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Tunisie : des rfugis libyens trs l'aise dans leurs babouches

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2014-06-04
 
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Tunisie : des rfugis libyens trs l'aise dans leurs babouches

Tunisie : des rfugis libyens trs l'aise dans leurs babouches




Fuyant les convulsions qui agitent leur pays, 1,2 million de Libyens se seraient installs chez leur voisin tunisien. O ils mnent grand train.
En 2011, 430 000 Libyens s'taient rfugis en Tunisie pour fuir les combats qui faisaient rage dans leur pays. À la chute de Tripoli, le 22 aot 2011, les Tunisiens ont cru que leurs htes rentreraient rapidement chez eux. Las, avec la dtrioration de la situation dans l'ex-Jamahiriya, leur nombre a doubl. Ils seraient aujourd'hui, selon le porte-parole du ministre du Commerce, quelque 1,2 million.
Pour ces rfugis d'un type particulier, puisqu'ils ne revendiquent aucun statut, la Tunisie est une providence, l'unique terre d'accueil qui ne leur rclame pas de visa, contrairement l'Égypte ou l'Algrie. Si, en 2011, les Libyens avaient choisi de poser leurs valises Djerba, ils ont prfr par la suite s'loigner du Sud pour se replier sur les centres urbains. Si bien qu' Tunis un quartier comme Ennasr est dsormais surnomm Little Tripoli. Les plus nantis, eux, ont opt pour les villas cossues de Hammamet. "Durant la basse saison touristique, ils nous ont permis de maintenir le march de la location et certains sont mme tents par l'achat de biens", assure un agent immobilier du cap Bon (Nord-Est).
>> Lire aussi : Djerba, une planque en or pour les Libyens
Les autorits tunisisennes ont mis le hol

En avril dernier, Imed el-Kouni, secrtaire gnral de l'Association du rassemblement pour la Libye, a annonc vouloir faciliter le rapatriement des rfugis, mais ces derniers ne s'en sont pas laiss conter. "C'est nos avoirs qui les intressent. Arrivs l-bas, nous serons incarcrs sous un prtexte quelconque", redoute Hamid, riche homme d'affaires. "Pour le moment, nous ne manquons de rien. Nous menons mme la belle vie dans un pays que nous avons toujours aim. Et puis nous projetons, mon pre et moi, de lancer une entreprise de lubrifiants dans le gouvernorat de Monastir", se flicite Bchir Fezzani, dont la famille a t prise sous le feu crois des anti- et des pro-Kadhafi, Benghazi.
Contrairement ce qu'affirmait un reportage de la chane libyenne Al Madina diffus en novembre 2013, les exils n'en sont pas rduits la mendicit. Seraient-ils en difficult qu'ils n'approcheraient pour rien au monde leurs services consulaires par crainte d'tre fichs ou d'tre l'objet de rtorsions. "Avec l'inscurit et l'instabilit chez nous, nous nous sentons menacs, mme en Tunisie. Nul n'est l'abri d'un rglement de comptes. Mieux vaut, en ce moment, faire profil bas, quitte ne pas frquenter les lieux priss par nos compatriotes et mme feindre de ne pas les reconnatre", confie Obed, un ancien commerant qui en sait long sur la contrebande entre les deux pays. Dans les faits, ces craintes n'ont jamais t confirmes. Aucun Libyen n'a t l'objet d'agression, mais on constate que leur prsence est moins voyante.
C'est comme si la Tunisie avait vcu une explosion dmographique de 10 %, assure-t-on du ct du ministre du Commerce.
Un changement de comportement d aux autorits tunisiennes, qui ont mis le hol, particulirement en matire de moeurs, en exigeant des propritaires de locaux lous des trangers d'en faire la dclaration la police. La dfenestration, en 2013, de deux jeunes Tunisiennes Ennasr lors de soires arroses avait mis cran une population excde par la prsence tapageuse des Libyens. "Parler d'une prsence massive est un euphmisme. C'est comme si la Tunisie avait vcu une explosion dmographique de 10 %, ce qui reprsente un cot et perturbe l'quilibre du march local", assure-t-on du ct du ministre du Commerce. Mais pour le secteur priv, les Libyens sont une vritable machine cash puisqu'ils rglent toutes leurs transactions en liquide et sans trop marchander, au point qu'on estime leurs dpenses globales moyennes annuelles 1 milliard d'euros.
Les prix augmentent, les loyes sont inaccessibles
Cette situation n'est pas sans incidence sur le train de vie de la population. "Les prix augmentent, les loyers sont inaccessibles, les Libyens installent leur famille dans des appartements meubls 100 euros la nuit, dpensent sans compter en nourriture, font du shopping, et certains hommes sont particulirement pnibles, notamment avec les femmes. Mais les commerces de proximit travaillent plein rgime et les familles chassent leur ennui en se promenant dans les hypermarchs ; elles ont l'impression d'tre Disneyland", s'amuse un riverain d'El Manar, autre quartier rsidentiel de Tunis. "Avant, ils venaient ici pour se faire soigner, maintenant ils s'installent et ne comptent pas rentrer chez eux de sitt", confirme un pharmacien, qui s'inquite de la dscolarisation des jeunes, lesquels ne sont accepts que par certains tablissements privs, arrivs aujourd'hui saturation.
Dans un semi-exil, puisque certains retournent rgulirement Misrata, Tripoli ou Benghazi pour revoir leur famille, ou se renflouer, les rfugis libyens ne se mlangent gure la population locale. "À part quelques conversations dans les cafs, rares sont les Tunisiens qui ont des contacts avec leurs htes. Ils vivent en vase clos et cela rend difficile les changes. On en sait plus sur ce qui se passe en Libye par la tlvision", observe Ramzi, propritaire d'un salon de th Ennasr.
La manne de la sant
Avec des changes commerciaux s'levant 700 millions d'euros, la Libye tait en 2010 le cinquime partenaire de la Tunisie, et le premier l'chelle maghrbine, le commerce bilatral contribuant pour plus de 50 % aux changes l'chelle rgionale. Mais c'est au niveau du secteur de la sant qu'elle est un client incontournable. En 2010, 100 000 patients libyens ont dpens en moyenne prs de 1 500 euros pour se faire soigner en Tunisie. Quant aux 20 000 blesss qui y ont t pris en charge, ils ont permis 70 cliniques et hpitaux d'engranger prs de 9 millions d'euros, rgls par le gouvernement de transition de Tripoli. Le phnomne est tellement important que les tablissements de soins tunisiens pourront, partir de juin 2014, facturer leurs clients en devises. Une mesure destine endiguer le change au noir qui ne profite pas l'État. Mais cela n'empchera pas les praticiens de rclamer des honoraires plus importants aux patients libyens.




 

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