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L'cole en France, "un systme irresponsable et cruel"

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2014-10-25
 
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Manqool L'cole en France, "un systme irresponsable et cruel"

L'cole en France, "un systme irresponsable et cruel"



Mara Goyet, auteur de "Jules Ferry et l'enfant sauvage" sorti la rentre, dbat trs librement de son exprience de professeur.

Mara Goyet, professeur d'histoire-gographie, porte un regard afft et plein d'humour sur l'cole et ses travers. Le premier de ses livres, "Collges de France", publi en 2005, avait pris de court le monde un peu confit de l'Education nationale. Avec son criture inventive et sa manire de coller aux absurdits du systme, il dtonait.


La jeune femme a poursuivi son travail de sape dans "Tombeau pour le collge" paru en 2008, puis dans "Collge brutal" en 2012. Le nouvel opus paru la rentre, "Jules Ferry et l'enfant sauvage.



Sauver le collge" (1), est une nouvelle dnonciation des faux-semblants et des prtentions l'oeuvre dans l'Education nationale.




Votre livre est une plonge singulire dans le quotidien de la classe. Cette chronique est aussi une charge contre une machine ducative qui mouline souvent vide, au dtriment des lves...

- Il y a beaucoup de livres sur l'cole mais on est encore trop peu dcrire prcisment nos cours. Le milieu de la classe est soigneusement vit. On se focalise sur la transmission pure, sur les grands dbats et on nglige les -cts, comme si ce n'tait pas intressant. Or c'est la description de ce qui se passe dans la classe, des imprvus, des accidents, de nos ractions, de celles des lves, le tout associ la ncessit de faire le programme, qui est la cl de toute solution.


On est loin de la figure de l'enseignant en majest...

- Cette figure-l nous encombre ! Elle fait peser une norme chape d'interdits dont on met des annes se dlester. Au dpart, c'est rgulateur. A terme, la rigidit nous guette. J'ai mis du temps comprendre qu'en voulant tre un "beau prof", en craignant de s'abaisser, en ayant peur de mettre l'lve au centre du systme ducatif par crainte de se voir transform en larbin ou en bonne d'enfant, on cherche en ralit sauver, non l'cole, mais soi-mme. En fait, il faut devenir un "bon prof". On est l pour servir, pour tre efficace. C'est l qu'est notre grandeur.

Vous voquez une dshumanisation de la relation entre l'enseignant et l'lve. O la voyez-vous ?


- Nos dbats sur l'ducation parlent toujours d'un lve abstrait. Ils sont trs loin des lves incarns. Or le systme est concrtement dur pour beaucoup d'entre eux. Il manque incroyablement de ractivit. On laisse des enfants souffrir pendant des annes, avoir 2 de moyenne du CP jusqu' la troisime, en saupoudrant du soutien. Et finalement, 150.000 jeunes disparaissent chaque anne dans la nature. Un jour, ce sont nos lves ; le lendemain, ils ne reprsentent plus rien. C'est irresponsable et cruel.

Pour enrayer cet chec, le ministre promeut un meilleur accueil des tout-petits. Qu'en pensez-vous ?


- Tout dpend, encore une fois, de ce qui se passe dans la classe. Le but de l'cole est de transmettre, d'expliquer, de faire en sorte que les lves comprennent, qu'ils progressent. Et de vrifier constamment, continment, qu'ils ont vraiment appris. Or on ne le fait pas. On ne se retourne jamais, on avance. Lentement. Quand arrive un examen, c'est trop tard. On n'agit pas de faon vritablement responsable avec les enfants qui nous sont confis. Ou plutt, on ne sait pas o se situe notre responsabilit, on n'a pas de moyen de l'valuer. Etre srieux, a ne suffit pas.
Quant la responsabilit de l'institution... nos ministres ne "sentent" pas le terrain. Sous Sarkozy, le corps enseignant a t assomm. Avec Vincent Peillon, ce n'tait pas le Grand Soir, mais on avait le plaisir d'avoir quelqu'un qui s'y connaissait, qui tait bienveillant. Mais enfin, l'omniprsence des rythmes scolaires, quel norme plantage ! Ou encore les "ABCD de l'galit"... Montrer Louis XIV avec des noeuds dans les cheveux, franchement ! Cet enseignement n'tait pas idologiquement dangereux, il tait pdagogiquement inepte ! Il faut arrter avec les kits, les mallettes, on ne joue pas la dnette, on enseigne.

De grandes lois visent tout de mme amliorer le systme : en 2005, l'cole au service de la russite de tous les lves. Ou encore en 2013, la refondation de l'cole !


- Il y a toujours ce dcalage entre les bonnes intentions et la ralit. On nous parle du plan numrique, par exemple. Mais dans les classes, il y a des problmes de luminosit faute de rideaux efficaces. On ne voit pas le tableau blanc interactif ! Le numrique d'accord, mais avec des stores ! Ca pourrait tre un bon slogan. De la mme manire, on nous embarrasse de protocoles et de lubies. En cinquime, en gographie, il y a, par exemple, la manie de l'tude de cas. On part d'un cas prcis et on finit par arriver, pniblement, au coeur du sujet. C'est atrocement lent, rptitif. Au bout de cinq minutes, les lves ont tous compris, par exemple, que l'on est moins bien soign au Burkina Faso qu' Neuilly... On perd du temps par esprit de srieux.

Vous revenez souvent sur cette ide que l'cole ne prend pas en compte les lves tels qu'ils sont...


- Elle ne se proccupe ni des lves ni du monde dans lequel ils vivent. On fait semblant d'affronter les dfis du collge unique, mais au fond, on n'a pas chang notre manire de travailler. On pense qu'il suffit de faire un cours, une fois, trs bien, dans le silence, avec beaucoup d'autorit, d'rudition, et mme peut-tre, de capacit transmettre, pour que a marche. Mais les lves ne sont pas des pages blanches. Ils ont des moyens de s'informer eux, un univers plein de parodies, de rflexes, de reprsentations. Le fait qu'on ne tienne pas compte des gens qu'on a en face de nous n'est pas un signe d'exigence ou de puret pdagogique : c'est mufle et scandaleux.


Quelles pistes proposez-vous ?

- Chercher tre efficace, sans a priori. Accepter que la classe n'est pas un milieu chimiquement pur, que le cours est fait d'incidents qu'il faut exploiter, pas nier, sinon c'est le ressentiment assur... Il faut constamment ractiver ce que les lves ont acquis, gagner en cohrence. Revenir aux cadres. En histoire, ma matire, ce sera la chronologie, par exemple. Mais aussi crer des maillons intermdiaires entre le savoir et la culture des lves, sinon tout est vite oubli, on construit sur du sable. Il faut se librer.


Je travaille sur des films en ducation civique. Fainante ? Non. Si un film fait mieux passer une ide que moi, je ne vois pas pourquoi je m'en priverais. Il faut tre pragmatique : on pleurniche parce que les lves ne bossent pas la maison. Eh bien, s'ils ne travaillent pas chez eux, on les fait rviser en classe. Bonne nouvelle, les lves adorent a, les rvisions, les quiz. Le but c'est qu'ils apprennent, non ?

Ils passent dj huit heures par jour au collge. Ne pensez-vous pas que cela devrait suffire, comme temps d'tude quotidien !

- Dominique Borne, le doyen de l'Inspection gnrale en histoire-gographie, quand j'tais stagiaire, nous avait dit : "Le travail, c'est en classe. L'galit, c'est en classe. L'ingalit, c'est le travail la maison." J'en tiens toujours compte.

Vous rvez de recruter diffremment les futurs professeurs ?



- Au Capes, on a une preuve qui est cense ressembler un cours, mais on la passe devant des membres du jury qui viennent de bouffer, qui sont en train de digrer, dans une salle o il fait 35 degrs... Ca ne ressemble qu'en partie une classe. Pour imaginer ce que le prof va donner en situation, il manque l'alerte incendie, une mouche qui tape au carreau, un marteau-piqueur dans la rue, des questions absurdes, une trousse qui tombe.

Ou un lve agressif, qui menace le bon ordre de la classe ?


- Un chahut ? La plupart des enseignants n'en auront jamais. Mais cela se travaille. On a tous des techniques de dsamorage, parfois idiotes, arbitraires : pour ma part, les lves n'entrent pas dans la classe avec les mains dans les poches, ils me disent bonjour en me regardant, et ils attendent debout derrire leur bureau. Avec les rituels de dbut de cours, et de fin de cours, le dlire au milieu du cours devient de moins en moins pensable...

Jugez-vous que ce soit bien d'envoyer les jeunes professeurs en ZEP ?


- J'exerce maintenant dans un collge du centre de Paris mais toute mon exprience me vient des 11 annes que j'ai passes en ZEP (zone d'ducation prioritaire). C'est la meilleure cole du monde. D'ailleurs, je ne vois pas d'autre solution. Personne ne veut y aller. Je ne pense pas vouloir y retourner en tout cas. Pas sr, d'ailleurs, qu'on y soit meilleur 40 ans qu' 25. Mais c'est incroyablement formateur. Avec la ZEP, on sait tout faire. Le problme, c'est qu'il ne devrait pas y avoir des endroits o il est si dur d'enseigner. Il faudrait affronter la question pour de bon.


Propos recueillis par Caroline Brizard - L'Obs





 

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