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Libye : les 7 erreurs qu'il ne fallait pas commettre

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Libye : les 7 erreurs qu'il ne fallait pas commettre

Libye : les 7 erreurs qu'il ne fallait pas commettre








Les incessants accrochages entre milices se sont transforms en une vritable guerre opposant les islamistes aux combattants de Khalifa Haftar. Il faut dire que, depuis la rvolution, rien ne s'est pass comme il aurait fallu.
Mine par de violents combats entre les groupes arms islamistes et leurs opposants, la Libye sombre dans la guerre civile. Prs de trois ans aprs l'euphorie de la victoire contre le rgime de Mouammar Kadhafi, les anciens rvolutionnaires n'ont jamais lch leurs armes, bien au contraire. De ce chaos ont jailli une coalition politique islamiste radicale et des groupes jihadistes qui affrontent les troupes du gnral la retraite Khalifa Haftar.
La myriade de conflits locaux s'est estompe pour laisser place cette grande guerre. L'État, qui n'a jamais russi exercer son autorit, gouverner et harmoniser des institutions embryonnaires, se rvle failli. La transition vers une Libye dmocratique a t seme d'embches, sans le soutien escompt de la communaut internationale, et freine par des erreurs politiques commises ds le dpart. Retour sur les raisons d'un fiasco.
1. Une transition mal prpare
Aprs six mois de combats avec l'appui de l'Otan, les rvolutionnaires librent Tripoli en aot 2011. Le Conseil national de transition (CNT), cr en fvrier de la mme anne, est pris de court : il n'a pas eu le temps de se pencher sur l'organisation de l'aprs-Kadhafi. Press par les puissances trangres qui ont jou un rle majeur dans la dbcle du "Guide", le CNT publie le 3 aot, Benghazi, une dclaration constitutionnelle.
La Jamahiriya n'a lgu ni institutions fortes, ni arme, ni administration, et la feuille de route du CNT ne tranche pas les questions les plus dlicates : forme de l'État, purge des lments de l'ancien rgime, fdralisme... Mais elle fixe des dlais, avec des rendez-vous lectoraux et la passation du pouvoir entre le CNT, organe rvolutionnaire, et un embryon d'État de droit.
La transition est cense durer moins de deux ans, et un dlai de soixante jours est prvu pour la rdaction de la Constitution. Irraliste. Élu finalement au suffrage universel en fvrier 2014, le "groupe des soixante" charg de cette mission n'a pas encore livr sa copie.
2. L'illusion parlementaire
En juillet 2012, la Libye organise ses premires lections lgislatives. Mme si le scepticisme domine, les partenaires internationaux font tout pour que l'on retienne l'image d'une fte dmocratique. Plus de 60 % des inscrits se dplacent.
>> À lire aussi : le Parlement cartel entre nationalistes et islamistes
Surprise : 39 candidats de l'Alliance des forces nationales, de Mahmoud Jibril, l'ex-Premier ministre de transition (de mars octobre 2011), sont lus, contre 17 pour le Parti de la justice et de la construction, manation locale des Frres musulmans. Sauf que le Congrs gnral national (CGN) compte 200 siges, dont 80 seulement sont rservs aux partis.
La comptition pour capter les 120 restants, lus individuellement, tourne l'avantage des islamistes, regroups en deux blocs : celui de la Fidlit au sang des martyrs, et celui des Frres musulmans et apparents. Faiblement dot en ressources humaines qualifies, souvent attaqu par des miliciens, le CGN donne une pitre image. Mais son premier prsident, Mohamed al-Megaryef, s'impose de fait comme chef de l'État.
3. La politique de la revanche
Selon l'ancien Premier ministre Ali Zeidan (de novembre 2012 mars 2014), "la loi d'isolation politique est la principale cause du chaos en Libye". Vote par le CGN, sous la menace des armes, en mai 2013, cette mesure de "dkadhafisation" entend exclure de la vie publique tous les collaborateurs de l'ancien rgime.
Une vengeance politique qui cible surtout les rares cadres et hauts fonctionnaires qui n'ont pas fui le pays, mais qui, bizarrement, pargne ceux des islamistes qui ont assidment frquent Seif el-Islam Kadhafi, l'un des fils du "Guide". Victime de taille : Mohamed al-Megaryef, en tant qu'ancien diplomate, dmissionne de la tte du CGN.
La loi pousse l'exil de nombreux patriotes qui ont particip au renversement de Kadhafi, tandis qu'au Caire, Johannesburg ou Tunis, certains de leurs adversaires rvent de revanche, financent des milices et dstabilisent plus encore le pays.
4. Fdralisme ? Califat ? Monarchie ?
À aucun moment au cours de ces trois annes, le fragile gouvernement ou le Parlement n'ont lanc un dbat de fond sur la forme politique de la Libye post-Kadhafi. Pour faire valoir les revendications des diffrentes parties, c'est une fois encore la force ou le boycott pratiqu par les minorits (Amazighs, Touaregs et Toubous) qui ont prim. Dans l'est du pays, longtemps dlaiss par Kadhafi, le courant fdraliste est puissant et mise sur le rejet des institutions de Tripoli.
Pourtant, la Cyrnaque est aussi confronte la plus forte insurrection islamiste. C'est dans cette rgion que, ds mai 2013, Ansar el-Charia diffuse un message saluant ceux qui oeuvrent "installer un califat" en Tunisie. De cette rgion, aussi, que de nombreux Libyens et des combattants trangers partent pour la Syrie ou l'Irak afin de combattre aux cts des islamistes.
Au point que la Libye apparat comme une plaque tournante de la mouvance jihadiste en Afrique du Nord. Il y a galement, pour finir, les nostalgiques de la monarchie, qui idalisent largement la stabilit du temps du roi Idriss (1951-1969).

Le 26 juillet, dans la capitale, des manifestants appellent la fin des combats.
Mahmud Turkia / AFP
5. La maldiction du ptrole
Riche de son or noir (qui reprsente plus de 90 % des revenus de l'État), la nouvelle Libye n'a pas su rformer ce secteur pourtant vital pour l'conomie. Malgr la mise en place par le CNT de comits d'enqute sur la gestion de la manne ptrolire sous l'ancien rgime, la rengociation de contrats passs et la volont affiche d'assainir cette industrie, l'opacit rgne toujours, provoquant l'ire des populations, qui exigent une meilleure rpartition des revenus du ptrole.
Le secteur est min par les tensions et les coups de force d'anciens rvolutionnaires. Charg de la scurit des installations ptrolires de Cyrnaque par le CNT puis par le gouvernement de transition, le chef de milice Ibrahim al-Jadhran a tourn casaque et s'en est empar.
C'est ainsi que, de juillet 2013 avril 2014, le centre nvralgique de l'industrie ptrolire libyenne a t paralys : les exportations ont chut de 1,5 million de barils par jour moins de 250 000. Cette crise a occasionn des pertes de plus de 13 milliards d'euros pour l'État, totalement discrdit. Les dputs islamistes en ont profit : en mars, sous leur pression, le Premier ministre, Ali Zeidan, a t limog.
6. Des milices qui font la loi
Aprs la guerre, le CNT s'est retrouv seul pour construire l'appareil scuritaire. Et son prsident, Moustapha Abdeljalil, a confi le maintien de l'ordre aux brigades rvolutionnaires places sous la tutelle des ministres de l'Intrieur et de la Dfense. Grave erreur !
Ils taient environ 30 000 combattants face aux troupes de Kadhafi ; ils seront plus de 250 000 hommes en armes servir des milices grassement payes par un gouvernement qu'elles dstabilisent... En l'absence de toute politique conomique, elles sont devenues les principaux employeurs du pays. Les imposantes milices de Misrata, Benghazi, Zintan et Tripoli font donc la loi et s'affrontent pour le compte de leurs tribus, rgions et idologies - plus que pour l'intrt national, dont beaucoup n'ont cure -, tout en entretenant des relations incestueuses avec les mouvements politiques, qui elles prtent leur force militaire.
Quitte enlever un Premier ministre (Ali Zeidan), des dputs, des diplomates, et multiplier les attaques contre les ministres et le CGN, les assassinats contre des juges, des militaires, des journalistes... Depuis le lancement par Khalifa Haftar de l'opration Dignit, le 16 mai, pour "purger le pays des islamistes", la bataille est frontale.
7. Le monde ne rpond plus
Pendant la rvolution, des pays du Golfe tels que le Qatar ont mobilis des hommes et des moyens aux cts de l'Otan pour appuyer les brigades rebelles. Mais une fois le rgime de Kadhafi renvers, les Occidentaux se sont brutalement dsengags. Si bien que, aujourd'hui, de nombreux acteurs de la dmocratie libyenne dplorent un "abandon" de la communaut internationale, regrettant un manque de soutien patent en matire de scurit, de dsarmement et de scurisation des frontires.
Certains États qui taient en premire ligne en 2011 n'ont pas eu leur "retour sur investissement", veut-on croire au sein du gouvernement. Et rapidement, des pays du Golfe se sont mus en parrains financiers d'hommes politiques, de milices ou encore de mdias. C'est ainsi que le Qatar et la Turquie ont largement soutenu les campagnes politiques d'anciens jihadistes, des Frres musulmans et de leurs allis, qui ont pris l'habitude de se retrouver rgulirement Istanbul.
Face eux, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Kowet appuient le camp anti-islamiste. Une faon de transposer sur le terrain libyen leur animosit envers le Qatar


 

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