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Boko Haram : les forces armes du Nigeria, avec pertes et fracas

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Nigeria : arrestation dun des commandants de Boko Haram Emir Abdelkader 0 2014-07-16 12:02 PM
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Choses savoir sur Boko Haram Emir Abdelkader 0 2014-05-16 02:55 PM

 
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Manqool Boko Haram : les forces armes du Nigeria, avec pertes et fracas

Boko Haram : les forces armes du Nigeria, avec pertes et fracas




Elles sont d'une brutalit lgendaire. Dans le nord du Nigeria, l'arme et la police inspirent la mme crainte que les islamistes qu'elles sont censes combattre. Et pourtant, depuis des mois, elles sont tenues en chec par Boko Haram. Explications.
Elles se sont chappes toutes seules, sans aide ni effusion de sang. Dbut juillet, 63 des 68 femmes qui avaient t enleves quelques semaines plus tt par Boko Haram dans le village de Kummabza, dans l'État de Borno, ont fait faux bond leurs ravisseurs, occups affronter l'arme nigriane non loin de l. Le mme jour, des habitants de Chibok, la ville connue dans le monde entier depuis que plus de 230 lycennes y ont t enleves le 14 avril, taient Abuja pour rclamer l'ouverture de pourparlers avec Boko Haram. Ils ne veulent surtout pas que l'arme s'en mle.
C'est peu dire que les Nigrians, surtout ceux du Nord, n'ont pas confiance en leurs forces de l'ordre. Dcrites comme "cruelles", "dpasses" ou "corrompues" par ceux-l mmes qui souffrent au quotidien de la folie meurtrire de Boko Haram, l'arme et la police inspirent la mme crainte que les islamistes qu'elles sont censes combattre. Dans le sud-est du Niger, dans les environs de Diffa, o prs de 50 000 personnes ont trouv refuge ces derniers mois, on dit avoir fui tout autant les "razzias" de Boko Haram que les "excutions sommaires" des troupes rgulires.
"Pour eux, l'un ou l'autre, c'est la mme chose, explique un fonctionnaire international qui a recueilli leurs tmoignages. Quand l'arme est informe que Boko Haram est pass dans tel village, elle y pntre en force, s'attaque aux mosques, cherche de possibles collaborateurs et n'hsite pas en abattre."
Plus de 1100 morts en quelques jours

Il n'y a l rien de nouveau. En 2009, pour mettre fin la premire insurrection de ce qui n'tait encore qu'une simple secte, les soldats et les policiers n'avaient pas fait dans la dentelle, tuant nombre de ses membres, mais aussi des centaines de civils. À Maiduguri, le fief de Boko Haram, les forces de l'ordre avaient rassembl et excut tous ceux qui taient suspects. Entre le 27 juillet et le 1er aot, plus de 1 100 morts avaient t comptabiliss.
Les citoyens nigrians ne sont pas les seuls se mfier. Les militaires franais, les Amricains et les Britanniques ne leur accordent gure plus de crdit. Sarah Sewall, sous-secrtaire d'État amricaine pour la Scurit civile, a dnonc "la corruption qui empche des quipements basiques comme les munitions ou les vhicules de transport d'atteindre la ligne de front".
Plusieurs sources voquent en outre des "complicits" dont bnficierait le groupe islamiste au sein de l'arme. "Comment expliquer qu'ils aient le temps de quitter leurs camps d'entranement chaque fois que l'arme lance une offensive ?" s'interroge un haut grad franais. Et puis, il y a cette brutalit quasi lgendaire...
>> À lire aussi : Comment l'arme nigriane essaie de faire face Boko Haram
"Tirer dans le tas !"
À l'Élyse, on admet que si les lycennes de Chibok sont localises, tout sera fait pour viter que l'arme nigriane intervienne seule. "Ce serait un bain de sang", souffle un diplomate. À Londres, on n'a pas oubli le fiasco de la tentative de libration de deux otages, en 2012, dans la banlieue de Birnin Kebbi (Nord-Ouest). Nous sommes le 8 mars. Les terroristes sont sur le point de dplacer Chris McManus et Franco Lamolinara.
Le risque qu'ils disparaissent dans la nature est important. Dcision est prise de donner l'assaut. Pour ce faire, des membres des forces spciales britanniques assistent directement les Nigrians, mais c'est un chec cuisant : Boko Haram excute ses prisonniers. Selon les Britanniques, l'approche a t mene sans la moindre discrtion. Ébahis, ils ont vu les Nigrians charger furieusement, dans le dsordre, dans un fracas de cris et de rafales d'armes automatiques... L'opration a t conduite par la "crme" des forces de scurit ; elle rsume elle seule l'tat des forces de l'ordre du pays.
Pourtant, une partie des responsables politiques et militaires ne sont pas aussi apathiques qu'il est rpt l'envi. "Quoi qu'on en dise, c'est une bonne arme, combative et bien quipe. Nous aimerions avoir son niveau de comptence", soutient un gnral issu d'un pays voisin. "On sent une relle bonne volont de la part des autorits, tant politiques que militaires", assure un diplomate franais.
Mais la police et l'arme sont les hritires d'une histoire sanglante, jalonne d'erreurs et de dcisions hasardeuses. Lance en 2000, un an aprs la fin du rgime militaire, la rforme du secteur de la scurit, qui concerne l'arme comme la police, avait pourtant bien dmarr. Les salaires sont rehausss, les effectifs renforcs (40 000 policiers sont recruts chaque anne entre 2000 et 2004).
Mais les hommes ne sont pas toujours dploys l o il le faudrait, et certains d'entre eux sont peu scrupuleux ou physiquement inaptes. En outre, la formation est inadapte. Rsultat : la police (330 000 lments en 2005) devient vite un fardeau. Le 30 juillet 2009, ce sont d'ailleurs des policiers qui excutent Mohammed Yusuf, le chef historique de Boko Haram, au prtexte (auquel personne n'a jamais cru) qu'il aurait tent de s'vader. Cet assassinat aboutira la radicalisation de ses adeptes et la situation actuelle.
Abuja a fini par faire appel l'arme. En 2011, le gouvernement dploie 3 600 hommes dans le Nord-Est. Puis 2 000 autres en 2013. En mai de cette mme anne, l'tat d'urgence est dclar dans les trois États de l'Adamawa, Borno et Yobe. L'arme devient toute-puissante. Mais dans les villages, la rputation des soldats n'a rien envier celle des policiers. Et de fait, la rponse de l'arme Boko Haram pourrait tre caricature par cette formule lapidaire : "Tirer dans le tas !"
Certes, les soldats sont mieux forms que la police. Mais srs de leur impunit, mus aussi par la crainte que leur inspirent les combattants islamistes, ils ne font pas dans le dtail. À plusieurs reprises, les notables du Nord s'en sont plaints auprs du pouvoir central. En vain. Entre 2009 et 2013, 3 600 personnes ont t tues. Depuis le dbut de cette anne, 1 500...

Manifestation organise dbut mai Lagos, en faveur des lycennes de Chibok.
Akinitunde Akinleye/Reuters
Des villageois appeurs

À Chibok, le 14 avril, l'arme avait eu connaissance de l'opration que prparaient les islamistes. Mais la menace n'a pas t prise au srieux. Faute de mieux, un dispositif a t mis en place dans la hte par les commandants locaux. Dispositif trop lger et dispers : quand arrive Boko Haram vers 23 h 45, il vole en clats. Les soldats battent en retraite, suivis de villageois apeurs. L'chec est cuisant, et le prsident Goodluck Jonathan le paie encore aujourd'hui.
Mais que peut cette arme qui ne dispose pas de "forces spciales" dignes de ce nom ? Que peuvent les 8 000 hommes de la 7e division d'infanterie charge de scuriser une zone de prs de 155 000 km ? La Joint Task Force (JTF) qui lui est rattache aligne des hommes mieux forms, mais elle n'a rien d'une unit d'lite. Cre en 2011, elle mle des lments de la police et des armes de terre, de l'air, de la marine, qui ne sont pas forms au contre-terrorisme.
Boko Haram : richement dot et bien arm

Aujourd'hui, le Nigeria ne compte qu'un petit nombre de commandos et ne dispose pas de groupements capables de traquer des insurgs depuis les airs. Des efforts ont t faits ces dernires annes : un centre de contre-terrorisme a vu le jour en 2009. En janvier dernier, les États-Unis ont aid la mise en place d'un commandement des oprations spciales. Bientt, des soldats seront forms (par les Amricains) la tactique des petites units, aux patrouilles, aux oprations nocturnes. Ils pourront traquer les islamistes l o ils sont aujourd'hui intouchables, dans la fort de Sambisa ou aux frontires.
Le Nigeria, longtemps jaloux de sa souverainet, a fini par s'ouvrir l'extrieur.
Le Nigeria, longtemps jaloux de sa souverainet, a fini par s'ouvrir l'extrieur. "Ils n'acceptent pas de troupes trangres sur leur sol, mais ils sont prts cooprer dans le domaine du renseignement", rsume un diplomate franais. Pour la premire fois, en mai, Abuja a mme accept que la "question Boko Haram" soit discute au Conseil de scurit de l'ONU et que des sanctions soient prises l'encontre de ses dirigeants. "Ils ont pris conscience qu'ils n'y arriveront pas seuls", souligne notre diplomate.
Pour l'heure, l'arme nigriane le sait, elle n'est pas en mesure d'affronter un groupe terroriste aussi bien organis que Boko Haram. Ce mouvement "militairement dconcentr" (ses camps d'entranement sont lgers et phmres) et "richement dot", relativement "bien arm" aussi, qui bnficie, sinon du soutien de la population, du moins de son refus de collaborer avec les forces de l'ordre, est "difficile cerner", indique un officier franais. Au point que personne n'est en mesure d'estimer avec prcision le nombre de ses combattants.
Goodluck soigne son image
À dfaut de remporter la bataille contre Boko Haram, Goodluck Jonathan entend bien gagner la guerre de l'information. Le chef de l'État nigrian s'est du coup tourn vers Washington. Ou plutt vers K Street - du nom de cette artre de la capitale fdrale qui concentre le gotha de l'industrie du lobbying : le 13 juin, il a sign un contrat de 1,2 million de dollars avec le prestigieux cabinet Levick.
En plus d'influencer "les rcits publis dans la presse locale et internationale sur les efforts pour retrouver les filles enleves [en avril Chibok]", Levick promet de "mobiliser le soutien de la communaut internationale contre Boko Haram". En clair, de vendre les efforts de Goodluck... en campagne pour sa rlection en fvrier 2015. Levick s'est d'ores et dj offert les services de l'influent Jared Genser, un avocat qui compte parmi ses clients les Prix Nobel de la paix Desmond Tutu, Aung San Suu Kyi et Elie Wiesel. Quoi de mieux qu'un avocat de la paix pour dfendre une guerre !

Joan Tilouine

 

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