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La drle de guerre du Cameroun contre Boko Haram

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les victimes de Boko Haram tmoignent ... Emir Abdelkader 0 2014-10-28 03:59 PM
le Cameroun sur le pied de guerre ? Emir Abdelkader 0 2014-08-11 02:56 PM
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Le Nigeria et ses voisins dclarent la guerre Boko Haram Emir Abdelkader 0 2014-05-18 02:10 PM
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La drle de guerre du Cameroun contre Boko Haram

La drle de guerre du Cameroun contre Boko Haram






C'est un conflit btard, contre un ennemi qui se joue des frontires et qui a fait de l'Extrme-Nord sa base arrire. Personne ne sait mme quand il a commenc. L'État camerounais a fini par se donner les moyens de riposter. Pas question d'tre le maillon faible dans la lutte contre Boko Haram.
Des heures que la bataille fait rage. Que les soldats qui occupent le camp d'Amchid ripostent aux tirs venus du village situ de l'autre ct du terrain vague. Il fait nuit noire maintenant. Les lments du bataillon d'intervention rapide (BIR), l'lite de l'arme camerounaise, et ceux du bataillon blind de reconnaissance (BBR) ont repris l'initiative. Les assaillants reculent, puis disparaissent. Il est 20 h 30, ce 15 octobre, et les 250 hommes du camp peuvent enfin souffler. Ils savent, dsormais, quoi ressemble cette drle de guerre qui a dbut sans dclaration formelle et sans que personne puisse vraiment dire quand, dans l'extrme nord du Cameroun.
Aux confins septentrionaux de son territoire, dans cette langue de terre qui lui donne accs au lac Tchad, le Cameroun fait face une menace sans visage, si ce n'est celui du chef de Boko Haram, Abubakar Shekau. Une menace omniprsente, qui a caus la mort de 33 de ses soldats ces six derniers mois (chiffre officiel) et d'un nombre bien plus important (quoique non document) de civils. Une menace qui prend la forme d'une guerre btarde, tantt asymtrique, tantt conventionnelle - mais toujours extrmement violente.
>> Lire aussi : Boko Haram : le Cameroun sur le pied de guerre
Le chef du camp d'Amchid, un capitaine, peut en tmoigner. Le 15 octobre, quand les jihadistes ont attaqu aprs avoir pris le contrle du village, ses hommes ont vu une 504 bourre d'explosifs foncer vers eux et voler en clats, avant qu'un blind - qui sera identifi, le lendemain, comme provenant de l'arme nigriane - tire en direction du camp. "Ce jour-l, prcise un officier affect au ministre de la Dfense, ils avaient une vraie stratgie : ils nous ont assaillis en deux endroits, Limani et Amchid, avec trois chars, des mitrailleuses 14.5 et une infanterie compose de centaines d'hommes. Ils ont tent de dtruire un pont pour retarder les renforts." Les jihadistes disposent dsormais d'un arsenal "digne d'une arme rgulire", ajoute-t-on l'tat-major.


Une menace sous-estime

Le lendemain, les soldats camerounais constataient les dgts : huit morts dans leurs rangs, au moins 107 chez l'ennemi et une trentaine de civils abattus. Certains d'entre eux ont t dcapits, et leur tte pose sur leur dos, en pleine rue... Aujourd'hui, le bourg est dsert. Il avait dj perdu de sa vitalit en septembre, quand les jihadistes s'taient empars de la localit de Banki, son prolongement ct nigrian.
Longtemps, le prsident Paul Biya a sous-estim la menace, la rduisant un problme intrieur nigrian. "C'est vrai, on l'a minimise. On a tard ragir, reconnat Sali Darou, dput de l'Extrme-Nord lu sous la bannire du Rassemblement dmocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir) et prsident de la commission de la Dfense et de la Scurit l'Assemble nationale. Nous n'avons pris conscience du danger qu'aprs les prises d'otages." La famille franaise Moulin-Fournier en fvrier 2013, le pre Georges Vandenbeusch (un Franais) neuf mois plus tard, dix ouvriers chinois en mai 2014, et enfin, le 27 juillet dernier, dix-sept Camerounais, parmi lesquels l'pouse du vice-Premier ministre, Amadou Ali.


Pourtant, cela faisait des annes que Boko Haram faisait parler de lui dans cette rgion d'tangs et de savanes, l'une des plus peuples du pays (3 4 millions d'mes), l'une des plus pauvres aussi, l'une des moins scurises, l'une de celles o se ctoie la plus grande diversit d'ethnies et de religions enfin : on y trouve des chrtiens, des musulmans, des animistes ; des Peuls, des Mandaras, des Arabes choas ou encore des Kanouris, le groupe le plus reprsent au sein de l'insurrection jihadiste. Comme le note un rapport d'International Crisis Group publi en septembre, "il existe une continuit culturelle et linguistique entre les Kanouris du Nigeria et les Kanouris du Cameroun [...]. Ces facteurs sociologiques facilitent la pntration et la dissimulation d'lments de Boko Haram".
Il suffit de regarder une carte pour comprendre que la menace n'est pas "trangre" : Gwoza, la capitale du "califat" proclam par Shekau en aot, est 15 km de la frontire ; Bama, l'autre fief de Boko Haram, moins de 50. Quant Amchid, elle est carrment coupe en deux par la frontire.
Depuis trois ans, le groupe jihadiste avait fait du septentrion camerounais sa base de repli, un magasin ciel ouvert que l'on peut piller volont, mais aussi un vivier de combattants. Les lites locales estiment 3 000 le nombre de jeunes partis faire le jihad ces dernires annes contre la promesse d'une prime importante (entre 200 et 300 euros). Non pas qu'ils aient t nourris ds leur plus tendre enfance aux thses salafistes. Comme le note un lu de Maroua, "les prdicateurs radicaux sont rares dans la rgion". Ce qui a pouss les jeunes dsoeuvrs dans les bras de Boko Haram, "c'est l'argent, et rien d'autre", assure ce notable. Aujourd'hui, le flot des dparts s'est tari, mais il reste une ralit. Le quotidien L'oeil du Sahel, une rfrence, a rcemment voqu le recrutement, par Boko Haram, de deux conseillers municipaux, dont un membre du RDPC...


>> Lire aussi : Nord du Cameroun : avec Boko Haram, la peur au ventre


Plus important encore pour Boko Haram, le territoire camerounais a longtemps servi de lieu de transit et de caches pour les armes achetes en Libye ou au Soudan. Leur trajet est bien connu : N'Djamena, le pont N'Gueli, qui relie le Tchad au Cameroun, Kousseri de l'autre ct, puis direction le Nigeria via Amchid ou Fotokol. Les mthodes aussi sont connues - et rudimentaires : pour passer la douane, un homme moto ou au volant d'une 504 bche dit transporter dans des sacs en toile de jute des coques de coton, alors qu'il s'agit de kalachnikovs et de munitions.
Depuis que les contrles ont t renforcs de part et d'autre du pont et que des caches sont rgulirement mises au jour, le trafic est perturb. C'est pour cela, pense-t-on Yaound, que les attaques de Boko Haram ont pris une autre dimension. Pour cela seulement ? Certains hauts grads pensent que les jihadistes veulent tablir ici aussi un califat, mais tous n'en sont pas persuads. "Leur but n'est pas de conqurir nos territoires, analyse un officier. Ils ont besoin de se ravitailler en armes, et donc de contrler les axes, mais aussi en vivres, car dans les zones qu'ils contrlent de l'autre ct de la frontire, la plupart des cultivateurs et des leveurs ont fui." Besoin, aussi, de terroriser ceux qu'ils considrent comme des "indics".
Les incursions sont quotidiennes et touchent une zone de plus en plus vaste. La capitale rgionale, Maroua, n'est plus l'abri d'une offensive clair ou d'un attentat. "Ils volent notre btail, nos filles parfois, et tuent sans discrimination", rapporte un notable de la rgion. Mme l'arme est prise pour cible. Ce fut le cas le 2 mars, dans ce qui restera comme le premier affrontement entre Boko Haram et l'arme camerounaise, mais aussi le 27 juillet, le 15 octobre, le 24 octobre, et plus rcemment les 9, 10 et 11 novembre. "Ils arrivent par surprise, crient "Allahu akbar", tuent des civils, mais ils ne peuvent pas faire face notre force de frappe", claironne un sous-officier en poste Maroua.
40 000 rfugis nigrians

C'est que, depuis six mois, les autorits ont pris les choses en main : 7 000 hommes ont t recruts. L'arme compterait aujourd'hui prs de 45 000 soldats. Des renforts, pour la plupart issus des corps d'lite, et des blinds ont t envoys dans l'Extrme-Nord, o une nouvelle rgion militaire interarmes (la quatrime) a vu le jour, et o sont simultanment menes deux oprations : Alpha (pour les forces spciales) et Émergence (pour les forces rgulires). Le QG de la 4e RMIA, qui se trouve Maroua, et ses hommes sont sous les ordres de jeunes colonels jugs plus aptes aux combats que les vieux gnraux "bureaucratiss". Des moyens ariens (avions de chasse Alpha Jet et hlicoptres) sont galement positionns Garoua. "C'est incontestable : Biya a pris le taureau par les cornes", estime un diplomate franais. Une source au sein du ministre camerounais de la Dfense value 1 000 le nombre de jihadistes tus en six mois. Chiffre invrifiable.
Ce qui est sr, c'est que le Cameroun n'est plus le "maillon faible" de la sous-rgion. "Il y a un an, rapporte un diplomate sahlien, le Nigeria pestait contre le Cameroun et l'accusait de ne rien faire. Aujourd'hui, c'est le contraire." Plusieurs sources doutent cependant de la capacit des Camerounais contrer une offensive massive. "C'est une arme en reconstruction qui ressemble encore une arme mexicaine, explique un diplomate occidental. Ils font des efforts, mais ils ne sont pas encore prts."
De tous les voisins du Nigeria, le Cameroun est le plus affect par le "virus" Boko Haram. On y compte plus de 40 000 rfugis nigrians, et nombre de Camerounais ont quitt la zone frontalire. Des notables de la rgion ont mme d envoyer leur famille l'abri, Garoua ou Yaound, tandis que d'autres, parfois trs haut placs, sont accuss d'"instrumentaliser" ces lments arms dans le but de dstabiliser le pouvoir ou de faire des affaires.
"Ce sera ainsi pendant de longues annes", craint un lu de Kolofata, qui insiste sur le fait que les liens (familiaux et commerciaux) entre Nigrians et Camerounais sont ancestraux, donc "impossibles couper". Un officier, lui, rappelle une vidence : "Les complicits sont nombreuses et difficiles tablir. À Amchid, o la frontire n'est matrialise que par une barre de fer, certaines maisons sont coupes en deux : une partie se trouve en territoire nigrian, l'autre en territoire camerounais." Et il en est de mme au sein des familles : deux cousins, deux frres mme, peuvent tre Boko Haram pour l'un, RDPC pour l'autre.








 

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