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L’enseignement et la recherche en Algérie

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Manqool L’enseignement et la recherche en Algérie


L’enseignement et la recherche en Algérie

Héritage du passé et enjeu de l'avenir (1re partie)

Selon l’historien (Ch. Ageron), elles répertoriaient un taux de 87% d’analphabétisme chez les garçons et 93% chez les filles ; partant de ce constat et pour faire face à cette situation catastrophique, les responsables politiques, cadres chargés de la planification et de la gestion ont depuis le début placé le secteur de l’éducation en tête de liste des priorités nationales, d’où la décision de l’Etat de dispenser un enseignement gratuit et d’œuvrer à sa généralisation dans les villes et les campagnes, et d’élargir l’alphabétisation des filles à travers tout le territoire national, ce qui aura un impact positif sur l’évolution de la société à moyen terme, car la femme instruite détient l’une des clefs de la citoyenneté active. Nul doute que l’une des plus importantes réalisations concrétisées durant le demi-siècle dernier demeure la démocratisation de l’éducation et de l’enseignement à travers le pays. Cette orientation est restée constante même au début des années soixante et au milieu des années quatre-vingt, lorsque l’Etat manquait de ressources.
Cette orientation est restée une préoccupation pour les dirigeants qui se sont succédé aux postes de responsabilité au sommet de l’Etat et même s’il existe des «volontés» prônant le tri sélectif par«classe sociale», elles n’ont cependant pas réussi à changer l’orientation générale de démocratisation de l’enseignement jusqu'à présent, pour de multiples raisons, dont :
1- La référence à la Déclaration fondatrice de la révolution de Novembre 1954 qui a proclamé que l’un des plus grands objectifs de la révolution est l’édification d’un état démocratique et social. Et la dernière exigence signifie non seulement l’égalité des chances entre tous les citoyens mais surtout l’aide aux plus défavorisés, démunis ou isolés géographiquement de bénéficier de l’enseignement et de la formation dans les différents cycles.
2- La lenteur de l’apparition au grand jour des différences entres les classes sociales pour des raisons historiques et culturelles. Il est, en effet, bien connu qu’une partie des anciens notables s’apparentait à l’administration coloniale, de gré ou de force, même si certaines personnes de cette catégorie avaient apporté différentes formes de soutien à l’armée et au Front de libération nationale durant la lutte armée. Cette situation a laissé une mauvaise impression, notamment chez ceux de la génération qui a souffert des affres de l’armée coloniale et de ses agents, parmi les notables, en plus des mercenaires parmi les harkis.
3- La distinction de classes est associée aux politiques de l’Etat et à ses choix idéologiques, ce qui n’était pas possible avant 1962, la société algérienne étant scindée à l’époque, d’une part, en une minorité de colons européens jouissant des droits de citoyenneté en dépit de l’existence de la même classe représentée dans leur société d’origine (France) et d’autre part, une majorité appelée autochtone, dont une partie pouvait accéder à un niveau proche de la minorité européenne, à condition de se rapprocher de sa culture et de son mode de vie tout en exigeant qu'elle soit à son service.
4- Toutefois la distinction entre les couches sociales n’était pas forcément liée à la richesse, mais pouvait également l’être à la descendance et à l’appartenance.
La lignée honorable (Imbradhan) ou au réseau des zaouïas disséminées sur tout le territoire, et dont les cheikhs et ceux qui relevaient de ses structures jouissaient d’un grand respect et d’une grande considération pour des raisons traditionnelles et religieuses, ainsi que pour les services rendus au sein de son entourage et particulièrement aux plus démunis ; à l’exception de ceux qui étaient asservis à l’administration coloniale, durant la première moitié du siècle dernier notamment.
5- Depuis des décennies, coexistent et s’entremêlent dans les villes d’Algérie des catégories de population qui s’apparentent à ce qu’on appelle aux Etats-Unis le melting pot, abstraction faite du revenu et de la profession. Il est à noter que cette interaction a des motifs historiques dus à l’exode durant la guerre de libération et le regroupement des familles issues de la même région où l’on retrouvait voisins, dans le même immeuble, le conducteur d’autocar, le directeur d’une administration et le professeur d’université...
Par ailleurs, l’autorisation pour l’ouverture des écoles privées est le prélude à un début timide de l’apparition de deux types d’enseignement, l’un privé et l’autre public ; et qui pourrait s’étendre aux universités et aux instituts supérieurs grâce à la coopération, selon le modèle des universités américaines, en Égypte, au Liban et la Sorbonne, dans certains pays du Golfe.
6- Derrière la critique du système éducatif pourraient se dissimuler d’autres différends, notamment après l’adoption de l’école fondamentale et de l’enseignement obligatoire jusque l’âge de 16 ans. Parmi ces tendances :
6-1- La tendance chez une faible proportion issue de l’école française, qui excluait les indigènes et la nostalgie envers ses méthodes, qui sont certes remarquables de par l’expérience pédagogique accumulée, notamment après les orientations de ce qui est connu comme l’école laïque de Jules Ferry adoptée depuis 1905.
6-2- Le désir exprimé par des franges des générations précédentes et de celles qui leur ont succédé dans la valorisation du français en tant que langue et en tant que culture ; en effet une langue ne peut exister sans culture et vice-versa, autrement elle demeurera une tradition orale vouée à la disparition. La langue française reflète donc son développement au cours des différentes étapes historiques, elle est ainsi restée dans l’esprit et la conscience des Algériens l’image du meilleur, du plus fort, du moderne et de l’art de vivre, en comparaison avec la situation de leur pays qui stagnait dans le sous-développement, héritage de plusieurs siècles, approfondi davantage par le colonialisme qui a contribué à son appauvrissement et son ignorance et détruit les structures traditionnelles de l’Algérie en quelques décennies d’occupation.
6-3- Cette comparaison s’est répercutée sur la vision envers l’école qui s’est éloignée, dans ses programmes et certaines de ses structures, du modèle français. La critique a dans certains cas pris une coloration idéologique où se rencontrent la gauche dite progressiste et la droite dans l’habit du compradore et celui du technocrate et des factions de courants nationalistes et islamistes qui appellent au retour à l’authenticité ou à la résistance face l’occidentalisation sans perspective d’avenir. L’intensité du conflit entre ces factions est apparue, que ce soit au niveau de la répartition politico-idéologique des membres de la commission Benzaghou au début de la dernière décennie, ou dans les propositions de la réforme de l’enseignement tel qu’apparues à la fin des années soixante-dix, après que feu Mostepha Lacheraf fut nommé ministre de l’Education et qu’il ait entrepris de revoir les orientations de l’école fondamentale et écarté ceux qui la soutiennent. Aux éléments du conflit suscités et notamment au début des années quatre-vingt, s’ajoutent la revendication amazigh dans les écoles et la généralisation de son enseignement dans les plus brefs délais au sein de tous les établissements scolaires algériens et la mise en œuvre des moyens de préserver son patrimoine et redynamiser sa culture, ce qui entre, en somme, dans le cadre d’une revendication légitime, qui ne concerne pas une région bien déterminée, car la langue amazighe fait partie du patrimoine de tous les Algériens et ne constitue pas une ethnie, une lignée ou un élément de division entre les citoyens. Il est possible après uniformisation de ses dialectes et un consensus autour des caractères de sa transcription, et son développement dans divers arts et sciences, un enrichissement linguistique unifié, qu’elle devienne comme la langue arabe, une langue et un patrimoine universels et non pas un prétexte et l’appui à une autre langue importante du fait d’une histoire qui s’étend à 132 ans, ou un simple argument pour affaiblir l’arabe et l’amazigh. Et nous n’ignorons pas de par l’expérience dans différentes situations les difficultés que connaît la langue arabe, langue de communication et de travail, et les efforts nécessaires pour rattraper le train du progrès en matière des sciences, des arts, et des lettres, mais elle demeure néanmoins une langue qui rassemble, et un pôle fondamental de l’identité pour la plupart des Algériens.
Et en fin de cette approche, nous nous interrogeons : mais où va l’école algérienne ?
Où aboutira le débat à son sujet ? (Un débat qui doit se poursuivre à l’instar de tous les systèmes éducatifs dans le monde). Réussirons-nous à édifier une école fidèle dans ses contenus à notre parcours historique et à l’expérience de notre peuple et qui en même temps contribue au développement de la société à sa modernité, à savoir son avenir ?

Un système, deux options
D’aucuns s’accordent à dire que le système éducatif et l’enseignement supérieur sont le point de départ pour s’affranchir du sous-développement culturel et accélérer le processus de développement et la libération progressive de la dépendance dans trois secteurs principaux : l’industrie l’agriculture, et les services. La voie vers cet objectif commence par l’intégration du savoir, des technologies et la nécessité d’investir dans la recherche scientifique théorique et pratique pour le développement (R. D.). La voie vers le progrès et la prospérité ne peut se concrétiser sans l’équation suivante : Savoir-Avoir-Pouvoir. Nous ne sommes point partisans du tout blanc ou du tout noir, et savons de par notre modeste expérience dans deux secteurs, l’éducation et l’université, que tout le système se trouve au centre de la problématique du sous-développement social économique et culturel. En effet, ce système est appelé, d’une part, à concevoir un présent et un avenir différent de la réalité en cours, voire meilleur et que notre système éducatif et universitaire doit choisir entre se limiter à former une élite privilégiée et diffuser l’enseignement et la formation supérieure à l’horizontale ; dans la première option, notre pays peut réussir à former une petite élite dans ce que l’on appelle les pôles d'excellence au milieu d’une grande majorité de titulaires de diplômes supérieurs, qui ne reflètent pas toujours l’étendue de leur qualification dans leur domaine de compétence. Quant à la seconde option, la priorité est accordée à la diffusion horizontale de l’enseignement et la formation supérieure et dans ce cas la majorité en nombre absorbe la valeur qualitative et annule son effet ou diminue son rendement en matière de développement. Mais où est l’intérêt d’une élite isolée vivant dans les hautes sphères et incapable de diffuser le savoir, voire même de s’adresser à son peuple ? A quoi servent des centaines de milliers de diplômés supérieurs, la plupart sur papier seulement ?
L’option n’est pas un dilemme, elle réside dans les méthodes et les formateurs qualifiés et l’évaluation objective des acquis scolaire et universitaire ainsi que la participation de l’environnement, de la famille aux autres organisations de la société, au soutien à l’éducation et à la formation supérieure et la mise à profit des technologies modernes depuis l’enfance et permettre aux concernés de s’entrainer à son usage à travers tout le territoire. Ceci est en réalité un problème vécu par de nombreux pays de la région et même certains pays développés d’Europe de l’Ouest et d’Amérique du Nord, et parmi les pays arabes, à titre d’exemple, dont la plupart sont en marge du système libéral, ont adopté un système éducatif et universitaire parallèle ou privé, en parallèle des écoles et des universités publiques, telles l’Université américaine au Liban et en Égypte, en Jordanie, au Maroc et en Arabie Saoudite et la Sorbonne aux Emirats.
Certains chercheurs considèrent que ce système parallèle a mené à une sorte de suprématie de classe quasi héréditaire pour certaines familles jouissant de meilleures opportunités sur les plans matériel et social leur permettant d’accéder à des postes politiques et par là même de partager les revenus de la fortune et ce qu’elle engendre en puissance et pouvoir. La preuve en est que dans certains de ces pays, le taux d’analphabétisme et de pauvreté dépasse 50% de la population. Et même dans les pays développés dans lesquels le système éducatif dans son ensemble, même supérieur, essuie de nombreuses critiques axées sur son archaïsme afin de rattraper et d’assimiler l’accumulation galopante de connaissance et de technologie, de même que ces pays critiquent surtout son attachement ferme au darwinisme, à savoir la prédominance permanente du meilleur qui a mené à l’apparition d’un petit nombre de catégories appelé les Youppie ou les Golden Boys, à qui s’ouvrent les portes des universités de Harvard, des Machassussets, d’Oxford, et qu’on appelle les Happy Few.

L'éducation et la formation universitaire sont-elles en marge du développement ?
Les établissements de formation scolaire et universitaire dans notre pays sont confrontés à un isolement artificiel de leur environnement économique, social et culturel et, dans certains cas, font quasiment office de monastères fréquentés par des dévots qui psalmodient les mêmes incantations. Cette situation est due à leurs contenus archaïques et à l'inadaptation des dispositions réglementaires et législatives qui les régissent et les gouvernent. A tout cela s'ajoutent la masse humaine déferlant sur les mêmes structures et une foule innombrable d'élèves et d'étudiants, sans aucune orientation scolaire ni suivi pédagogique, outre le manque, voire l'absence d’outils éducatifs extra-scolaires, notamment les publications se rapportant aux contes pour enfants et aux connaissances scientifiques simplifiées sur l'être humain, la nature et l'environnement, ainsi que les bandes vidéo qui présentent par des méthodes captivantes, l'histoire, la civilisation et la géographie du pays et en particulier la science-fiction ; les activités ludo-éducatives en dehors de l’internet sont inexistantes. Les films et les dessins animés projetés sur nos écrans sont, pour la plupart, traduits d’œuvres produites en Europe, en Amérique ou au Japon. S'agissant des matières d'éducation civique et religieuse enseignées, celles-ci sont constituées soit de discours abstrait incapable de qualifier un bachelier à remplir un formulaire de demande au niveau de la mairie soit de discours sur des généralités ou des textes moralisateurs qui n'inculquent guère les fondements du civisme chez les jeunes. Quant aux universités et centres de recherche dont ils relèvent, les préambules pompeux qui figurent au premier rang des plans de développement et des déclarations officielles ne trouvent aucun écho auprès des politiques culturelles, économiques et sociales.
En effet, dans la plupart des projets, l'expérience nationale est très peu associée à la conception et à la mise en œuvre.
Ces missions sont, totalement, confiées à des bureaux d'études et d'expertise étrangers. Il est certes évident que le transfert de l'expérience scientifique et technologique s'avère une entreprise difficile lorsque l'on se contente de l'importer clé en main, tandis que nous restons en simples spectateurs et consommateurs. La richesse financière actuelle dans les pays exportateurs de pétrole, qui commence à inquiéter les dirigeants de plusieurs pays, n'est ni durable ni sûre. Ce sont les compétences, les aptitudes et la bonne gouvernance qui créent la richesse et la fructifie à long terme.
Cela ne signifie pas que notre système éducatif et universitaire soit totalement faible et médiocre, il existe parfois des positions critiques idéologiques et d'autres encore, au sujet de l'arabe considéré comme une langue d'enseignement, ce qui suscite le mécontentement des monolingues s’exprimant en langue française, ou en langue arabe, dans sa forme figée et prédicatrice ; une troisième tendance l'attribue aux critères de classement des universités, conformes aux modèles anglo-saxons, qui penchent plutôt vers les recherches publiées en langue anglaise. Il existe certainement des tentatives encore au stade expérimental, d'actualisation du système éducatif tant dans ses méthodes que dans ses contenus. Il ne fait aucun doute qu'il faudrait une période non moins inférieure au temps qu'il faudra au système depuis le cycle primaire à la post-graduation pour pouvoir porter un jugement sur le produit d'un système de formation et de recherche.
Dans notre pays, cette conception doit atteindre un degré élevé de précision et d'exactitude pour qu'elle puisse répondre à des principes intellectuels basés sur l'expérience nationale et une volonté de développement qui dépend essentiellement de l'être humain qui en est la première et l'ultime priorité, car toute erreur dans cette conception aurait des effets préjudiciables qui se répercuteraient sur toute une génération. De plus, la réitération des tentatives de réforme dans un laps de temps court, à la manière des campagnes saisonnières, transforment les établissements d'éducation et de formation en «cobayes» dans un laboratoire d'expérimentation, sans aucune perspective stratégique pourtant indispensable à un secteur considéré comme vecteur de développement et son enjeu majeur.
Les Etats-Unis, qui sont aujourd'hui une puissance globale dans le monde, «global power», occupent le premier rang dans les domaines des sciences et de la technologie parmi les pays avancés. Une étude a révélé que le nombre d'entreprises économiques et technologiques françaises dirigées par des diplômés issus des instituts supérieurs américains avait augmenté et que 80% des diplômés de l'Institut Harvard d'économie et de commerce, connu sous le nom de High School Harvard Business, assumaient parfaitement des postes de directeur général et de président-directeur général.
Les universités et centres de recherches spécialisés entreprennent des études de suivi en vue d'évaluer leur produit en cadres qualifiés, d'améliorer leurs programmes, moderniser leurs laboratoires et perfectionner et recycler leurs enseignants, en fonction des dernières nouveautés dans le monde du savoir et de ses outils. Certes, le recours à ce type d'évaluation n'est pas chose aisée dans notre pays, et ce, pour diverses raisons, parmi lesquelles nous évoquons le fait que la recherche scientifique est menée, en partie, dans les centres de recherche et les universités à l'étranger. Parfois, ni ces recherches ni les chercheurs ne reviennent au pays qui a pourtant pris en charge et financé de telles missions, sans omettre l'hémorragie et la fuite des cerveaux et des experts que connaissent tous les pays en développement (le nombre d'Algériens hautement ou moyennement qualifiés ayant émigré au cours des deux dernières décennies en France, au Canada, en Belgique et dans d'autres pays au cours du dernier tiers du siècle précédent s'élève à 40 000 ).
Les raisons de cette hémorragie sont objectives dans certains cas, d'autres artificielles, parmi lesquelles nous citons : l'indisponibilité de structures de recherche ou leur désorganisation ; la tendance erronée à affecter les brillants chercheurs à des charges administratives et routinières ; les incitations financières proposées aux chercheurs par les universités, les centres de recherche et d'emploi à l'étranger, notamment en Europe, aux Etats-Unis et dans les pays opulents du Golfe (voir notre commentaire de l'étude A. El Kenz dans la revue Repères n°03) ; l'inadaptation aux conditions de la recherche dès le retour au pays ; le degrés de confiance à l'égard des compétences nationales ; le recours excessif aux bureaux d'études étrangers. Tous ces facteurs ont pour effet de freiner l'accumulation de l'expérience et de l'expertise et d'accroître les coûts, auxquels s'ajoutent l'incapacité de suivre l'évolution rapide de la technologie et le manque flagrant de techniciens qualifiés dans la maintenance et la modernisation des équipements industriels qui finissent au bout d'un certain temps par tomber en «désuétude» et les investissements consentis l'auront été en pure perte. Les exemples sont nombreux. Nous citons les équipements hospitaliers, les systèmes d'irrigation et de distribution d'eaux, les cimetières d'équipements et de machines en milieux urbain et rural dans plusieurs parties du pays. Il est prématuré de faire une évaluation du système Licence, Master, Doctorat (LMD) adopté dans l'enseignement supérieur en Algérie, dès lors qu'il est nécessaire d'évaluer son produit en matière de compétences moyennes et supérieures dans un délai qui peut durer une décennie entière, après l'obtention du diplôme et la pratique sur le terrain. Les meilleurs spécialistes dans le domaine de la technologie, comme l'a déclaré le Professeur René Maheu, ancien directeur de l'Unesco, ne peuvent faire avancer le progrès s'ils ne sont pas soutenus dans leurs actions par des hommes sages qui tiennent les commandes et incitent les milieux urbains et ruraux à la fois à tirer parti de l'évolution et du progrès, ce qui est l'axe majeur de programme du président Abdelaziz Bouteflika depuis son élection en 1999. S'agissant de l'accumulation des connaissances au sein des universités algériennes, appelées à produire la recherche fondamentale et théorique, leur rendement scientifique et pratique est largement inférieur à leur nombre — près d'une université ou centre universitaire dans chaque wilaya —, en plus des laboratoires et des centres de recherche qu'elles dirigent ou qui leur sont rattachés. En effet, leur résultat ne transparaît guère à travers la bonne gouvernance et le savoir-faire et encore moins en comparaison avec le nombre de recherches publiées dans les revues mondiales pertinentes dont le nombre dépasse deux mille, notamment celles publiées dans les livres des résumés périodiques. En réalité, rares sont les revues algériennes qui méritent de porter le qualificatif de «pertinentes».
Il faut souligner un certain imbroglio répandu autour du fait que les sciences humaines et sociales devront être reléguées au rang des commodités superflues dont on peut se passer, de l'avis de certains, ou comme disait le philosophe, feu Mohamed Aziz El Ahbabi, elles ne sont que «verbiage», se référant à ce qu'il qualifie de «détails» qui dominent l'essentiel, et au fait également que la préoccupation majeure devra être orientée vers les mathématiques, la physique et les sciences naturelles.
Cette orientation est sans nul doute erronée puisqu’elle découle de l'impact produit par l'aspect apparent et direct de la modernité et du progrès scientifique et technologique, après le choc provoqué par l'occupation française de l'Algérie et la prise de conscience douloureuse du fossé qui nous sépare des industries et des technologies des pays en provenance d’autres contrées. Ceci est exact. Cependant, aux Etats-Unis d'Amérique et en Europe de l'Ouest, le progrès ne s'est pas limité à ces seuls domaines, mais il était et reste encore un progrès sur tous les fronts.
En effet, la preuve est que nous nous appuyons aujourd'hui sur des études faites par ces pays, sur notre histoire et notre société et que nous avons besoin d'expertise, plus particulièrement, d'une bibliographie et d'éclaircissements émanant des chercheurs en matière de politique, de culture et d'éducation concernant l'Algérie. Le progrès scientifique ne peut se réaliser en séparant les branches et les domaines de la connaissance où les méthodes, les découvertes et les résultats interagissent entre eux. Dans l'arbre de la science, il ne peut exister de branches «méprisables», d'autres «respectables». En effet, Mohammed Arkoun a signalé la faiblesse des recherches dans le domaine des sciences religieuses, dont la majeure partie n’atteint guère le niveau de celles qui avaient prévalu au cours du quatrième siècle de l'hégire. Il est nécessaire d'ajouter que l'institution universitaire qui est apparue en Algérie, pour la première fois en Afrique du Nord en 1909, était étrangère aux Algériens, à l'exception d'une minorité ne dépassant guère, jusqu'en 1962, les 3,8% du nombre total d'étudiants européens. De plus, l'université qui est aujourd'hui attribuée à l'Algérie mérite d'être qualifiée de «nationale», après la grande réforme introduite par le défunt ministre de l'Enseignement supérieur, Mohamed Seddik Benyahia, à la fin des années 1970 du siècle dernier, digne d'être considéré comme le père de l'université algérienne nationale.
L'histoire de la création de certaines universités réputées pour leur excellence dans la recherche scientifique, les inventions et les découvertes montre qu'elles remontent à plus de cinq siècles, alors que d'autres universités dans les régions arabes et islamiques ont cessé d'exister ou sont restées figées. Parmi les universités célèbres, nous citons : l'université de Cambridge fondée en 1209, l'université d'Oxford créée en 1167 en Grande-Bretagne — ces deux universités avaient dispensé, trois siècles auparavant, un enseignement religieux et relevaient de l'Eglise —, l'université de Rostock en Allemagne fondée en 1419 et enfin l'université de Berkeley. Il s'avère inutile de verser dans la polémique à propos du classement des universités, suscitée par Shanghai ou Berkeley, et à laquelle les instances académiques de l'université d'Alger, la première et la plus ancienne ou celle de Bab Ezzouar, rétorquent que le niveau de la formation supérieure dans notre pays reflète, en tout état de cause, la réalité culturelle et sociale ainsi que l'écart qui sépare l'Algérie des pays leaders.
Le rattrapage ou la réduction de cet écart requiert de la part de l'élite politique et scientifique un effort concerté à long et à moyen terme, accompagné d'une volonté de construire le progrès. C'est l'être humain qui crée les ressources et les moyens et non l'inverse. Or, toutes les fois que la question est posée à l'un d'eux à propos de la faiblesse du produit universitaire, la réponse donnée a trait le plus souvent à l'insuffisance de moyens et du budget, etc.
Compte tenu de l'évolution effrénée des technologies modernes, il existe une relation entre les différentes étapes de l'enseignement et la formation professionnelle, en ce sens que la formation des travailleurs et des fonctionnaires compétents et leur apprentissage aux différents métiers leur permettent d'évoluer dans leurs spécialités qui se comptent par milliers, y compris dans l'industrie artisanale.
L'écart dans le secteur de la formation professionnelle est probablement aussi important que celui constaté dans les cycles de l'enseignement à tous les niveaux qui transparaît à travers la médiocrité des produits et la lenteur des délais de réalisation.



Par Dr Mohamed Larbi Ould Khelifa

(A suivre)


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