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Le livre qui raconte Mokhtar Belmokhtar

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Le jihadiste algrien Mokhtar Belmokhtar retir en Libye ? Emir Abdelkader 0 2014-04-15 12:15 PM
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2014-10-24
 
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  Emir Abdelkader    
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Le livre qui raconte Mokhtar Belmokhtar

Le livre qui raconte Mokhtar Belmokhtar






Grce des documents exceptionnels procs-verbaux denqutes de police et dauditions, tmoignages indits le journaliste mauritanien Lemine Ould M. Salem signe le premier portrait de Mokhtar Belmokhtar, Le Ben Laden du Sahara*. Comment cet obscur combattant islamiste est-il devenu le plus clbre chef djihadiste dAfrique du Nord et de lOuest ? Comment a-t-il russi simplanter au Sahara ? Quels sont les hommes qui ont crois sa route ? El Watan Week-end en publie des extraits.


De son implantation dans le Sud
Le Sud dont il est originaire est encore pargn par les 40 troubles ns de linsurrection islamiste. Pas dattentats, ni de faux barrages ou daffrontements, comme cest le quotidien dans le reste du pays. Du moins jusqu ce que lui-mme arrive dans sa ville natale vers juin 1993. Belmokhtar prend peine le temps de retrouver sa famille et ses amis. Il est press douvrir un foyer de gurilla dans la rgion. Avec une poigne de proches, il met sur pied un noyau dont il entend faire le fer de lance du djihad dans tout le sud du pays. Il cre un petit groupe arm dnomm la Katibat As Shahada, ou Brigade du martyre, affili au Groupe islamique arm (GIA).
La katibat de Belmokhtar na pas beaucoup de moyens, mais son chef est assez dtermin pour que trs vite il parvienne mener de petits coups dclat. Sa premire action est sanglante. Elle a lieu en 1993, quelques mois seulement aprs son retour Ghardaa, sa ville natale. A la tte dun petit commando, Belmokhtar attaque une patrouille de police la lisire de la ville. Treize policiers sont tus dans cette opration et leurs armes rcupres par le commando. La Brigade du martyre installe aussi des faux barrages. Ce procd, qui consiste dguiser des djihadistes en gendarmes en faction sur une portion de route isole pour oprer des braquages, va vite devenir une des marques de fabrique du groupe qui organise plusieurs attaques surprises sur les routes du Sud algrien.
Ses cibles prfres dans ce genre doprations sont les convois des compagnies dhydrocarbures travaillant dans la rgion que la petite bande braque pour semparer de leurs cargaisons, des camions ou des vhicules tout-terrain, qui sont plus tard vendus au march noir dans les pays limitrophes. Largent amass sert renforcer larsenal militaire du groupe, mais aussi pourvoir en armes les autres maquis installs dans le nord du pays. Ds 1994, nous avons reu des informations crdibles comme quoi Belmokhtar se fournit en armes de guerre et en munitions dans plusieurs pays de la rgion, y compris la lointaine Guine-Conakry et le Tchad. Je ne parle mme pas du Mali, du Niger ou de la Mauritanie o Belmokhtar a longtemps t presque chez lui au vu et au su de tous. Le plus souvent, ce sont des hauts grads de larme locale qui lui vendent les armes. Tout le monde le sait dans la rgion, y compris les plus hautes autorits de ces pays. Mais je ne sais pas pourquoi, personne na jamais voulu mettre un terme cette situation. Il payait sans doute trs bien les chefs militaires qui taient en affaire avec lui, accuse Ahmed, un ancien commandant touareg de la gendarmerie malienne, longtemps charg des services de renseignement dans le nord du Mali, aujourdhui install ltranger.

Le rapprochement avec Bencheneb
Originaire de la ville de Ouargla, une des grandes oasis du dsert, 780 km au sud dAlger, ce jeune quinquagnaire est un parfait francophone, ce qui est exceptionnel dans la galaxie islamiste. Mohamed Lamine Bencheneb, dit Tahar, a suivi des tudes suprieures de mathmatiques, discipline quil a longtemps enseigne dans un lyce de sa ville natale. On ne lui connat gure dengagement politique ancien, si ce nest quil tait de temps en temps rvolt par la misre des gens du Sud quil estimait dlaisss par le gouvernement.
A partir de 2004, Bencheneb disparat cependant, avant de rapparatre la tte dun petit mouvement autonomiste qui ninquite gure les autorits, mme lorsquil tente dabattre un avion de ligne algrien en 2007, prs de la ville de Djanet. Les ides de Bencheneb trouvent un cho auprs de la population. Arabes ou Berbres touareg, beaucoup dAlgriens du Sud adhrent son discours. Son groupe, devenu le Mouvement des fils du Sud, se transforme en Mouvement des fils du Sud islamique.
Lintgration dans le giron djihadiste est dj en marche. Elle sera officielle quand, lautomne 2012, lancien prof de maths diffuse une vido o il annonce son soutien au chef djihadiste Mokhtar Belmokhtar qui, avec ses allis du Mujao, vient dannoncer lgorgement dun responsable consulaire algrien kidnapp Gao lors de lentre des djihadistes dans cette ville en mars 2012. Pour les autorits algriennes, ctait trop tard. Lancien enseignant francophone est perdu jamais. Bencheneb a dfinitivement pous la cause du djihad et ses hommes sont dsormais la disposition de son mentor Belmokhtar. Sans eux, il ny aurait sans doute jamais eu dIn Amenas.

La stratgie de lextension du djihad dans le Sahara
Trafiquant ou pas, en tout cas, Belmokhtar na jamais oubli la raison initiale qui la amen descendre dans le dsert : tendre la guerre sainte dans le Sud algrien et au-del, dans lensemble du Sahara. Ainsi, le 5 mai 1995, son groupe assassine cinq cooprants trangers prs de Ghardaa, dans une opration contre les locaux de la compagnie algrienne Anabib, sous-traitant de la compagnie dhydrocarbures Sonatrach. Les victimes sont deux Franais (Richard Machabert et Jean-Claude Cordjon), un Britannique (Edward Wilson), un Canadien (Janer MacGari) et un Tunisien (Moustapha Zemrili).
Limpact de cet attentat est tel, au sein des rangs djihadistes, que la direction du GIA dcide de transformer la petite Brigade du martyre en un vritable mirat, cest--dire une circonscription autonome. De chef adjoint au dpart, Belmokhtar est en quelques mois dsign mir gnral de la rgion. Il entreprend aussitt de multiplier les recrutements. Le djihad tant un fard ayn, une obligation absolue pour tout musulman, comme il la dj appris lors de son sjour afghan, Belmokhtar sillonne le dsert pour convertir les populations locales aux thses djihadistes.
Les premiers ressortissants des pays du Sahel devenus djihadistes ont t recruts par lui cette priode-l, se souvient un responsable des services de scurit de la sous-rgion. Belmokhtar semploie aussi tablir des liens avec les organisations islamistes susceptibles daider linsurrection en Algrie. Lune delles attire particulirement son attention : Al Qada, dont les chefs taient cette priode bass Khartoum, au Soudan.

De sa rivalit avec Abou Zeid
Les Canadiens sattendent alors quitter les lieux immdiatement. Ils doivent encore attendre. Robert Fowler sinquite et ose demander linconnu qui vient de lui annoncer leur libration : Mais vous navez pas dit que nous tions libres ? Oui, mais il y a un petit problme, rpond ce dernier.Les otages remarquent une vive agitation au sein dun groupe de djihadistes dont Belmokhtar fait partie. Ce dernier semble nerv, face un petit homme la frle silhouette qui parat le contrarier. Arriv il y a peu au camp, il nest pas seul. Des dizaines dhommes puissamment arms laccompagnent. Malgr sa petite taille et ses gestes sans envergure, il a lair dun personnage important. Belmokhtar et lui sont entours de leur garde rapproche et le reste de leurs hommes se tient juste derrire eux. Y a-t-il un dsaccord entre linconnu et Belmokhtar sur leur libration ? Comment cela va-t-il finir ? Leurs hommes vont-ils saffronter ?
Bien plus que durant les quatre mois passs en dtention, les Canadiens sentent que cette fois leur vie est en danger. Ils vont soit se faire descendre sur ordre du petit chef manifestement oppos leur libration, soit se retrouver pris dans un immense feu de tirs croiss, les deux groupes tant lourdement arms. Plus tard, ils apprendront que Belmokhtar tait en colre parce que son visiteur, qui avait enlev un groupe de touristes en janvier, ne voulait pas librer deux femmes, une Allemande et une Suisse que les deux missaires taient galement venus chercher.
La tension est vive quand, brusquement, Belmokhtar se retourne vers ses hommes et leur ordonne de se mettre autour du vhicule des otages. Dun geste de la main, il tape sur la carrosserie et ordonne au conducteur Baba Ould Choueikh : Partez, partez tout de suite. Sans broncher, ce dernier sexcute, les mains tremblantes sur le volant. Filant vivre allure, malgr ltat cahoteux de la route, il manque plusieurs reprises de renverser son puissant pick-up. Evitant tout lieu de vie, il trace tout droit en direction de Gao, la premire grande ville malienne, classe alors en zone sre. Mais trente kilomtres du camp des djihadistes, il sarrte.
Les deux mdiateurs tentent de joindre leurs patrons. Le Malien choue parler avec son prsident, tandis que le Mauritanien parvient facilement avoir le prsident du Burkina Faso, qui tient parler aux otages. Ces derniers le remercient vivement. Il faut attendre la trente-cinquime heure aprs leur dpart pour que les Canadiens entendent enfin les voix de leurs proches dont ils nont aucune nouvelle depuis leur captivit. A cet instant, ils sont dfinitivement sauvs. La ville de Gao, leur destination do ils doivent tre achemins vers Bamako, avant de rentrer chez eux, montre alors ses premires habitations.
Cest au cours de ce pnible trajet que les otages vont apprendre que lhomme qui sopposait la libration des deux femmes et qui a probablement failli faire capoter la leur ntait autre que le clbre Abdelhamid Abou Zeid, mir dune autre katibat dAQMI.

Mlanie Matarese




 

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