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le discours sur lAlgrianit de Jean Daniel, le journaliste de Blida

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2014-06-06
 
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  Emir Abdelkader   
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Manqool le discours sur lAlgrianit de Jean Daniel, le journaliste de Blida

Vu de Paris : le discours sur lAlgrianit de Jean Daniel, le journaliste de Blida

Il est un pont entre les deux rives de la Mditerrane, un symbole entre lAlgrie et la France. Le 29 mai dernier, luniversit de Blida a rendu hommage lun des grands anciens de la ville. En prsence de membres du gouvernement, Jean Daniel le fondateur du magazine franais le Nouvel Observateur, a t fait Docteur Honoris Causa de luniversit blidenne. À cette occasion, celui qui est n Blida a prononc un discours en direction de ses chers compatriotes . Cest ce discours que je vous propose de retrouver in extenso tant il puise aux sources de lAlgrie. Jean Daniel, compagnon dAlbert Camus, a t un acteur majeur de soutien lAlgrie combattante et indpendante. Extraits : Chers Compatriotes ! Cette expression na dailleurs rien doutrecuidant puisque ma vie sest droule comme un jeune amoureux de lAlgrie franaise, comme un militant de lmancipation maghrbine et, enfin, comme un tmoin engag tous les stades de la Rvolution algrienne.
Reste que me voici devant vous aujourdhui, presque centenaire, et partout o lon minvite je suis sr dtre le doyen. Sans doute ne suis-je ni arabophone, ni arabisant. Jai eu le tort de laisser ce soin mes amis les plus proches, ceux dont je redoute de ne pouvoir les citer tous au cours de cet expos. De toutes faons, et grce lindulgence de vos commentaires sur mon parcours, vous avez gnreusement justifi le privilge dont je suis ici, grce vous, le bnficiaire. Chers Compatriotes, laissez-moi vous rappeler cependant que les miens sont enterrs dans ces lieux depuis des sicles, que mon pre baragouinait larabe et que je lentends encore dialoguer en berbre avec les clients qui, le vendredi, descendaient des montagnes de Chra vers notre minoterie. Il marrive souvent, aujourdhui encore et peut-tre plus que lorsque jtais jeune, de me souvenir avec une prcision dsarmante de tous les lieux, et dabord ceux qui ont inspir nos potes, en y retrouvant la fameuse ferveur .
Je menchante de pouvoir partager, avec Hanna ma petite-fille que jai pris soin demmener, le frisson de conte de fes que javais dans le jardin qui sappelait encore Bizot, en mengouffrant dans certains arbres, et plus tard en me plongeant dans mes mditations. Tout le monde ne savait pas -mais le savent-ils aujourdhui ?- combien de prcieux recoins se dissimulaient dans la vgtation savamment dsordonne de ce jardin.
Cest un plaisir que je me fais moi-mme en voquant tous ces noms, tous ces lieux, et je peux encore sentir le parfum sucr du chvrefeuille, et bien sr celui de la fleur doranger. En fait, je nai pas cess dcrire sur lAlgrie sans que toutes ces vocations involontaires me viennent naturellement. Cest peut-tre en cela que je suis le plus un vritable Bliden.
Puisquil faut passer aux grandeurs et aux servitudes de notre pays, je rappellerai que les vingt premires annes que jai connues, cest--dire au dbut de mon sicle qui avait 20 ans, il na t question que de guerres avant que ne surgissent les rvolutions.
À Blida, pendant toutes ces annes, il y a eu cependant des poques de suspension de la haine et des armes. Jai particip des batailles de fleurs et mon pre ne cessait de raconter comment il avait enlev, je dis bien enlev , sa femme au cours de lune de ces batailles, avant de lui faire pas moins de onze enfants. Je suis le onzime et le dernier survivant.
Quest-ce que nous apprenions alors au Collge colonial de Blida sur notre ville et sur notre pays ? Bien sr, lire, crire, compter, rciter, parfois mme dessiner, ctait une base dj solide pour nombre de petits enfants de naissance trs modeste. Mais sur notre ville et sur notre pays, pratiquement rien. Lorsquil sagissait de lhistoire, on entendait vaguement parler de ces hros depuis Vercingtorix jusqu Napolon. Mais nous nen retenions mme pas les noms avant le certificat dtudes. Un jour, nous avions remarqu quun jeune professeur avait pingl sur certains cartons des portraits de Massinissa, de Juba et de la Kahina. Mais nous ne savions pas de qui il sagissait. Ctait un mystre pour tout le monde, et dabord pour nos professeurs franais.
Les matres qui mont aid plus tard non pas apprendre mais comprendre ce que lon peut appeler larabo-islamisme, ce sont dabord Charles-Andr Julien, lui-mme n en Algrie, comme les professeurs Jacques Berque, Charles-Robert Ageron et Maxime Rodinson. Mais je suis sr que je rveille bien des souvenirs chez les jeunes gens que vous avez t en voquant la publication dun livre dont le titre tait LAfrique du Nord en marche . Un sous-titre tait expressif : Histoire et nationalisme maghrbins contre la France .
Pour des centaines de jeunes gens qui allaient jouer un rle important dans toutes les tapes de lmancipation du Maghreb, il sagit dun livrecl devenu pour moi un livre culte. Chaque fois quil est arriv un vnement particulier quil sagisse des polmiques sur le nombre des morts dans les attentats, dans la rpression ; quil sagisse des responsabilits dans les occasions pacifiques dapaisement ; quil sagisse mme et surtout du grand conflit autour des propos de Ferhat Abbas et des Amis du Manifeste , Charles-Andr Julien a t le premier nous informer, et je dois dire plutt nous dniaiser.
Car nous ne savions rien de rien. Et ctait le cas de quelques jeunes musulmans qui allaient jouer un grand rle dans la future rsistance.
Quest-ce que nous apprenait Charles-Andr Julien ? Que le nationalisme navait cess dtre prsent dans tout le Maghreb sous des formes diverses, et que la pacification navait jamais t complte dans certaines rgions ?
Lhistorien nous a appris aussi lhistoire de Ferhat Abbas qui est passionnante, et que je vous conseille nouveau, parce quelle rvise tant de prjugs. Et par exemple, on est en train de dcouvrir que le nationalisme, pas seulement autour de lui, avait commenc de conceptualiser sa stratgie et denvisager des formes de combat qui ntaient pas systmatiquement violentes. Lisez le dernier livre de notre ami Jean Lacouture, Le manifeste du peuple algrien, suivi de Rappel au peuple algrien de Ferhat Abbas et Jean Lacouture et qui jadresse en votre nom nos meilleurs souhaits.
Quest-ce quun Algrien ? Jai assist des discussions passionnantes et surtout passionnes sur le sujet. Dun ct, il y avait ceux pour qui le premier prsident de la Rpublique avait tout dit, ctait Ben Bella, et sa formule tait courte :
Nous sommes des Arabes, nous sommes des Arabes, nous sommes des Arabes !
Les Franais, mme initis, ont pris cela pour un cri de guerre contre la France, un nouveau cri de guerre. En fait, Ben Bella avertissait quil ne tolrerait pas quune dimension kabyle berbrise la Rvolution.
Permettez-moi dvoquer un souvenir. Jtais trs li avec lcrivain algrien Yacine Kateb, qui tait en mme temps quun grand crivain, ltre le plus attachant et le plus sujet aux caprices et aux humeurs. Je lai accompagn un jour parce que Jean-Marie Serreau avait mis en scne une de ses pices. Mais il a eu limprudence de prsenter Yacine comme un grand romancier arabe.
Yacine na fait quun bond et il a dclar voix trs haute Je naime pas beaucoup me laisser enfermer dans larabisme. Jai particip une rsistance nationaliste contre le colonialisme franais, mais je lai fait comme un Algrien et non comme un Arabe. Jai voulu reconqurir lalgrianit perdue, je nai pas voulu me fondre dans lunivers arabo-islamique. Sous les protestations, souvent les plus amicales, il a corrig le tir, mais il a proclam la fin des fins : Non, non, je ne veux pas quon mutile mon algrianit en mlangeant mes racines celles de nimporte qui . Je lui ai dit que tout de mme il ne pouvait pas nier quil appartenait lunivers arabo-musulman, et il a rpondu : Il reste que, si je me rfre une nation, cest mon Algrie. Et que si je tends vers luniversel, cest celui de tous les idaux de lIslam, du judasme, du christianisme, des rvolutionnaires, des humanistes et puis des potes, surtout des potes.
Bien plus tard, cest--dire rcemment, le dbat sur luniversel sest dchan avec celui de lopportunit de la violence, de la compatibilit de lIslam et de la dmocratie. Et il mest arriv une chose singulire. Je venais de publier un livre, La prison juive , qui provoquait des commentaires souvent svres. Un grand ethnologue de lArabie mdivale, le professeur en Sorbonne Mohammed Arkoun, a crit : Je ne suis pas sr dtre en mesure de mettre en question lIslam comme vient de le faire Jean Daniel pour le judasme . Cette rflexion tait sans doute amicale, mais on devine quelle na pas plu tout le monde et dans tous les milieux juifs et musulmans.
Le dbat na pas t trop cruel et nous avons eu loccasion, lui et moi, de rencontrer de grands experts qui avaient le souci de concilier nos recherches.
Ce que je nai pas dit encore, depuis le dbut de cet expos, cest laffection admirative et la gratitude respectueuse que jai eues pour cet homme, au point que je me suis mis lire des rflexions incroyablement hermtiques et des recherches terriblement intimidantes. Mais cet homme, Mohammed Arkoun, avait limpression davoir trouv quelque chose.
Tous ces rformateurs de lIslam dont on dplorait dabsence, tous ces Luther, Calvin solitaires et mme ces Pascal, on pouvait les retrouver dans lIslam deux sicles aprs les premires diffusions du Coran. Les principes de 1789 qui, en France, ont donn la libert, lgalit, la fraternit, on pouvait les retrouver dans la correspondance entre Averros, Maimonide et Saint-Augustin.
Naturellement, il nest pas question de tout cela dans les dbats sur les lections europennes. Et ceux que proccupe ce que va devenir la France multiculturelle, je veux ddier cette citation du professeur Jacques Berque, crite la fin de la guerre dAlgrie sur lavenir des relations entre la France et lAlgrie : On ne sest pas entrelac pendant cent trente ans sans que cela descende trs profondment dans les mes et dans les corps. La profondeur de limpact franais a dpass ici, et de loin, les alinations habituelles du colonialisme, de lexploitation coloniale et du mercantilisme. Grande chance et grand malheur, do la violence et le ressentiment que je crois que, pour lavenir, la solution franco-maghrbine ne rside pas dans la transaction mais dans lexpiation double et partage.
Ainsi a conclu Jean Daniel, le journaliste de Blida sous les applaudissements nourris dans son universit natale. Un moment fort de communion et dintelligence entre les hommes.


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