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ISRAEL. Ces Franais qui s'engagent dans Tsahal

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2014-11-29
 
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ISRAEL. Ces Franais qui s'engagent dans Tsahal

ISRAEL. Ces Franais qui s'engagent dans Tsahal

De plus en plus de jeunes juifs quittent la France et s'enrlent dans l'arme isralienne. Enqute sur un phnomne qui fait polmique.

C'est sa dernire soire Tel-Aviv. Il a programm son rveil 5 heures du matin, prpar son sac dos, pass un ou deux coups de fil, et maintenant il est assis face la Mditerrane, une bire la main, sur une chaise en plastique rouge du Caf La Mer. Benjamin (1) a 20 ans. Il a grandi dans le Val-de-Marne au sein d'une famille juive d'origine marocaine, et pass son bac au lyce confessionnel Ozar Hatorah, dans le 13e arrondissement. Il tait Paris, cet t, au moment de l'opration Bordure protectrice Gaza.
Le cocktail Molotov jet contre une synagogue, les cris de "mort aux juifs", j'avais l'impression que la guerre arrivait en France. Je me suis demand si ma place tait encore l, dans un pays o je ne peux plus descendre dans le mtro avec une kippa..."

Il est parti "tout seul", a pris des cours d'hbreu, visit le pays, puis s'est inscrit Mahal, un programme de volontariat destin aux trangers qui souhaitent s'enrler sans devenir israliens. Demain, l'aube, il part dans le Golan rejoindre Kfir, la plus grande brigade d'infanterie de Tsahal, spcialise dans la lutte antiterroriste. Benjamin, baskets, blouson de cuir et smartphone, recevra alors son uniforme kaki, son fusil M16, sa carte de soldat et des plaques son nom... Il sait qu'il peut "mourir" ou revenir "avec un bras en moins".
Dans la matine, la gare de Haganah, au centre de Tel-Aviv, un militaire de 20 ans a t tu d'un coup de couteau par un Palestinien des environs de Naplouse. Le pays s'embrase de nouveau. Et, en France, la polmique sur les soldats franais de Tsahal enfle. A l'Assemble nationale, deux dputs viennent d'interpeller le gouvernement. Jean-Jacques Candelier (Gauche dmocrate et rpublicaine) a demand si "des poursuites judiciaires seront engages l'encontre des Franais servant dans une arme de colonisation trangre" et Pouria Amirshahi (PS) a rclam des clairages sur "la dmarche de ces jeunes" qui "aliment[e] les tensions entre les peuples et import[e] [...] un conflit qui met en danger l'unit nationale".
"Soldats sans famille"

Cet t, la vido d'un soldat franais dclarant la frontire de Gaza : "Si Dieu veut, on rentrera tous la maison" avait t poste sur YouTube. Elle continue de dchaner le web. Extrait d'un commentaire :"Rentrez en France, bande de sales chiens de sionistes. Votre tte sur le trottoir et marche arrire et avant pour tre sr que le taf soit bien ralis."
En Isral, on les appelle hayalim bodedim ou lone soldiers, les "soldats sans famille". Ils sont peine sortis de l'adolescence, n'ont longtemps connu de la guerre que les images retransmises la tlvision, mais ils ont laiss parents, frres, soeurs, amis, des milliers de kilomtres, pour dbarquer ici.
La plupart font leur alya (en hbreu : "ascension" en Terre sainte), prennent la nationalit isralienne et s'engagent dans Tsahal (voir encadr). D'autres choisissent, comme Benjamin, de ne pas devenir israliens et de rejoindre l'arme dans le cadre du programme de volontariat Mahal, l'acronyme de Mitnadvei Chutz LaAretz, qui dsignait dj les trangers venus combattre lors de la cration d'Isral en 1948. Marches sous le cagnard avec des kilos de matriel sur le dos, nuits sans sommeil, krav maga (technique d'autodfense)...
J'ai t incorpor en 2006 quelques jours avant le dbut de la guerre du Liban, raconte Elie, 27 ans, parti de son 19e arrondissement natal aprs le bac. L'entranement tait trs prouvant et on se demandait chaque soir si on allait tre envoys combattre le Hezbollah. J'ai failli craquer, je me demandais ce que je faisais l alors que j'aurais pu rester tranquille derrire un bureau. Mais j'avais envie de dfendre Isral, de faire l'arme comme on l'imagine, pas comme cuistot prparer les gamelles."

Ils seraient aujourd'hui 3 000 hayalim bodedim venus de tous les pays du monde, parmi lesquels 500 Franais dont une cinquantaine de volontaires Mahal. Et le phnomne s'amplifierait depuis une dizaine d'annes. C'est ce qu'on entend, ici ou l, mais il est difficile de vrifier les chiffres. Ct isralien comme ct franais, les bouches se ferment quand on aborde le sujet. Un porte-parole de Tsahal : "Pour des raisons de scurit, nous ne pouvons accepter de participer cet article." Son homologue au Quai-d'Orsay : "Nous n'avons pas d'lments, ni de statistiques communiquer."
Sances d'informations en France

Lors de chaque conflit, pourtant, il y a des morts et des blesss parmi les lone soldiers franais. En 2006, Yohan Zerbib, tireur d'lite, venu de Montrouge, a t tu par un clat d'obus au Sud-Liban l'ge de 22 ans. Cet t Gaza, Jordan Bensemhoun, originaire de Vnissieux, sergent-chef au sein de la brigade Golani, n'a pas survcu aux combats du quartier de Chajaya.
Trois autres Franais ont t blesss. L'un d'eux, Gabriel Benham, n'tait pas citoyen isralien. Surpris dbut aot dans une chambre de l'hpital de Beer Sheva par une camra d'i>Tl, il racontait s'tre engag aprs la prcdente opration Gaza, Pilier de dfense, en 2012 : "J'tais chez moi en France et j'ai vu a la tl. Je ne trouvais pas a juste qu'ils se battent ici pour leur pays. Je me suis renseign. J'ai vu qu'il y avait un volontariat qui s'appelait Mahal. Je n'ai pas rflchi. Je me suis inscrit."
Isral encourage le mouvement. Fin aot, une grande soire organise au Thtre de Jrusalem rendait hommage aux combattants franais du front gazaoui en prsence du prsident de l'Etat hbreu. Son arme organise aussi, rgulirement, des sances d'information sur le territoire franais.
Pic des appels

Le 26 mai dernier, en fin d'aprs-midi, un officier de Tsahal a ainsi donn une confrence sur la politique de recrutement la grande synagogue de la Victoire, dans le 9e arrondissement de Paris. Avec possibilit d'"organiser des rendez-vous" pour les "questions personnelles", comme prcis sur le site de l'ambassade d'Isral. Et des programmes de dcouverte (Sar-El, Marva) envoient, chaque anne, plusieurs centaines d'adolescents travailler bnvolement dans des bases militaires, nettoyer le matriel, installer les camps...
Mais c'est surtout chaque conflit que les candidats affluent. Au bureau parisien de l'Agence juive, l'organisme charg de l'immigration, on a not un pic des appels, la mi-juin, aprs l'enlvement et le meurtre de trois adolescents juifs prs des colonies de Goush Etzion, en Cisjordanie. En juillet et aot, lors de l'opration Gaza, la moyenne est monte dix coups de fil par jour.
"Nous leur avons rpondu de nous recontacter l'automne s'ils taient toujours partants, raconte un conseiller. En gnral, au premier entretien, lorsqu'on leur explique la ralit du terrain, qu'ils sont en premire ligne, qu'ils risquent leur vie, qu'ils restent rservistes et peuvent tre rappels en cas de conflit jusqu' 51 ans, beaucoup renoncent. Et puis les conditions d'enrlement sont strictes, pas de maladie transmissible par le sang, pas de problmes psychologiques, pas de dmls avec la justice, pas de discours contradictoires..."

Une centaine de jeunes ont quand mme t slectionns cet t. Ils ont t envoys Ashkelon et Ashdod pour fabriquer des colis destins aux soldats. La seconde Intifada, au dbut des annes 2000, a servi de dclencheur pour Joachim, 26 ans. Un pre mdecin, une mre dentiste, une vie toute trace dans la sant. Il a abandonn sa premire anne de mdecine du jour au lendemain.
"Les attentats-suicides se multipliaient, avec tous ces corps dchiquets, ensanglants, amputs. Les juifs risquaient chaque jour leur vie l-bas. Moi, je menais une vie tranquille Paris boire des coups avec mes copains. Je culpabilisais de plus en plus." Il s'est engag dans l'un des bataillons les plus durs de Tsahal, les forces spciales, pour deux ans et trois mois, alors qu'en tant qu'olim ("immigrant"), il aurait pu faire un service plus court.
"Rite initiatique"

Il se souvient de nuits entires de guet sous la pluie glaante, de contrles un checkpoint en Cisjordanie, avec ces Palestiniens "qui voulaient juste aller travailler tranquillement", et des semaines de stationnement la frontire de Gaza, o il a pens vivre ses derniers instants. Plusieurs fois, l'ordre d'"entrer" avait t donn, avant d'tre annul au dernier moment.
Simon (1), 31 ans, fait partie lui aussi, dit-il, de la "gnration seconde Intifada". Il avait 18 ans quand elle a dmarr. "C'est comme si j'avais t dans une quipe de foot et que soudain on ne voulait plus jouer avec moi, raconte-t-il. J'tais pris partie, je me sentais en porte--faux. A peine si j'osais encore dire que j'tais juif." Il a tout laiss tomber en quatrime anne de droit Assas pour une unit combattante la frontire de Gaza. Chaque jour, sa base adosse un kibboutz d'Eshkol recevait des tirs de roquettes. Les soldats dormaient sous des tentes, pas des btiments en dur. En cas d'impact, il y aurait ainsi moins de dgts.
"L'institution militaire et les appels sont lasss par le conflit qui se prolonge, d'autant que la situation ne semble pas avoir d'issue et que dfendre son pays quand il est attaqu est plus motivant que tenir un checkpoint ou fouiller une maison dans un territoire occup, indique Pierre Razoux, directeur de recherche l'Irsem et auteur de "Tsahal, nouvelle histoire de l'arme isralienne" (Perrin). Mais l'arme reste le seul lment de cohsion nationale, et le service militaire, le rite initiatique pour devenir pleinement citoyen isralien."
Beaucoup de lone soldiers sont ainsi parmi les premiers rejoindre les units combattantes et prolonger leur service. Comme Nissim, 31 ans, capitaine d'infanterie dans un bataillon d'lite, qui s'est engag pendant cinq ans et demi.
Lorsque j'tais en terminale, dans le 19e arrondissement de Paris, le directeur nous avait conseill de nous tenir l'arrire du quai, dans le mtro. Un lve venait d'tre pouss sur les voies. Ici, nous pouvons nous dfendre. J'ai fait la guerre du Liban, des centaines d'oprations en Jude, en Samarie, Gaza... "

Signe d'un communautarisme de plus en plus fort ? "Chaque gnration a ses causes. Aujourd'hui, les juifs dfendent un judasme identitaire qui veut sauver Isral, conclut Esther Benbassa, chercheuse au Centre Roland-Mousnier et snatrice EELV. On ne peut pas comparer cet engagement avec les dparts pour le djihad. Mais c'est une qute de sens, une recherche de cause forte, o l'on risque sa vie."
La France, dont le ministre des Affaires trangres, Laurent Fabius, a dclar dbut aot que "le droit d'Isral la scurit[ ...] ne justifie pas qu'on tue des enfants et qu'on massacre des civils", acceptera-t-elle que des ressortissants soient impliqus dans des oprations qu'elle a condamnes ? "On veut que l'Etat ragisse, ce n'est pas normal que des Franais participent des tueries de civils", indique Taoufiq Tahani, prsident de l'association France Palestine Solidarit.
Trousses mdicales

Au ministre de la Dfense, on rpond que le service des binationaux relve d'une convention signe entre la France et Isral en 1959 et que les militaires non israliens de Tsahal "sont comparables aux soldats de la Lgion trangre, engags au Mali avec les autres corps franais, sans que cela regarde leur pays d'origine".
La (1), 17 ans, liane brune en tee-shirt rose, lve en terminale dans un des meilleurs lyces de Paris, connat la polmique. Elle a pass deux semaines cet t au sein d'une base militaire de Tsipori, prparer des trousses mdicales pour les soldats, dans le cadre du service de volontariat Sar-El. C'est ce qui l'a dcide. Aprs son bac, elle rejoindra les troupes israliennes. Elle dit que "ce ne sera pas le Club Med", qu'elle sait quoi s'attendre.
(1) Le prnom a t chang.






 

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