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Pourquoi le terrorisme perdure en Kabylie Emir Abdelkader 0 2014-04-22 02:46 PM
Le Liban, terre des assassins tranquilles Emir Abdelkader 0 2014-02-28 05:46 PM
Les algriens heureux malgr tout ! Emir Abdelkader 0 2013-09-15 02:46 PM
Le terrorisme en Kabylie, jusqu quand Emir Abdelkader 0 2013-08-11 06:32 PM
malgr tout bladi nebghik......... ROSA 9 2011-06-07 05:33 PM

 
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jours tranquilles en Kabylie... malgr le terrorisme

Algrie : jours tranquilles en Kabylie... malgr le terrorisme




Quelques jours aprs l'excution atroce d'un otage franais par des jihadistes, on est loin de l'atmosphre de psychose dcrite par les mdias. Retour sur les lieux du crime.
Montagnes du Djurdjura, en Kabylie, 100 km l'est d'Alger. Pour accder au chalet o Herv Gourdel a pass la nuit du 20 au 21 septembre, il faut emprunter un chemin troit surplombant un ravin vertigineux, serpenter au milieu de cdres centenaires qui forment certains endroits des votes naturelles, ou encore slalomer entre les vaches famliques qui y paissent librement. Devant la btisse en pierre taille et aux tuiles rouges qui domine une clairire, des militaires bivouaquent au-dessus d'une dizaine de camions moteurs teints.
Au milieu d'un troupeau de vaches, allongs sur l'herbe, des soldats se reposent, devisent ou tapotent sur leurs portables. Devant le barrage permanent install l'entre du complexe touristique de Tikjda, partiellement incendi par des groupes arms dans les annes 1990, trois militaires en faction jettent peine un regard aux automobilistes qui se frayent un passage. À dix minutes de voiture plus au nord, sur le piton de Tizi Nkouial, 1 560 m d'altitude, une vingtaine d'autres montent la garde.
Difficile de croire que dans ce dcor fait d'alpages et de paysages lunaires s'est droul un drame qui a boulevers et rvuls la plante, et replong les Algriens dans les pires heures de la dcennie noire : la dcapitation, le 24 septembre, du touriste franais Herv Gourdel, 55 ans, par des lments de Jund al-Khilafa ("soldats du califat"), nouvel affid de l'État islamique (EI).
On est loin de cette atmosphre de traque, de gurilla et de psychose dcrite par les mdias.
Encore plus difficile de croire qu'une vaste opration ayant mobilis 3 000 hommes - dont des parachutistes -, des hlicoptres, une armada de camions et de blinds s'y est droule pendant une semaine pour tenter de retrouver les ravisseurs et la dpouille de l'otage excut. Ici, en ce dimanche 28 septembre, le calme rgne. Le dispositif a-t-il t lev ou surestim ? Toujours est-il que dans ce massif cheval sur les dpartements de Bouira, Tizi-Ouzou et Bjaa, dans les hameaux flancs de montagne, on est loin de cette atmosphre de traque, de gurilla et de psychose dcrite par les mdias.
"Ce coin est un havre de paix"
Issu d'une famille de bergers, Amar, 36 ans, vit dans ces pturages, avec ses vaches, son cheval et ses chiens, de la fonte des neiges du printemps jusqu'aux premiers flocons d'hiver. En ce dimanche caniculaire, son seul motif d'inquitude est une jeune vache qui tarde mettre bas. Les terroristes ? Amar dit qu'ils ont toujours rd dans le coin sans s'en prendre aux populations locales. La grande opration de l'arme ? "J'ai vu passer des camions remplis de soldats, mais ce n'est gure nouveau, confie-t-il. Les militaires passent souvent par ici." Alors, le soir, la belle toile, devant sa tl alimente par un groupe lectrogne, ce berger a du mal reconnatre ses montagnes, que l'on dcrit comme infestes de terroristes.
"Ce coin est un havre de paix, corrige Amar. Des familles et des touristes, y compris des trangers, y campent mme la nuit sans la moindre inquitude. Depuis la mort du Franais, le climat est devenu un peu pesant. Mais vous verrez que dans peu de temps la situation redeviendra normale. Des drames comme celui-l, nous, les montagnards, en avons tellement vcu qu'un livre ne suffirait pas les raconter." Ce fut le cas notamment en dcembre 1994, quand quatre pres blancs franais ont t mitraills par des islamistes dans leur maison Tizi-Ouzou, chef-lieu de wilaya (dpartement) et principale ville de Kabylie.
Ath Ouabane, l o Herv Gourdel aurait t enlev le 21 septembre. Dans ce village ras en 1958 par l'aviation franaise au plus fort de la guerre d'indpendance, les habitants sont partags entre affliction et colre. Ici, on tient rappeler que, par le pass, les villageois ont maintes fois repouss les assauts de groupes arms venus subtiliser leurs armes, se ravitailler ou les racketter. "Dj abandonn, Ath Ouabane est maintenant tristement entr dans l'histoire, maugre Dahmane, vieux retrait. Notre village n'a rien voir avec le rapt et l'excution de ce touriste."
Repaire du GIA
Makhlouf, enseignant dans le primaire, accable, lui, les autorits algriennes. "Plus de quatre-vingts citoyens ont t enlevs en Kabylie depuis 2005 sans que l'État ne bouge le petit doigt, peste-t-il. Mais quand c'est un Franais qui est kidnapp, l'arme dpche des milliers de soldats. À croire que la vie d'un Franais vaut celle de quatre-vingts Algriens."
La Kabylie, fief des groupes arms ? Il y a dans cette sinistre rputation une part de vrit. Cette contre montagneuse a en effet servi de repaire aux Groupes islamiques arms (GIA) ds le dbut des annes 1990, mais aussi aux maquisards nationalistes durant la guerre d'Algrie ou aux bandits d'honneur au XIXe sicle. Pendant plus de quinze ans, ses maquis touffus, ses grottes et ses ravins taient infests de terroristes, qui y pratiquaient assassinats, embuscades, faux barrages et autres rackets.
Hassan Hattab, fondateur du Groupe salafiste pour la prdication et le combat (GSPC), repenti depuis 2007, en a longtemps fait son QG. Droukdel, l'insaisissable chef d'Al-Qada au Maghreb islamique (Aqmi), s'y cacherait encore avec sa garde prtorienne. Si ces montagnes constituent encore des zones de repli, si des attaques contre les forces de scurit sont encore priodiquement signales, les terroristes n'y sont plus lgion.
Certains ont t limins, d'autres ont dpos les armes, et il s'en recrute de moins en moins. "À preuve, commente un officier rang de la lutte antiterroriste, personne n'est en mesure de fournir un chiffre crdible pour attester de la prsence de ces irrductibles du jihad." Aujourd'hui, des barrages militaires parsment tous les accs aux grandes agglomrations, comme Ath Yenni, Les Ouacifs, Larbaa Nat Irathen, An el-Hammam ou Azzefoune, et aux centaines de villages environnants. L'arme a install des campements et des casernes autour des grands massifs forestiers dont la surface globale s'amenuise au fil des ans en raison des incendies rcurrents.
Plus que l'activisme terroriste, c'est le banditisme et les enlvements qui inquitent la population. "La mort du Franais est rvlatrice de l'inscurit qui rgne dans notre rgion, dplore Amziane Medjkouh, 63 ans, prsident de la Chambre de commerce et d'industrie du Djurdjura. Des oprateurs privs locaux ont subi le mme sort sans susciter autant d'moi." Pour cet entrepreneur, la Kabylie a besoin de routes, de gaz de ville, de logements, d'emplois, de loisirs. "Elle a t marginalise, alors que ses coliers et lycens sont parmi les meilleurs du pays, souligne encore Medjkouh. Ces zones montagneuses ont besoin d'un programme spcifique pour les sortir de l'isolement. Une fois qu'elles seront dsenclaves, les terroristes ne pourront plus y mettre les pieds."
Chasse... au sanglier
Yakouren, 50 km l'est de Tizi-Ouzou. Pendant des annes, les forts de chnes-liges de cette grande bourgade ont servi de sanctuaire aux groupes d'Aqmi. On dit que les terroristes s'y sont terrs si longtemps que les animaux ne prenaient plus la fuite leur passage. Depuis quatre ans, les chasseurs de gros et de petit gibier se sont rappropri les lieux. "Hier, on y traquait les terroristes, aujourd'hui on y chasse les sangliers", plaisante Da El Hachemi, membre de l'Association des chasseurs d'Akfadou, agre par l'État. Rgulirement, lui et ses compagnons, dont des officiers, organisent des battues dans les lieux mmes o campent des jihadistes.
"Nous les avons croiss maintes reprises Yakouren, mais ils ne s'en prennent jamais nous, raconte Mohamed, un autre chasseur. Ils nous dissuadent d'emprunter certaines pistes ou de s'aventurer devant leurs campements, qu'ils pigent." L'anne dernire, ces chasseurs ont men une grande battue Mizrana, autrefois fief de Hassan Hattab, avant de revenir avec une vingtaine de sangliers. Ce 29 septembre, Da El Hachemi et ses amis en prparent une autre, prvue pour dbut octobre. Comme si de rien n'tait...
Col de Tirourda, dix minutes vol d'oiseau du chalet de Tikjda. Dans un bar-restaurant dont les larges baies vitres plongent dans la valle de la Soummam, des clients sifflent des bires jusqu' une heure avance de la nuit. Une file incessante de voitures et de camions montent ou descendent vers Tizi-Ouzou. Des automobilistes s'arrtent de temps autre pour acheter des canettes avant de reprendre la route. "Le malheureux touriste franais ? Il s'est trouv au mauvais endroit au mauvais moment", dplore un client.






 

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