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l'illgitime dfense des "auxiliaires" pendant la dcennie noire

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Comme un air de dcennie noire Emir Abdelkader 0 2015-01-09 05:01 PM
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2015-01-28
 
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Manqool l'illgitime dfense des "auxiliaires" pendant la dcennie noire

Algrie : l'illgitime dfense des "auxiliaires" pendant la dcennie noire




Pour la premire fois, deux anciens miliciens antijihadistes vont tre jugs en France pour des faits datant de la dcennie noire. Enqute sur des auxiliaires aux mthodes inavouables.
Ils sont venus minuit, le samedi 9 avril 1994, et ont violemment frapp la porte du domicile des Azzi, Jdiouia, petite commune de Relizane, 300 km l'ouest d'Alger. Ils sont quinze, dont trois habills en civil, tous arms de kalachnikovs et bards de grenades et de cartouchires. Ils ne fouillent pas la maison, mais demandent voir Mohamed, le pre, qui se prsente eux. Quand un militaire se saisit de sa carte d'identit, Mme Azzi devine rapidement ce qui attend son poux. "Ne me le tuez pas", hurle-t-elle avant de s'vanouir. Une voix lui rpond : "Nous ne sommes pas des tueurs."


Ensuite, tout va se passer trs vite. Le groupe d'hommes embarque le malheureux et disparat dans la nuit noire. Fethi Azzi, le fils, 16 ans, tente alors de les suivre en voiture, mais les ravisseurs avaient pris soin de crever les pneus du vhicule. Le lendemain, l'adolescent se rend la gendarmerie pour signaler l'enlvement. Le chef de brigade le toise du regard et lui lance : "Sors de l, fils de terroriste !" Fethi ne reverra plus jamais son pre. Disparu, mort sans spulture. "Depuis la disparition de mon pre, je ne suis plus un tre humain, dira-t-il au juge instructeur. Je trime jour et nuit pour nourrir ma famille. Chez nous, c'est l'enfer. Je veux que justice soit faite."


Vingt ans aprs cette nuit funeste, d'autres proches de victimes nourrissent enfin l'espoir de connatre la vrit sur le sort de leurs pres ou frres, et d'obtenir rparation. Le juge d'instruction du tribunal de grande instance de Nmes, dans le sud de la France, a en effet dlivr, la fin de dcembre dernier, onze ans aprs le dpt d'une plainte par la Fdration internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), une ordonnance de mise en accusation l'encontre d'Abdelkader Mohamed et de Hocine Mohamed, alias Adda, deux des prsums ravisseurs de Mohamed Azzi, et de plusieurs autres personnes. Membres des milices qui avaient combattu les Groupes islamiques arms (GIA) durant la dcennie 1990 dans la rgion de Relizane, les deux frres, respectivement gs de 47 et de 54 ans, sont poursuivis pour "tortures et actes de barbarie" commis entre 1994 et 1997.


Selon l'acte d'accusation, les deux hommes sont responsables de la disparition force d'au moins six personnes au cours de la priode indique. Les milices auxquelles ils appartenaient, constitues d'environ 450 hommes, dont une soixantaine rputs extrmement violents, seraient derrire plus de cent excutions sommaires, ainsi que de 200 cas de disparition dans la rgion de Relizane. Si la date de son ouverture n'a pas encore t fixe - il aura lieu probablement avant la fin de l'anne -, ce procs de la "sale guerre" impliquant deux suppltifs de l'arme algrienne sent le soufre.


>> Lire aussi : Regards croiss sur la guerre d'Algrie

Torture et barbarie

Relizane, 1994, deux ans aprs le dbut de la guerre civile, conscutive l'interruption du processus lectoral aprs la large victoire des islamistes du Front islamique du salut (FIS) aux lgislatives de dcembre 1991. Dans cette rgion agricole de l'Ouest, les GIA, ainsi que la branche arme du FIS, l'Arme islamique du salut (AIS), font rgner la terreur. Assassinats, massacres collectifs, viols, enlvements... L'escalade dans l'horreur est telle que les autorits dcident de constituer, comme presque partout ailleurs en Algrie, des Groupes de lgitime dfense (GLD), de patriotes ou de gardes communaux pour protger les villageois. Parmi ces auxiliaires qui assistent les forces de scurit dans la lutte contre le terrorisme, il y a la famille Mohamed.
Le pre, Abed, tait maire de la commune de Jdiouia. Son fils an, Abdelkader, officiait comme adjoint de Mohamed Fergane, maire de Relizane et puissant seigneur de guerre qui chapeautait toutes les milices locales, tandis que son autre fils, Hocine, exerait les fonctions de prsident de la dlgation excutive communale (DEC) de H'Madna. Tous les trois dirigeaient des groupes de miliciens, participaient la traque des terroristes, aux arrestations et aux accrochages. Abdelkader Mohamed ne s'en est pas cach devant les enquteurs de la police judiciaire franaise : "En ma qualit de responsable de l'excutif communal, j'ai, dans le contexte politique et l'tat d'urgence dans lequel tait plong le pays, combattu les terroristes islamistes. Cela signifie que j'tais arm vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Nos adversaires ne se laissaient pas prendre. Aprs des changes de tirs, soit ils taient tus, soit ils se suicidaient. Gnralement, les oprations se droulaient le soir en dehors de la ville."
C'est une plonge dans les abmes d'une guerre sans images.
Devant le juge d'instruction, son frre, Hocine, qui assure avoir t victime de trois tentatives d'attentat, n'en dit pas moins. "Oui, j'ai particip des oprations avec la gendarmerie et les militaires pour rechercher les terroristes, explique-t-il au magistrat. J'tais avec les autres gardes communaux, mais ce sont les soldats qui commandaient et arrtaient les gens."
Les deux frres ont-ils, comme l'indique l'ordonnance, pris part des exactions contre des civils, enlev, tortur et fait disparatre des personnes durant ces annes noires o rgnaient la peur, la suspicion et la mort ? Ou sont-ils plutt victimes de dnonciations calomnieuses manant de "sympathisants directs ou indirects du FIS" ? Dans cette affaire, il n'y a pas de pices conviction ni de preuves matrielles. Seulement les tmoignages circonstancis des proches des victimes. C'est la parole des plaignants contre celle des bourreaux prsums. Plonge dans les abmes d'une guerre sans images.
Samedi 25 mars 1995. Youcef Aoun, jeune handicap, se repose chez lui aprs une journe harassante dans la boulangerie familiale de Relizane. Il est 22 heures quand une douzaine d'individus arms se prsentent devant la porte du domicile familial. Ils ordonnent Youcef, ainsi qu' sa mre et ses frres, de sortir l'extrieur. Aprs quelques palabres, le groupe quitte les lieux avec Youcef bord de l'un de ses vhicules. Le lendemain, son frre, El Habib, se rend au commissariat, pensant l'y trouver. Aucune trace de Youcef. Le soir, un policier lui apprend que deux corps ont t retrouvs 25 km de la ville.
Arriv l'hpital de Relizane pour identifier la dpouille de son frre, El Habib est glac d'effroi la vue du cadavre. Sa tte, dcrira-t-il, tait compltement retourne. Comme si "elle avait t crase dans un tau". Son corps portait une brlure "de 20 cm de diamtre sur la poitrine". Aucun impact de balle. Parmi les hommes venus enlever son frre, El Habib Aoun dsignera Mohamed Fergane, Abdelkader et Hocine Mohamed.
Lundi 17 avril 1995, 5 heures du matin. Adda Derkaoui, 47 ans, adjudant-chef de la gendarmerie la retraite, dort l'tage de sa maison, Jdiouia. Une vingtaine d'hommes cagouls, lourdement arms, se prsentent devant la porte. Aprs avoir drob des effets personnels (bijoux, argent et divers documents), les assaillants conduisent Adda dans les locaux du Dpartement du renseignement et de la scurit (DRS) Relizane. Il y restera vingt et un jours.
Pendant ses trois semaines de dtention, il sera suspendu par les pieds et les mains, recevra des coups de barre de fer, subira le supplice de l'eau savonneuse, des dcharges lectriques et des simulations d'excution. Ses tortionnaires veulent connatre les noms des terroristes et de leurs sympathisants qu'il avait connus ou croiss quand il exerait ses fonctions de gendarme. Adda Derkaoui affirme avoir reconnu Hocine Mohamed, le chef des patriotes. Lundi 9 septembre 1996, El Hadj Abed Saidane, 47 ans, papote avec un voisin du village de H'Madna lorsque des individus arms le somment de prendre place dans une fourgonnette appartenant au parc communal. Il ne reviendra plus.
Quelques annes plus tard, on dcouvre un charnier dans la commune de Sidi M'Hamed Benaouda, quelques encablures de la garnison o avait t installe la milice de Mohamed Fergane. Dans le fatras des ossements, vtements et divers objets recouverts de terre, son fils, Mohamed, reconnat le pantalon de survtement et la djellaba blanche que portait son pre le jour de son enlvement, ainsi qu'un briquet vert lui appartenant. L encore, le jeune homme certifie que Mohamed Fergane ainsi qu'Abdelkader et Hocine Mohamed ont pris part l'enlvement.


>> Lire aussi Guerre d'Algrie : les aveux d'outre-tobe du gnral Aussaresses


Ils dmentent toute prsence sur les lieux

Toutes ces accusations sont un tissu d'affabulations, rtorquent les deux prvenus, placs sous contrle judiciaire entre avril 2004 et septembre 2013. Devant les inspecteurs de la police judiciaire, dans le bureau du magistrat instructeur ou face des plaignants auxquels ils ont t confronts, Abdelkader et Hocine Mohamed nient en bloc. S'ils admettent connatre certaines victimes et avoir pris connaissance de cas de disparition au moment o elles ont eu lieu, ils dmentent toute prsence sur les lieux des faits incrimins. "Je n'ai jamais constitu de milice, se dfend Abdelkader. Je n'ai jamais particip ni incit certains membres de mon personnel commettre des exactions contre la population civile."
En revanche, lui et son frre soutiennent l'existence d'un complot foment par certains membres de la Ligue algrienne pour la dfense des droits de l'homme (LADDH), ainsi que par d'anciens terroristes repentis ou sympathisants de la cause islamiste. "Si j'avais d me venger sur un repenti, je me serais veng sur celui qui a reconnu avoir tu mon frre [en avril 1995], explique de son ct Hocine Mohamed. Il est actuellement libre et vit entre Relizane et Mostaganem." Leur avocate, Khadija Aoudia, met en avant l'absence d'lments charge qui pourraient caractriser des crimes de torture et d'actes de barbarie. Du coup, elle conteste au tribunal de Nmes le droit de juger cette affaire. Ce dernier ne l'entend pas de cette oreille.
Pour solder dfinitivement le dossier des milliers de personnes disparues, l'État a octroy des indemnits leurs familles en change de l'abandon de toute poursuite.
C'est qu'en vertu de la convention internationale contre la torture fixe dans le code pnal en 1994 les autorits franaises ont pour obligation d'arrter ou de juger toute personne se trouvant sur le territoire de l'Hexagone et susceptible d'avoir commis des actes de torture, quels que soient les endroits o ils ont t commis et la nationalit des victimes. C'est sur la base de cette convention, par exemple, que l'ex-lieutenant de l'arme mauritanienne Ely Ould Dah a t condamn par contumace en juillet 2005 par la cour d'assises du Gard dix ans de prison pour torture ou actes de barbarie et complicit de crimes commis entre 1990 et 1991 lors d'affrontements interethniques en Mauritanie. En outre, les deux frres Mohamed ont acquis la nationalit franaise et rsident avec leurs familles dans le sud de la France depuis plus de seize ans.
En Algrie, un tel procs est tout simplement impensable. La charte pour la paix et la rconciliation nationale, adopte par rfrendum en septembre 2005, est cense avoir tourn la page de cette "tragdie nationale" qui a fait plus de 150 000 morts. Pour solder dfinitivement le dossier des personnes disparues - 7 144 selon un dcompte officiel, plus de 15 000 selon certaines ONG -, l'État a octroy des indemnits leurs familles en change de l'abandon de toute poursuite contre les membres des services de scurit et leurs auxiliaires.
C'est pourquoi ce procs soulve incomprhension et indignation dans un pays o les squelles de la dcennie noire sont encore vives. Certains reprochent la justice franaise de s'immiscer dans les affaires internes de l'Algrie, d'autres s'tranglent l'ide que l'on puisse juger des hommes qui ont pris les armes pour dfendre la patrie contre les terroristes. Fethi Azzi, aujourd'hui g de 37 ans, attend, lui, que toute la lumire soit faite sur la disparition de son pre lors de cette funeste nuit d'avril 1994. Et que justice soit rendue.








 

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