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Quelle(s) tlvision(s) pour lAlgrie ?

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2014-10-02
 
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Quelle(s) tlvision(s) pour lAlgrie ?

Quelle(s) tlvision(s) pour lAlgrie ?






Si la tlvision est cense tre le miroir de notre socit, les Algriens ont parfois du mal y voir leur reflet. Les chanes de tl nous renvoient parfois une mauvaise image de nous-mmes, au point o lon se demande si elles sadressent bien nous.


Faut-il que nous soyons condamns la laideur pour que les nouvelles chanes, sur lesquelles tant despoirs taient fonds, nous servent encore les mmes programmes ? On voit bien quil y a des efforts pour faire diffremment, mais a ne passe pas. A part les micro- trottoirs dans lesquels nous avons limpression que les interviews disent ce quils pensent vraiment de leurs responsables, il ny a pas de diffrence notable. On a limpression que cest du rchauff, confie un tlspectateur assidu des programmes des chanes algriennes.
Les tlspectateurs ont le sentiment dtre coincs entre, dun ct, une chane propagandiste (lex-Yatima) et, de lautre, ses clones cathodiques ayant, eux aussi, le souci de ne pas froisser les hauts dirigeants.En fin de compte, la seule chose qui les intresse est que le contenu saligne sur la ligne ditoriale dicte en haut lieu, la qualit importe peu, rugit un fin connaisseur du secteur. Beaucoup slvent contre le traitement slectif jusqu la caricature de linformation aussi bien dans le public que dans le priv, ainsi que des sempiternels plateaux sur lesquels tout le monde est du mme avis. Dautres, comme les versions cathodiques des journaux El Chourouk et Ennahar concentrent leurs efforts sur les informations de proximit. On peut mme y voir un tonnant reportage sur El Hadi, le vampire de Ghardaa. Les dbats et les missions de divertissement drles et intelligentes manquent cruellement lappel.

15 000 DA le spot publicitaire
Bien sr, il est facile de jeter la pierre aux nouvelles tles. Mais la ralit est plus complexe, selon les patrons des chanes. Certains acteurs du secteur ne cachent pas leur honte de devoir proposer des missions en de de leurs ambitions. Le fait est que les programmes de tlvision cotent cher et quil bien difficile de proposer des missions de qualit car pour certaines chanes du moins leurs revenus ne le leur permettent pas. En labsence de rgulation, le passage publicitaire tournerait autour de 15 000 DA (il est de 300 000 DA lENTV). Il faut savoir que le march est trs frileux. Les annonceurs rechignent parfois placer des espaces publicitaires dans ce nouveau march, explique Tarek Yahia Cherif, directeur des programmes de Dzar TV.
La nomination de Miloud Chorfi la tte de lAutorit de rgulation de laudiovisuel (ARAV) permet de saccrocher un mince espoir. Cette nomination de M. Chorfi la tte de lARAV intervient trois ans aprs lapparition des chanes prives, a aurait pu se faire plus tt, explique Riad Redjdal, responsable de la production de la chane El Djazarya. Il poursuit : Tout le monde pensait que lARAV allait tre indpendante du milieu et de lenvironnement. Ce nest apparemment pas le cas puisquil serait patron de la chane El Ajwaa. Nous faisons nanmoins confiance sa conscience et son professionnalisme. Nous attendons de voir comment les choses vont voluer.
Pour lui, le plus important est que le nouveau responsable de lARAV dploie un vritable plan de travail permettant aux chanes davoir une meilleure visibilit.Le manque de perspectives freinerait les chanes. Il y a des contraintes tous les niveaux car il sagit dun secteur tout neuf, il est normal quil y ait du cafouillage au dbut. Laudiovisuel priv est encore au stade embryonnaire, nuance Tarek Yahia Cherif, directeur des programmes de Dzar TV. Malgr les difficults, le plus important est quaujourdhui ces chanes existent, il est indispensable de composer avec. Tout est faire, nous avons l un march mettre en place, dit-il, en dplorant le manque de donnes sur la qualit des programmes et labsence de syndicats dartistes et de producteurs. En gros, chacun fait comme il lentend !
Il faudra aussi sassurer que ces chanes soient la vitrine de notre pays car la tl est un vecteur pour exporter notre culture et nos coutumes, souligne le producteur de lexcellent Jornane El Gusto. Et de prciser : Pour faire une bonne chane de tlvision, il faut de largent et des comptences. Une chane de tlvision a besoin dau moins 50 millions de dinars (4 heures de programmes free). Pour 4 heures de programmes free par jour, une chane fonctionne 6 millions de dollars par an. Cest ce qui fait que les chanes patinent et proposent des programmes mdiocres et de mauvais got. Pour faire un programme de prime qui coterait un million de dinars, il faut faire 100 spots pour amortir les frais. Nous ne parlons pas de bnfices, explique Riad Redjdal.
Lautre point dachoppement qui heurte les nouvelles chanes concerne le manque de comptences. Si laudiovisuel tait structur, on pourrait former des directeurs photo et autres. Mais en ltat actuel des choses, on ne peut pas prendre des risques, souligne R. Redjdal. Au dpart, prcise M. Yahia Cherif, toutes les chanes avaient mis le paquet. Aujourdhui on temporise pour voir comment les audiences se dveloppent.
Les nouvelles chanes offshore se voient offrir un sursis prcaire et une fragilit financire qui arrangeraient certains cercles du pouvoir. Une tude ralise rcemment pour le compte de lEuromed invite nanmoins garder espoir : En dpit de la polmique et des vives critiques qua suscites cette loi auprs des professionnels de laudiovisuel, peut-on y lire, ladoption de la loi relative lactivit audiovisuelle constitue un pas en avant sur la voie de louverture irrmdiable du secteur audiovisuel et de sa libralisation. Les chanes ont t trs regardes durant le Ramadhan. Pendant lanne, les chanes trangres reprennent le dessus car elles ont les moyens doffrir des programmes de divertissement de bonne qualit, explique Riad Redjdal.
En plus de ses missions dinformer, divertir, amuser ou mouvoir, la tlvision se doit aussi de reflter les dsirs et les incertitudes de la socit.De lautre cot, lENTV, ex-Yatima, na pas chang. Contrairement au secteur priv, ce nest pas largent ni les comptences qui font dfaut. Des cadres de lENTV regrettent, en off, lisolement des comptences au sein de lentreprise. Le verrouillage dont a t victime lENTV depuis sa cration a eu pour effet de donner une version biaise des images du pays.
Un rapport ralis par Belgacem Mostefaoui et Khelil Abdelmoumne, La mission de service public audiovisuel, rapporte que les charges du triptyque de missions imparties sa naissance informer, duquer et distraire se sont rvles autant de dfis lourds affronter. A propos de lENTV, ils y rvlent : Dans un rapport daudit interne confidentiel ralis en 2004 (dont nous avons obtenu une copie), on peut lire le lot dcueils subis par lENTV : Lourdeurs bureaucratiques et fonctionnement cots croissants des appareils existants, corporatisme et rsistance au changement des personnels, vulnrabilit la comptition extrieure, intrusion permanente du politique, impossibilit de protger un quelconque monopole dmission face au progrs technologique (satellite notamment) qui facilite la diffusion des ondes...
Lauteur du rapport enfonce le clou : La logique administrative dans laquelle est confine la tlvision algrienne ne permet pas de mettre en ngociation la volont des professionnels et des dirigeants de la tlvision de rechercher une production de programmes performants tant du point de vue de la quantit que de la qualit et de la diversit, et les argentiers de lEtat qui se trouve, en ltat actuel des choses, le plus grand pourvoyeur en ressources financires lesquels soumettent lENTV la toise budgtaire commune et ne se rendent pas compte quils ltouffent financirement...

Non, lENTV na pas chang
La qualit des programmes se trouve ainsi relgue au second plan, ce qui pose la question de lalgrianit et du faonnement de lidentit algrienne. Toute la difficult est de prsenter des programmes en lien avec le patrimoine national sans tomber dans les clichs.
Tout se passe comme si loffre du diffuseur en matire de programmes de distraction (essentiellement la fiction) na pour seule ambition que de concurrencer celles des tlvisions satellitaires francophones et arabophones. Les rsultats de cette vellit sont tels quun autre pan du patrimoine tlvisuel est dilapid : celui de son gisement potentiel dauditoires, savoir les tlspectateurs algriens, peut-on lire dans le rapport de Belgacem Mostefaoui et Khelil Abdelmoumne.

Sur la chane publique, le taux de diffusion de films nationaux est estim 23,77%, alors que celui des films en langue franaise est de loin plus important avec71,32%. 13 films arabes ont t diffuss tout au long de lanne 2012, soit un taux de 4,91%.
Le directeur de la tlvision publique, Toufik Khelladi, qui semble conscient de ce dcalage, dclarait la veille du Ramadhan : Nous avons fourni un effort particulier pour algrianiser les programmes avec un taux de 89% contre 85% en 2013. Ce taux est de 100% pour Canal Algrie. Cest une manire de dvelopper la production audiovisuelle lextrieur de lENTV.

La tlvision ne doit pas tre seulement lil de la socit, elle est aussi son oreille. Selon le sociologue Pierre Bourdieu, le champ mdiatique, soumis la logique de march, manipule le tlspectateur. Mais ce dernier est-il dupe ? Bien que la tlvision algrienne ait forcment forg les gots des spectateurs, la profusion de paraboles qui enlaidissent les villes algriennes montre bien que, faute de trouver les chanes qui leur correspondent, les tlspectateurs sont partis voir ailleurs. Tout comme ils staient dtourns vers les chanes trangres au dbut des annes 1990, ils se tournent aujourdhui vers un nouvel espace de libert : internet.

Amel Blidi




 

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11:21 PM

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