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Il y a 20 ans tait assassin Mesmar Jha :...

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Il y a 20 ans tait assassin Mesmar Jha :...

Il y a 20 ans tait assassin Mesmar Jha : Comme tu nous manques, Sad Mekbel !






Lunettes moustachues souriantes, cest lui. Ce voleur de feu qui illuminait notre interminable nuit, cest lui. Cest lui qui, chaque Matin, nous gratifiait dun bol de rire en se gaussant des fariboles de nos gouvernants.


Ce saltimbanque du verbe qui tournait en drision, avec une tendre ironie, nos souveraines turpitudes en envoyant patre barbus et barbouzes, cest lui. Cet homme qui donnait la dignit un visage et la libert un nom, cest lui. Ce tmoin gnant qui ne mchait pas ses mots pour dire au monde ses quatre vrits, cest lui.Cest lui qui lon promettait lenfer pour chacun de ses billets et qui rpondait dun sourire narquois en jetant la poubelle fatwas et oukases. Ce journaliste impavide, qui vivait son mtier comme une ascse, qui ddaignait les mondanits et navait jamais vendu sa plume, cest lui.
Ce physicien pote qui tisonnait nos esprances ramollies avec son souffle tellurique, cest lui. Cet ingnieur social qui respirait lAlgrie par tous ses pores et qui savait rparer nos curs meurtris et les outrages du sort, cest lui. Lui qui avait le don de faire pousser les roses sur les tas de fumier et transformer les mots en chants de vie. Lui qui tait tous ceux-l et bien plus encore et qui tait tellement humaniste. Lui cest videmment Monsieur Sad Mekbel, alias Mesmar Jha. Un clou de papier plant depuis vingt ans maintenant dans notre mmoire affective. Vingt ans quil est parti, tonton Sad, oui. Brutalement. Sauvagement. Assassin de sang-froid de deux balles dans la tte alors quil djeunait dans une pizzeria du quartier de Hussein Dey, quelques encablures de son journal. Ctait le 3 dcembre 1994. Un samedi.
En faisant nos petites recherches, nous dcouvrons que la pizzeria en question sappelait Errahma. Mais la piti avait lchement abandonn ses htes, ce jour-l. Mekbel a t vacu lhpital An Nadja o il rendra lme le lendemain. Le clbre billettiste, qui officiait la 24 du Matin, journal dont il tait galement directeur de la publication depuis septembre 1993, se savait menac. Il en tait dautant plus conscient quil avait chapp, quelques mois auparavant, une tentative dassassinat.
Ctait exactement le 8 mars 1994, en sortant de chez lui. Malgr cela, il continuait habiter dans ce mme quartier de Gu de Constantine o il occupait un logement de fonction, nayant pour toute garde que ses chiens. Je vais chez moi par solidarit, disait-il Monika Borgmann, journaliste et ralisatrice allemande qui il avait accord une srie dentretiens un an avant sa mort, qui donnrent lieu un livre saisissant : Sad Mekbel, une Mort la lettre (Ttradre, Paris, 2008). Mekbel confiait galement quil avait miraculeusement chapp un guet-apens terroriste devant un restaurant de Hussein Dey o il tait accompagn dun photographe. Sans compter les nombreuses lettres de menaces qui sincrustaient dans le copieux courrier des lecteurs quil recevait. Comme cette lettre quil reut aprs quil eut cr le Comit pour la vrit sur lassassinat de Tahar Djaout : Lorsquon a su que ctait moi linstigateur de ce comit, jai reu une lettre me dcrivant en dtail comment on allait me tuer (Une Mort la lettre, p.120).
Jai appris beaucoup de numros de tlphone et de pomes
Sans cder la paranoa, sans rien perdre de son sang-froid, de sa lucidit, il se sentait nanmoins traqu. Cest a qui est dur. Cest daccepter cette peau, lche-t-il. La probabilit pour que lon menlve est trs forte, trs forte, rptait-il. Et il sy prparait mentalement, sy prparait physiquement, jusque dans sa manire de shabiller, de marcher, de bouger. Si tu ne te prpares pas, tu es perdu.
Parmi les prcautions quil prenait, il en est une qui rsume parfaitement le personnage : Jai appris beaucoup de numros de tlphone par cur ainsi que de nombreux pomes pour me tenir compagnie glisse-t-il la journaliste allemande (Une Mort la lettre, p. 125).

Oui, vous avez bien lu : la posie pour lui tenir compagnie. Je lavais raccompagn au journal peu avant sa mort. Ctait vers le mois de novembre 1994. Il faisait sombre. Il devait y retourner pour le bouclage. Il tait descendu de voiture prcipitamment et stait ru vers la porte du journal, Hussein Dey. Il ny avait ni policier ni gardien alentour. Il regardait droite, gauche, comme sil tait traqu. Je noublierai jamais cette image, raconte Rda Bekkat, lun des fondateurs dEl Watan, qui lavait connu la fin des annes 1980, au moment de la reparution dAlger Rpublicain.
Je le croisais souvent la Maison de la presse quand Alger Rpublicain y avait emmnag. Nous discutions beaucoup. Cest comme cela que jai appris que pendant toute la priode allant de 1965 1989, o Alger Rep avait cess de paratre, Sad tenait rgulirement sa chronique pour ne pas perdre la main, tout en tant cadre Sonelgaz. Et de poursuivre : Je garde de lui limage dun homme affable, avenant, espigle, avec ses lunettes et son petit sourire complice. Il tait dune douceur incroyable. Il ne haussait jamais le ton. Il avait un petit regard malicieux, une voix particulire. Il ntait pas trs disert, il coutait beaucoup. Sad tait plein de bienveillance envers les jeunes journalistes. Il accordait la mme attention ceux qui lentouraient, quils soient journaliste dbutant ou vieux baroudeur de la profession. Il tait trs accessible. Ctait quelquun dunique.
Parlant du billettiste hors pair et de lditorialiste quil tait, Rda Bekkat ajoute : Ctait un observateur trs avis de la vie politique, de la socit. Il ntait tendre ni avec le pouvoir ni avec les islamistes. Cest une trs grande perte. Mais cela renforait notre conviction poursuivre son combat.
Rda Bekkat relve que ce harclement meurtrier contre les gens de la profession, ces assassinats en srie qui avaient dcim les rdactions dans les annes 1990 ne nous laissaient mme pas le temps de faire notre deuil. Chaque semaine, le GIA assassinait un journaliste, parfois deux, trois Avant Mekbel, pas moins de 32 membres de la corporation avaient t tus, la liste noire ayant t inaugure, comme on le sait, par son ami Tahar Djaout, le 26 mai 1993.
Intellectocide
Quon se souvienne aussi de Djilali Liabs, Ladi Flici, Mahfoud Boucebci, Hafid Senhadri, Mhamed Boukhobza, Smal Yefsah, Youcef Sebti, Abdelkader Alloula, pour ne citer queux, qui furent assassins durant la mme priode. Un vritable intellectocide. Le terrorisme a fait des ravages dans llite et on en paie jusqu prsent le prix, observe Rda Bekkat. Le GIA a dtruit une partie de llite, une autre a t force lexil. Ceux qui sont rests ntaient pas suffisamment nombreux pour impulser, au sein de la socit, un mouvement qui puisse provoquer le changement dmocratique. Do le vide que lon ressent jusqu aujourdhui.
Dans Une Mort la lettre o il sest livr comme rarement, on dcouvre un Mekbel fortement intrigu par ces liquidations en srie qui ciblaient lintelligentsia algrienne. Avec son background de physicien, il svertuait dmonter les rouages de cette mcanique macabre. Il tait de plus en plus persuad quil y avait un plan, un plan bien ficel, pour liminer les ttes pensantes de ce pays. Ce quil appellera avec son sens aigu de la formule un terrorisme pdagogique. Il tait convaincu quil y avait un projet pour liminer une certaine catgorie de la population. Pour lui, cette frange sait ce que signifie une rpublique, sait ce que signifie une dmocratie (), ce que reprsente la libert.
Cest cette frange qui peut parler de lavenir. Puis il dit : Si vous prenez tous ceux quon a assassins, tous, de Liabs Flici en passant par tous les autres, ce sont des gens qui ont toujours cherch, en plus de leur mtier, transmettre quelque chose la jeunesse. Ces gens rencontraient les jeunes et organisaient des confrences sur la drogue, sur la jeunesse, sur la posie, sur la communication... On a cherch liminer ceux qui avaient le pouvoir de transmettre. Je pense que cest un projet qui existe toujours. Il y a des gens qui ne veulent pas que lon transmette un certain hritage de la civilisation. Je suis persuad de a. (Une Mort la lettre, p. 30) Et dassner : Jai limpression quil y a quelquun, quil y a une personne qui connat bien, qui connaissait bien Liabs, Flici, Tahar Djaout, Senhadri, Boucebci, tout le monde, qui devait bien connatre le destin de ces gens-l et qui a bien choisi ses victimes. Cest un choix trs rflchi et qui rpond peut-tre, en plus, un besoin psychique pour cette personne. Il y a un cerveau quelque part, qui choisit. Peut-tre que les excutants, ceux qui tuent, sont recruts parmi les petits tueurs islamistes, chez les intgristes. Mais moi je pense quen haut, il y a des gens qui choisissent. Ces choix sont faits trs froidement, cest mon sentiment (page 34). Il se sent, ds lors, plus expos : Je crois que maintenant, je suis encore plus menac quavant parce que jai avanc sur ma dcouverte.
Je veux quon sache que je nai plus peur !
Mekbel affrontera son destin avec un courage exceptionnel. Profondment affect par lassassinat de Djaout, il accuse fortement le coup avant de se ressaisir. Jai eu la chance davoir fait une sorte de travail intellectuel pour grer un peu tous mes tats dme, tous les tats psychologiques que jai traverss, dit-il Monika Borgmann en analysant, rtrospectivement, cette sale priode. La premire manifestation a t la stupeur. Je suis rest fig. Jtais hypnotis, jtais paralys, jtais anesthsi par le terrorisme. Et pendant cette priode, javais cette incapacit de rflchir et de prendre une dcision avoue-t-il, avant de reprendre : Le courage que jai trouv pour lutter et trouver la force de ne pas me laisser faire vient de linjustice que jai prouve quand Tahar a t assassin. Ça a t un moment de rvolte ! Et dajouter : Actuellement, je ne me protge plus. Je pense quil faut que lon sache que je nai plus peur. Quand je dis que je ne me protge plus, non ! Ce que je devrais dire, cest que je matrise mieux ce que je fais. Je ne me cache plus, je prends des risques et je veux quon sache que je nai plus peur (Une Mort la lettre, p. 43).
Pour Sad Mekbel, il ntait surtout pas question de chercher refuge dans lexil. Je prends toutes les prcautions pour vivre et je me dis que mon devoir est de tout faire pour vivre. Et il nest pas question que je parte. Sil y a des gens qui doivent partir, ce sont les assassins, ce nest pas nous, martle-t-il. Il croyait dur comme fer aux pouvoirs de lesprit face la barbarie. Rester lucide malgr lampleur du dsastre. Cest cette mme arme intellectuelle qui le sauvera face ses tortionnaires lorsquil fut arrt en 1967, sous Boumedine, et quil avait pass prs de trois mois se faire cuisiner et punir pour ses ides. Je crois quil y a un norme courage intellectuel qui peut vaincre, condition que tu restes toujours lucide, prconise-t-il en voquant cette squence.
Tu as beaucoup de ressources, condition que tu te prpares, que tu aies du respect pour la pense, du respect pour la rflexion, du respect pour ce que ton intelligence peut faire, appuie-t-il. Il se dcouvre, ds lors, de nouvelles ressources morales pour ne pas craquer, pour rsister. Le terroriste veut terroriser. Si tu lui montres que tu ne cdes pas la terreur, cest dj une victoire. Cest une victoire sur lui et cest une victoire sur toi. Parce que sur toi, a te permet de rflchir encore plus. Et de lcher cette terrible phrase qui dit tout le gnie corrosif de Mesmar Jha et son tonnante force mentale : Avant, je vivais. Maintenant, jexiste vraiment (). Pour cela, je remercie le terrorisme pour ce quil ma rvl sur moi-mme.
Ah comme tu nous manques, Sad Mekbel !


Le caf littraire de Bjaa honore la mmoire de Mekbel

Le caf littraire de Bjaa honorera la mmoire de Sad Mekbel en organisant, loccasion de ce 20e anniversaire de son assassinat, une lecture de quelques-uns de ses billets. Cela se droulera aujourdhui la placette de la Libert dexpression Sad Mekbel (cit Raba) partir de 12h30. Rappelons que dans cette mme ville de Bjaa, une stle a t rige en hommage Mesmar Jha linitiative de nos confrres exerant dans la ville des Hammadites. Merci Bougie !


(M. B.)

Mustapha Benfodil




 

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