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En tramway dans le 9-3 :...

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2015-01-26
 
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En tramway dans le 9-3 :...

En tramway dans le 9-3 : "Sils avaient voulu, les francs-maons, ils auraient empch a !"




Aux portes de Paris, la majorit des habitants, mme choque, ne se retrouve pas dans le slogan "Je suis Charlie". Plonge dans un morceau de France qui na pas dfil le 11 janvier.

Cest un double voyage. Nez coll la fentre, le long des barres dimmeubles, des tours, des centres commerciaux, des quelques pavillons encore prservs de linexorable progression du bton. Regard vers lintrieur, foule colle-serre, mosaque de couleurs, de sons, de langues, du Maghreb aux Antilles, de la Corne de lAfrique lEurope orientale.
Le monde entier, rassembl dans un tube, 29,4 mtres de long, 2,3 mtres de large. Ligne T1 : Gennevilliers, Saint-Denis, La Courneuve, Drancy, Bobigny, Noisy-le-Sec. Un petit morceau de France, tour de Babel, aux portes de Paris secou par les attentats, travers de courants contraires, de craintes, de fantasmes.
LireA la rencontre de ceux qui ne sont "pas Charlie" Bobigny-Pablo-Picasso. 15 janvier, 15h30

Edifice surmont de structures mtalliques bleu criard, le palais de justice de Bobigny traite le plus grand nombre dactes de violence urbaine commis en France. En Seine-Saint-Denis, les attentats nont provoqu aucun incident srieux. Une quinzaine daffaires en tout et pour tout. Des insultes le plus souvent :
N... ta mre, Charlie !"

Des menaces contre des policiers, faisant rfrence lassassinat dAhmed Merabet : "Toi aussi, tu vas dire 'cest bon chef, cest bon' !" Des provocations : "Je suis fier des frres Kouachi."
Dans son bureau exigu, au quatrime tage, le vice-procureur explique : "Ces comportements sont davantage lis un problme de coexistence avec les forces de lordre qu un soutien au terrorisme."
Drancy-Avenir. 15 janvier, 17 heures

(Crdit : Yannick Stphant pour "l'Obs")
Il ny a pas foule dans le centre commercial. Chez H&M, la responsable adjointe porte le foulard. "Les vnements ont eu un impact trs fort sur les ventes. Mme aujourdhui, lambiance reste froide. Le plaisir des soldes a un peu disparu." Dalila a t choque par la violence, mais elle ne se reconnat pas dans le slogan "Je suis Charlie".
Charlie, je ne le connaissais pas", dit-elle.

Quelques mtres plus loin, chez Marionnaud, Ouiza, une vendeuse, dit aimer "Charlie Hebdo" : "Mon pre tait chauffeur de taxi. Jai grandi avec 'Charlie'. Je nai rien contre les caricatures." Jeune femme maquille, en jupe. Le 11 janvier, pourtant, elle est reste chez elle.
Dfiler avec Netanyahou, jamais ! Cest un terroriste. Vous croyez que Cabu aurait march avec lui ? Il doit se retourner dans sa tombe."

Une autre vendeuse se mle la conversation : "Moi, je ne suis pas Charlie. Les frres Kouachi, ce sont des charlots, des ignorants. Mais il y a une diffrence entre exprimer ses ides et la provocation." Ouiza reprend : "Il y a beaucoup de choses tranges dans cette histoire. La carte didentit oublie, ces frres qui sortent de nulle part. Sur les rseaux sociaux, certains se demandent si ce nest pas une manipulation, pour faire remonter Hollande, ou pour que les gens ne se soucient plus de lconomie."
Entre Drancy-Avenir et Thtre-Grard-Philippe. 15 janvier, 18h30

(Crdit : Yannick Stphant pour "l'Obs")
La rame est bonde. Des manteaux, des capuches, des bonnets. Les visages sestompent. Un cri : "Je suis pas Charlie !" La voix se fait plus basse : "Fallait pas tuer 12 personnes Fallait en tuer 50 !" Rires. Deux gamins, un gars, survtement Nike, et une fille la voix casse, doudoune noire do dpassent des boucles brunes. Ils nont pas 15 ans. Dialogue la Beckett.
Vas-y ! Crie-le encore !" "Quoi ?" "Je suis pas Charlie !" "Crie-le encore !"

"Je suis pas Charlie !" "Encore !" "Charlie ou pas Charlie, jemmerde le monde !" "Sil te plat, une dernire fois, crie : 'Je suis pas Charlie !'" "Je suis pas Charlie !".
Thtre-Grard-Philippe. 15 janvier, 19 heures

A cause de Vigipirate, les sorties scolaires sont interdites. Pour le thtre, cela reprsente chaque soir une centaine de spectateurs en moins. A ltage, le bar a des allures dlot incongru au milieu de la Seine-Saint-Denis. Fauteuils charleston, tables en bois, lumire douce. Population blanche, bourgeoise sans tre guinde, grignotant une salade ou parcourant la dernire dition du "Monde". La France de "Charlie" et dAriane Mnouchkine. Ce soir, ils vont voir "la Bonne Ame du Se-Tchouan", une pice de Brecht.
Les quelques personnes avec qui nous parlons ont toutes particip la marche du 11 janvier. Une femme raconte quelle sest amuse, ce jour-l, compter la proportion de Noirs et de Maghrbins. "Ils ntaient pas nombreux", dit-elle. Le jeune directeur Jean Bellorini invite se mfier des slogans, "des raccourcis de la pense" : "A ce qui sest pass, on a donn la rponse du 'Je suis Charlie'. Aujourdhui, il est important que les gens se positionnent avec plus de complexit. Cest le rle du thtre de donner au public une palette de couleurs plus labore."
La Courneuve-8-Mai-1945. 15 janvier, 20h30

(Crdit : Yannick Stphant pour "l'Obs")
Sur la vitre dune camionnette pizzas, une affiche "Je suis Charlie". Pascal la colle, "moins pour 'Charlie Hebdo' que pour la dfense de la libert dexpression. Il poursuit :
Je sais que je ne fais pas un geste commercial. Mais il y a le commerce et il y a mes ides."

Lautre pizzaolo, Julien, nest pas du tout Charlie. "A cause de lhypocrisie."
La libert dexpression, elle doit tre pour tout le monde. Regardez Dieudonn ! Il tape sur chaque religion, mais ds quil parle dun juif, on le poursuit en justice."

La Courneuve-8-Mai-1945. 15 janvier, 21h15

Au Bar du March, une dizaine de types se rpartissent entre le comptoir, le baby-foot, au fond de la salle, et une table de 421. Un vieil homme, torse nu, corps recouvert de tatouages, danse sur un air des Gipsy Kings. Petit bonhomme dorigine espagnole, le patron, Jos, dit tre Charlie 100% :
La plupart des clients, ils sen foutent des caricatures, mais cest vrai, une petite minorit trouve y redire. Bien sr quil y a des gens qui ont dit 'cest bien fait' Des trous du cul !"

Le danseur sapproche. Il sappelle Jean-Luc. Emch, il a remis son tee-shirt. "Les rebeus, ici, ils votent de plus en plus FN. De nouvelles communauts arrivent dInde, ils vivent comme dans leur pays." Il hsite continuer.
(Crdit : Yannick Stphant pour "l'Obs")
Cest un peu facho ce que je dis l. Je suis pas facho. Mais on nen peut plus. Ça devient hypercommunautaire ici, beaucoup plus religieux. Des gonzesses en jupe, on nen voit plus !"

Dehors, un groupe sest form, en train de fumer des cigarettes. Tous remettent en question la version officielle. Lun parle dun journaliste, sur un toit, qui a film la sortie des frres Kouachi. "Il avait un gilet pare-balles. Pourquoi ?" Un autre revient sur la mort du policier : "Quand Kouachi tire, aucune balle sort du canon." Petite barbichette, *silhouette fine, Hissan se tient lcart.
Les caricatures ? Je suis contre. Cest qui 'Charlie Hebdo' ? Il a fait quoi ? On dirait quil a sauv le monde ! Ils ont t prvenus et ils ont persist. Ils ont cherch la merde."

Il sourit, jauge notre raction. Poursuit : "Les tuer, non, a ne se fait pas Leur couper un doigt, oui. Ou leur couper la langue." Au fil de la discussion, Hissan se lche : "Ces types de 'Charlie', ils nont aucun respect de la religion, deux-mmes, de leur descendance, de lhumanit."
Tout a est dit sur un ton trs calme, pos. Pendant quil roule une cigarette, Hissan raconte sa venue en France, au dbut des annes 1980. Il avait 3 ans. N en Turquie, il na jamais obtenu la nationalit franaise.
Quand je suis arriv ici, tout le monde nous voyait de *travers, les trangers. Maintenant, quand je regarde autour de moi, vous tes les deux seuls Franais. Eh bien, a me donne presque envie de vous faire la bise."

March-de-Saint-Denis. 16 janvier, 9h45

(Crdit : Yannick Stphant pour "l'Obs")
Une halle immense, myriade dodeurs, de couleurs, des boucheries halal et casher, de la nourriture crole, des fruits gigantesques. Un boucher : "Ici, les gens ne parlent pas de tout a. Ils ont peur". "Peur ?" "Oui, peur. On est dans le 93. On ne sait pas ce que les gens pensent." Dans une charcuterie halal, une vendeuse, Taous, dit tre pour le droit au blasphme, "une ncessit dans une dmocratie". Un client sapproche. "Vous tes journaliste ?" Perfecto et bottines en cuir, le jeune homme dit sortir de soire.
Je ne suis absolument pas Charlie. Je ne comprends pas le deux poids, deux mesures sur la libert dexpression. A lgard des musulmans, on tolre les caricatures, ce qui nous touche au trfonds de notre me. Et de lautre ct, il y a Dieudonn, mme si je sais que lexemple est galvaud. Cest incomprhensible."

Il sappelle Clarence "mes parents mont donn un prnom non musulman pour me laisser une chance" , dit avoir fait hypokhgne et khgne. Rentre juste de Melbourne, o il tenait un bar vins. "Ça va vous paratre antismite, dit-il, mais est-ce normal que les journalistes juifs soient autant reprsents ? 87% de journalistes juifs."
Interloqus, nous lui demandons do il tient ce chiffre. Il ne sait pas quoi rpondre. Poursuit. "Vous savez quil y a beaucoup de journalistes juifs. Et il y a des carts dobjectivit terribles, notamment sur Isral." Clarence cite Alain Soral, le polmiste dextrme droite, reprend sa classification entre beurs et "collabeurs". "Cest quoi un 'collabeur' ?" "Un type comme Jamel Debbouze, ces merdes qui font allgeance au systme." Il revient sur les caricatures :
Mes parents sont illettrs. De voir ces dessins, ils en ont pleur. Aprs lattentat contre 'Charlie', ma mre a pri, pri, pour que les Kouachi ne soient pas attraps vivants et quon ne les torture pas."

Drancy-Avenir. 16 janvier, 12 heures

La mosque est situe derrire le parking, ct du *Carrefour. Btiment en forme de paralllpipde, aux matriaux un peu cheap. A lentre, sur une table bancale, des packs de lait demi-crm et une galette des rois. La prire commence dans une heure. Un vieil homme confie ses craintes, "pour mes enfants, mes petits-enfants. Que vont-ils devenir ? Chaque fois que je fais un couscous, jinvite mes voisins. Maintenant, jai peur quon me regarde de travers". Mohammed est arriv en France en 1951, il na jamais t lcole.
Aprs ce qui sest pass, on a pleur, ma femme et moi", dit-il la voix tremblante. "'Charlie Hebdo' est chez lui, il a le droit de sexprimer comme il veut."

On lui demande si ses coreligionnaires pensent la mme chose. "80% sont daccord avec moi."
(Crdit : Yannick Stphant pour "l'Obs")
Limam Chalghoumi lui donne laccolade. Il est larchtype du "collabeur" dont parlait Clarence ce matin. Vilipend par les musulmans radicaux, applaudi par le gouvernement et les institutions juives. La dernire couverture de "Charlie", il ne la cautionne pas, mais, dit-il, "on peut critiquer lacte et aimer les personnes".

Quand on lui fait remarquer quil y avait peu de musulmans la marche du 11 janvier, il a cette rponse :
A quoi le voyez-vous ? Les musulmans ne portent pas tous une barbe et les femmes ne sont pas toutes voiles."

Escadrille-Normandie-Nimen. 16 janvier, 15 heures

Cest le genre dcole quon trouve dans le 16e arrondissement de Paris. Ecole de filles, prive et catholique. A la frontire entre Bobigny et Drancy, linstitut Charles-Pguy accueille des filles de toutes confessions, de toutes origines sociales. Beaucoup de boursires, un tiers des 760 lves. Les attentats ont bouscul ltablissement. La minute de silence a t respecte, mais de lgers accrochages ont eu lieu. Dans chaque classe, des dbats ont t organiss, des textes lus, articles de presse, dclaration des responsables de culte, interview de Robert Badinter.
Des filles musulmanes se sont dclares choques que lon tue au nom de lislam, dautres ont t blesses parce que "Charlie" sen est pris au Prophte. Des profs de confession musulmane ont reconnu tre mal laise avec les caricatures. "Ctait loccasion dexpliquer ce qutait la caricature en France, en quoi elle faisait partie de nos traditions", raconte Anne Chabannes, enseignante.
On sentait beaucoup dmotion, dinquitude, mais jamais de violence, reprend Batrice Bachmann, la directrice. "Un pre est venu me voir. Il ma dit : 'On continue se faire confiance'."

Entre Escadrille et Stade-Go-Andr. 16 janvier, 18 heures

Deux ados sallument dans la rame.
- Ton nez, on dirait un poireau.
- Je vais te taper, toi !
- Et la libert dexpression ?"


Stade-Go-Andr. 16 janvier, 19h30

Dans les vestiaires, Mehdi (*), entraneur de lquipe de foot, une masse de 2 mtres. Quelques minutes plus tt, il hurlait contre le gardien de but qui plongeait toujours contretemps. Devant nous, il est plus calme, mais mfiant. "Est-ce que je suis touch par les victimes ? Sans plus. En tout cas, je ne suis srement pas Charlie." Les caricatures le choquent : "Tout est parti de l et ils en remettent une couche. Ça va encore attiser la haine." Nous lui parlons de la libert dexpression et la rplique fuse :
Et Dieudonn, il a droit la libert dexpression ? La libert dexpression, soit cest pour tout le monde, soit cest pour personne."

(Crdit : Yannick Stphant pour "l'Obs")
Une dizaine de types en survtement tranent lentre du stade. Leur match a t annul. Ils ont 18-20 ans. Nous les lanons sur les vnements de la semaine dernire. Florilge de commentaires, indigns, provocateurs, dlirants :
Pour moi, cest un complot de lEtat, les vrais musulmans, ils font pas a !"

"Ils avaient pas se moquer de notre Prophte ! Le Prophte, il est mieux que notre pre, il est mieux que notre mre !"
Ce ntait pas de mauvais dessinateurs, mais ils faisaient de mauvais dessins !"

"Jy crois pas cette histoire. Les frres Kouachi, ils sont morts en Syrie, pas ici !" "Sils avaient voulu, les francs-maons, ils auraient empch a !"
En retrait, Hamzan, le gardien du stade, les observe, regard ironique. Quand la bande quitte les lieux, nous restons avec lui.
Ces jeunes, dit-il, ils ne connaissent rien la religion, aucun dentre eux ne deviendra avocat. Lcole de la Rpublique les a forms pour tre manutentionnaires. Pendant ce temps, dans les coles prives, on forme les futurs juges, les futurs mdecins. Le systme franais est magnifiquement conu cest un monde triste."

Lui aussi a besoin de sexprimer : "Les gens qui ont fait a, ce sont des petits voyous, pas des terroristes." Hamzan est algrien. Il est venu en France lge de 21 ans pour tudier luniversit :
La libert dexpression ? Mon cul ! Le monde est gr par les puissants. Et 'Charlie' ne se battait pas contre les puissants."

(*) Le prnom a t chang.
Le Village. 17 janvier, 9h45

Le dernier numro de "Charlie Hebdo" sous le bras, Jean est alpagu par les passants. "Vous lavez trouv o ?" "Ma femme tient un kiosque Courbevoie. Elle a 500 commandes." La soixantaine lgante, pantalon en velours noir, Jean est conseiller municipal UMP de Gennevilliers.
Depuis les attentats, aucun incident na t signal. Un des frres Kouachi, Chrif, vivait pourtant ici. Il doit tre enterr le soir mme. "Il y a une forte communaut musulmane, mais aucune haine envers eux, dit Jean. Mme si, quand il se passe quelque chose Gennevilliers, cest souvent eux."

Trois militantes du Front de Gauche distribuent des tracts devant une boulangerie, face la mairie. Elles ont entre 40 et 50 ans. "On a toujours vcu ensemble, on ne veut pas de problmes entre nous", disent-elles en chur. Mais quand il sagit de savoir si elles sont Charlie, les rponses divergent. "Je nai pas attendu 'Charlie' pour tre contre le terrorisme", dit Ilhem. L'autre rpond :
Oui je suis Charlie. Quand mes parents sont arrivs en France, ils mont inculqu une ducation, un savoir-vivre. Je veux que mes enfants puissent sexprimer dans la libert."

Un jeune homme, Nordine, se mle la conversation : "Le 11 janvier, on a mlang des gens qui manifestaient pour la libert avec des criminels de guerre comme Netanyahou." Une dame voque la tombe de Chrif Kouachi : "Ils vont venir dans le carr musulman et tout dterrer." Ça rigole, a rle, a discute. La chane dinformation BFM est rebaptise "BFN". Flot de paroles, dsordonnes mais libratrices, qui soudain, prennent vie. Question de Nordine :
Regardez-nous : tous, on est dorigine immigre et tous, on est contre le terrorisme. Alors pourquoi les gens font-ils lamalgame ?"

Basilique-de-Saint-Denis. 17 janvier, 11h30

Sur un panneau dinformation, lvque de Saint-Denis, Mgr Delannoy, a accroch ce texte crit par Martine Cohen, sociologue au CNRS :
Au fond, les pourfendeurs de lislam en gnral partagent avec les islamistes la mme conception manichenne et guerrire du monde. En parlant du 'choc des civilisations', ils veulent le provoquer."

Cosmonautes. 17 janvier, 14 heures

Le camp rom longe la rue Voltaire. Une soixantaine de familles vivent l, entasses, face la gendarmerie. Gari raconte :
Oui, on a tous t choqus. On est tous Charlie. Quand jai entendu ce policier dire : 'Cest bon, chef, cest bon', jai pleur."

(Crdit : Yannick Stphant pour "l'Obs")
Le 10 janvier, les reprsentants du camp ont particip lhommage organis par la mairie de Saint-Denis. Comme si, en sassociant au deuil national, ces Roms espraient sintgrer la communaut franaise. Ils sont Charlie, mais Florin constate que malgr la libert dexpression, "personne ne nous coute" :
On est marginalis partout, dans la presse, dans la vie quotidienne."

Drancy-Avenir. 17 janvier, 16h45

Un CRS filtre les entres la synagogue Dov Ben Isral Fixler. Cest la fin du shabbat, le rabbin na pas le droit de nous parler. Yves, un responsable, nous accorde quelques minutes. Il est fonctionnaire, vit Drancy depuis la fin de la guerre dAlgrie. Ce qui sest pass, cest "une souffrance pour nous tous".
Quitter la France ? Pas cause de la peur. "Si je dois partir, ce sera par conviction, religieuse ou nationaliste, dit-il. Mais pour le moment, nous sommes franais part entire et nous le restons." A Drancy, les relations avec les musulmans sont cordiales, notamment grce limam Chalghoumi, "un vrai rpublicain", selon Yves. Avant de retourner prier, il me rpte une nouvelle fois, comme un message quil veut enfoncer dans le crne des terroristes :
Ecrivez-le bien : nous avons grandi en France. Il est hors de question de partir cause des vnements."

Noisy-le-Sec. 17 janvier, 18 heures

Un salon de coiffure crole, sur lavenue Gallieni, "Crole Coiff". La patronne, Lisette, se demande "si tout a ne va pas recommencer". Ces femmes antillaises sont blesses : la famille de la policire tue Montrouge, Clarissa, dorigine martiniquaise, na pas reu les gards quelle mritait. Isabelle, une cliente, regrette :
Il y a des morts plus importants que dautres. On ne parle que des dessinateurs de 'Charlie'. Mais les autres ?"

Dans le salon, toutes acquiescent. Aucune na particip la marche du 11 janvier. "On a dpos une gerbe Vincennes, mais pas Montrouge, sagace Flore, une coiffeuse. Cette policire, elle a quand mme perdu la vie pour sauver des enfants juifs." Encore Dieudonn. "Cest un bon comique", dit Isabelle. "En France, il ne faut pas toucher aux juifs", tranche Flore. Toutes critiquent le manque de reconnaissance de la France pour ses immigrs :
Qui travaille dans les prisons ? Les trangers. Qui lave les fesses des mamies dans les maisons de retraite ? Les trangers. Qui fait la scurit dans les supermarchs ? Les trangers."

(Crdit : Yannick Stphant pour "l'Obs")
Entre Noisy-le-Sec et Bobigny-Pablo-Picasso. 17 janvier, 18h45

La nuit. Dans la rame, un silence ponctu de quelques murmures. Le T1, seul clair de vie dans une zone urbaine vide et teinte. Une fille en jean et doudoune est plonge dans un livre de Virginie Despentes, "Bye bye Blondie". Plus loin, une femme voile feuillette une biographie de Mahomet, "Muhammad, lultime joyau de la prophtie".
David Le Bailly




 

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