titulaire deviendrait le successeur constitutionnel du prsident en cas d'incapacit ou de dcs de ce dernier, la place du prsident du Snat actuellement. Et au lieu d'une lection anticipe convoque dans un dlai de 60 jours (dcs ou dmission) 105 jours (incapacit), ce vice-prsident achverait le mandat. Une manire de couper l'herbe sous le pied de ceux qui tablent sur l'impossibilit pour "Boutef" de tenir encore cinq ans.
si le quatrime mandat de Bouteflika a des allures de passage en force, ce dernier sait tout de mme ne pas aller trop loin.
Si le dbat autour de la cration de ce poste n'est pas encore dfinitivement tranch, une certitude : c'est Bouteflika lui-mme qui dcidera in fine. Et qui choisira l'heureux "lu"... Ce dernier devra cependant galement recevoir l'onction du DRS et de son patron, Mohamed Medine, alias "Toufik". Car si le quatrime mandat de Bouteflika a des allures de passage en force, ce dernier sait tout de mme ne pas aller trop loin. Comme Medine, d'ailleurs. Encore une fois, en Algrie, il est souvent question, plus que de bras de fer, de compromis et d'quilibres au coeur d'un systme dont l'obsession demeure la stabilit. Quoi qu'il en soit, deux noms reviennent avec insistance pour ce poste de vice-prsident : l'ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal. Si les comptences du premier ne sont pas remises en question par le chef de l'État, leurs relations tendues sont un secret de polichinelle. Quant au second, dont Paris pense qu'il sera dsign, il n'a jamais cach son peu d'apptence pour le pouvoir suprme et ses contraintes...
"Mme sans tricher, Bouteflika gagnera"
La campagne lectorale dbute le 23 mars. Les uns s'attelleront prsenter leurs programmes, les autres dfendre leur bilan. Les mdias privs s'en donneront coeur joie, mais les dbats ne devraient pas voler trs haut. Il semble d'ailleurs vident que la participation, le jour du vote, ne battra pas des records. Les risques de drapages ou de voir la rue s'embraser ? Ils existent, surtout si la police commettait une ou plusieurs bavures, mais cela semble peu probable. Mme si, depuis le Printemps arabe, la prudence est de mise... "Ce n'est plus 2004, pense un membre de l'quipe de campagne de Benflis. Les jeunes n'en peuvent plus et savent ce qui s'est pass chez nos voisins. Ils veulent enfin tre associs l'avenir de ce pays. Dj qu'ils en ont marre de leurs propres parents, alors imaginez leurs dirigeants ! Et les arroser de dinars ne suffira plus..."
Une perception que rfute un ancien membre du gouvernement, jadis trs proche de Bouteflika mais qui est contre ce quatrime mandat : "Les Algriens sont prts accepter beaucoup de choses, y compris cette image dtestable que nous renvoyons actuellement, pourvu qu'il y ait la paix. Et ne vous trompez pas, Bouteflika reste populaire, surtout dans le pays profond. Mme sans tricher, il gagnera l'lection. La vraie crainte des gens, c'est qu'il ne soit qu'une marionnette entre les mains d'on ne sait quel Raspoutine de l'ombre. Et puis personne, en face, ne les fait vraiment rver. En tout cas pas suffisamment pour prendre le risque de dstabiliser le pays..."
Alors que l'Algrie est la croise des chemins, plane donc cette trange atmosphre de rsignation chez un peuple pourtant rput colrique et frondeur, dans un pays o le changement est prsent comme un risque et o le culte de la stabilit, consquence directe de la dcennie noire, se confond souvent, hlas, avec l'inertie. "Les Algriens passent la moiti de leur temps hsiter et l'autre regretter", rsume tristement Lotfi Boumeghar, le porte-parole d'Ali Benflis. Voil qui promet..
Avec Barakat !, les opposants sont dans la rue
Sarcasmes, colres, commentaires enflamms, parodies d'affiches de films, images et vidos dtournes... Le mouvement de protestation Barakat ! (terme typiquement algrien qui signifie "a suffit !") est d'abord n sur les rseaux sociaux, principalement Facebook. À l'instar de son devancier gyptien, Kifaya, qui avait rclam le dpart du prsident Hosni Moubarak, il est anim par des journalistes, des mdecins, des militants associatifs... Amira Bouraoui, gyncologue, est une figure de proue de Barakat ! : "C'est un mouvement citoyen qui s'oppose un quatrime mandat de Bouteflika et qui rclame des lections libres et dmocratiques pour un changement pacifique en Algrie", explique-t-elle. Une semaine aprs qu'Abdelmalek Sellal, le Premier ministre, a annonc la candidature de Bouteflika, plusieurs dizaines de personnes ont organis une manifestation devant la facult centrale de l'universit d'Alger. La rponse des autorits a t muscle : arrestations et dtentions prolonges dans divers commissariats, la police a vite dispers le rassemblement, en vertu d'une loi de 2001 qui interdit les marches dans la capitale - et ce en dpit de la leve de l'tat d'urgence, en 2011. Le mme scnario s'est reproduit le 4 mars devant le Conseil constitutionnel, auprs duquel des manifestants voulaient dposer une demande d'invalidation du dossier de candidature du prsident sortant. Rebelote le 6 mars dans le centre d'Alger. Loin de les dissuader de battre le pav, cette rpression assure aux animateurs de Barakat ! une vidente mdiatisation. D'ici au 17 avril, ils promettent d'autres manifestations pour dire non Bouteflika.

Farid Alilat






 

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