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Y a-t-il un Shoah Business ?

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2014-10-19
 
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  Emir Abdelkader    
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Manqool Y a-t-il un Shoah Business ?

Y a-t-il un Shoah Business ?



Fille de rabbin, Tova Reich dnonce l'exploitation commerciale de l'Holocauste dans un roman hilarant qui a fait hurler aux Etats-Unis. Enqute sur un scandale annonc.

Ce sont les Laurel et Hardy de la Shoah : Maurice, le pre, dirige le muse de l'Holocauste Washington. Il est cynique, menteur, uniquement obsd par l'appt du gain. Norman, le fils, prside une socit qui attribue, contre forte rmunration, des licences officielles Holocauste compatible. Sa bote a pour clients tous les professionnels de l'humanitaire, qui, dans les domaines les plus divers, font commerce de la souffrance, animale ou humaine. C'est un march fort juteux.
Comment Norman et Maurice s'y prennent-ils pour remplir leurs comptes en banque sur le dos des victimes? Ils organisent des voyages privs Auschwitz pour milliardaires amricains prts contribuer, au nom de la mmoire estropie, leur petite entreprise. Leur numro est minable, mais, sur les lieux de la tragdie numro un, qui ne tomberait pas dans le panneau?
D'autant que Maurice n'hsite pas embellir son CV: il raconte volontiers comment, avec d'autres partisans juifs, il a russi rsister aux nazis, en tuer mme. Chaque fois, Norman, son fils, rit jaune. Il craint que les gros mensonges de son pre ne soient dcouverts et que, le scandale clatant, ils ne soient forcs de fermer boutique. Au moins Maurice a-t-il effectivement vcu l'Holocauste. Car lui, Norman, le reprsentant archtypal de la deuxime gnration, de quel hrosme peut-il se prvaloir?
Qu'avaient-ils fait pour mriter tant d'honneurs, tous ces gens de la deuxime gnration? Quelles taient exactement leurs vritables souffrances? Eh bien, ils en avaient bav, les pauvres bbs - eux aussi taient des victimes, on ne pouvait pas leur retirer a, et c'est ce qu'ils se rptaient rgulirement lors des runions de groupes de soutien des 2-G Anonymes dans les sous-sols des synagogues. [...] Soudain ces descendants poids plume se voyaient attribuer une gravit, une importance, tout le srieux et les rcompenses qui venaient quand on faisait de la lche ceux qui soufraient. Que pouvait-il y avoir de mieux? Tous les bnfices d'Auschwitz sans avoir en subir les atrocits - un Holocauste light.

Comme le Coca ?
"Mon Holocauste", roman thse?

La pilule de Mon Holocauste , on le voit, va sembler bien amre aux reprsentants officiels de la communaut juive. Pourtant, le roman de Tova Reich est loin d'tre une dissertation charge sur la victimisation comme maladie naturelle du judasme. Une satire, plutt, une farce la Mel Brooks, et dont l'auteur attribue la paternit tous les rois du genre: Juvnal, Swift ou Gogol.
La Shoah, dans le roman, attire des parasites en tous genres, juifs ou non, comme ce Mickey Fisher, un gourou tlvisuel qui semble atteindre l'extase dans le four crmatoire numro cinq, un barjo qui se dit affirmationniste et qui cherche Auschwitz l'nergie universelle de la transcendance.
Si thse il y a, dans le roman de Tova Reich, c'est plutt de montrer que l'Holocauste, comme Le Mont-Saint-Michel ou Notre-Dame, est malade de son succs. A force d'tre brandie en exemple par la plante entire, la Shoah a fini par incarner cet objet conceptuel vague o chacun peut maintenant retrouver les siens.
La Shoah ne serait plus une et indivisible, mais elle concentrerait dsormais toutes sortes de malheurs individuels qui l'invoqueraient tout propos. Non plus l'Holocauste avec un grand H, mais sa privatisation outrance, la manne infinie de sa commercialisation.
Tous les Holocaustes sont gaux , lit-on ainsi dans le livre.
Holocaustes unis, le groupe qui rassemble tous les Holocaustes, connus et inconnus, passs, prsents et futurs, occupe dsormais cette infrastructure [le Muse du Mmorial de l'Holocauste des Etats-Unis, NDLR]. [...] L'Holocauste juif se verra attribuer une place gale parmi tous les autres Holocaustes, ni meilleure ni pire, ni suprieure ni infrieure dans l'univers des Holocaustes. [...] Souvenez-vous, en matire d'Holocauste, un rat de laboratoire est l'gal d'un poulet gav qui est l'gal d'une baleine en voie d'extinction qui est l'gale de votre grand-mre.

"Ma famille a t dcime pendant l'Holocauste"

Mais qui est donc cette romancire dont on va dcouvrir en France l'humour ravageur? Quand on l'interroge par e-mail sur son parcours, Tova Reich reste vasive. Elle voque la Bible, qu'elle lisait en hbreu depuis sa plus tendre enfance.
J'ai grandi dans une famille de rabbins New York. J'ai d'ailleurs publi l'anne dernire, aux Etats-Unis, un livre largement inspir de mon exprience, et qui dresse le portrait d'une femme rabbin. Comme beaucoup de juifs dont les parents sont ns en Europe de l'Est, ma famille a t dcime pendant l'Holocauste. Le souvenir de ce gnocide n'a cess de me hanter tout au long de ma vie.

Le pre de Tova Reich vivait Oswie cim (connu sous son nom allemand, Auschwitz) avant la guerre, mais il dcide d'migrer aux Etats-Unis avant le dclenchement des hostilits. Il aura quatre enfants, trois garons - tous vont devenir rabbins - et une fille, Tova. A la maison, on parle hbreu, yiddish ou anglais. A 11 ans, Tova dcide qu'elle sera crivain.
Une romancire juive qui condamne ceux de son clan? Il n'en a pas fallu davantage pour que Mon Holocauste fasse scandale lors de la parution du livre en 2007 aux Etats-Unis - et pour que le tirage de 25.000 exemplaires, chez Harper Collins, s'puise rapidement. Difficile de comprendre, au passage, que les diteurs franais n'aient pas t plus rapides en publier la version franaise.
Aux Etats-Unis, la bataille des critiques s'organise en tout cas (le New York Times, parmi les plus virulents, condamnant un roman outrageusement rance et primitif). Mais Harper Collins a pu dgainer, avant que la bataille ne fasse rage, un texte trs logieux de la doyenne de la littrature juive amricaine, l'immense Cynthia Ozick (ne en 1928 d'migrants juifs qui avaient fui les pogroms en Russie, elle a grandi dans le Bronx):
J'ai dcouvert avec un bahissement croissant les mots stupfiants employs par Tova Reich dans "Mon Holocauste". [...] C'est un roman devant lequel on devrait tous se mettre genoux.

Et de lui tresser une couronne de lauriers supplmentaire :
Le statut tout fait mrit de Philip Roth comme satiriste amricain contemporain le plus acerbe fond comme neige au soleil dans le sillage flamboyant de Tova. Dans "Mon Holocauste" (ha! Ha! Rien que le titre!), elle est dix fois plus diabolique que Roth et cent fois plus sauvage. Il y a quelque chose, dans son effronterie intrpide, dans son imprudence hroque, susceptible d'offenser tout et tout le monde, ceux qui se pavanent comme ceux qui prient.

Lire"Pourquoi le monde n'a-t-il rien appris?"
Entretien avec Elie Wiesel
"La petite soeur juive de Jonathan Swift"

Tova Reich n'a-t-elle pas craint, en crivant le livre, de rveiller le rvisionnisme qui dort, en un temps o l'extrme droite fait partout bonne figure dans les sondages?
En rponse toutes les questions sur mon prtendu dsir de faire scandale, explique-t-elle, je ne peux dire qu'une chose: je suis pleinement responsable du livre que j'ai crit, mais on ne peut me tenir responsable de la manire dont il sera lu. Si je devais me soucier de la raction des gens, je ne pourrais m'engager dans un processus cratif qui obit des lois esthtiques propres et qui me permet de donner forme mes ides sans autre considration que celle de l'art.
Je suis alors, ce stade de la cration, totalement seule dans ce monde imaginaire que je cherche crer. C'est un moment bni et mystrieux. Je suis coupe du monde, de ses conventions et de ses impratifs. Jusqu' ce que j'merge finalement, hbte, comme aveugle par la lumire ambiante, et toujours stupfaite, aussi incroyable que cela puisse paratre, de dcouvrir que ce que j'ai crit pourrait choquer ou offenser.


Pour se justifier, l'auteur invoque donc la solitude de l'artiste. Ses sources sont Gogol et Tolsto, dit-elle, bien davantage que telle exprience particulire. Depuis qu'elle est toute petite, la petite soeur juive de Jonathan Swift (Cynthia Ozick) s'est donne la littrature. Une passion folle, un jardin secret aussi:
J'ai lu, lu, lu, crit, crit, crit. Toujours sans l'aide de qui que ce soit. C'est comme a que j'ai appris le mtier, comme a que je continue d'crire.

Rien d'tonnant, donc, ce que le style de Mon Holocauste frappe par sa puissance burlesque et son originalit. Comme dans cette scne innarrable o Maurice Messer cherche obtenir quelques millions de dollars de Gloria la milliardaire: il lui propose d'avoir son nom sur une plaque ou, mieux, sur le vritable wagon de la socit des chemins de fer polonaise, pile au milieu du troisime tage du muse, exactement comme ceux que les assassins utilisaient pour transporter les juifs jusqu'au camp.
En matire de transport, Maurice prfre quant lui la premire classe et il sjourne dans les plus luxueuses suites d'htel, dont les factures sont rgles sur le budget fdral, non pas pour son confort ou son prestige, Dieu l'en prserve, mais au nom des six millions de morts.
LireHaenel, Binet, Humbert... Enqute sur la Gnration Littell "Un raffut de tous les diables"

Une farce ? Sans doute, mais qui drange peut-tre parce qu'elle frappe juste. Le rabbin de la Synagogue nationale de Washington, Shmuel Herzfeld, ne s'y est pas tromp, qui, la sortie du livre, rappelait ses ouailles au devoir de spiritualit.
Regardons comment notre communaut commmore la Shoah. Il y a souvent un orateur distingu et un endroit prestigieux, et beaucoup de pompe et de crmonie. Mais est-ce commmorer les victimes ou est-ce servir ses propres intrts?

En France, Alain Finkielkraut a, dans le JDD, pris fait et cause pour le livre. L'diteur aurait-il pris la prcaution, comme aux Etats-Unis, d'en appeler un parrainage distingu pour dminer le terrain avant la sortie du livre? En pralable la pagaille annonce, laissons encore une fois la parole Cynthia Ozick:
"Mon Holocauste" est l'ouvrage impitoyable d'un gnie de la satire. Il fait partie des romans sociaux et politiques les plus lucides de ce dbut de sicle. En comparaison, "la Ferme des animaux", qui date du sicle dernier, ressemble une plainte vague. La sortie de "Mon Holocauste" va coup sr crer un raffut de tous les diables, mais si un livre le mrite, c'est bien celui-l. Et, pourtant, cet auteur vise tout sauf la destruction. Elle nous montre la profanation du souvenir de l'Holocauste. Tout ce qu'elle veut, c'est le restaurer.

Didier Jacob
Mon Holocauste, par Tova Reich,
traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Fabrice Pointeau,
Cherche midi, 360 p., 19,50 euros.
Tova Reich, bio express

Ne le 24 dcembre 1942 Liberty, dans l'Etat de New York, TOVA REICH a grandi dans une famille de rabbins orthodoxes. Elle a enseign dans les universits du Connecticut, de Washington et du Maryland. Elle est l'auteur de plusieurs romans, dont The Jewish War. Elle est la femme de Walter Reich, spcialiste de la Shoah et ancien directeur du Muse de l'Holocauste Washington. Elle est mre de trois enfants.


Photo : copyright Claire Sibonney.
Enqute parue dans "l'Obs" du 2 octobre 2014.




 

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