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Attentat du Bardo : le muse de l'horreur

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Tunis: la rouverture du muse du Bardo reporte... Emir Abdelkader 0 2015-03-24 10:49 AM
L'Etat islamique revendique l'attentat du Bardo Emir Abdelkader 0 2015-03-19 10:56 PM
Daech revendique lattaque du muse du Bardo de Tunis Emir Abdelkader 0 2015-03-19 10:23 PM
Attaque au muse du Bardo : ... Emir Abdelkader 0 2015-03-19 01:30 PM
Lhorreur fatale Emir Abdelkader 0 2014-11-23 05:02 PM

 
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  Emir Abdelkader    
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Attentat du Bardo : le muse de l'horreur

Attentat du Bardo : le muse de l'horreur






Depuis 2012, les attaques jihadistes taient circonscrites au centre et l'ouest du pays. Mais ce 18 mars, les terroristes ont choisi de frapper le muse du Bardo, en plein coeur de Tunis. Feront-ils vaciller la dmocratie ?
Mis jour 9 heures
Aprs avoir annonc que le muse du Bardo allait rouvrir ses portes au public mardi 24 mars, les autorits tunisiennes ont finalement dcid de le maintenir ferm pour raisons de scurit.
"Ils ne nous auront pas, nous ne plierons pas", tonne Neila. La voix noue par l'motion, elle brandit une bougie devant le thtre municipal sur l'avenue Bourguiba, o les Tunisiens se sont rassembls ce 18 mars en fin de journe pour dire non au terrorisme. Quelques heures plus tt, vers midi, le palais du Bardo tait la cible d'une attaque jihadiste comme la Tunisie n'en avait encore jamais connu. Bilan : 23 morts (20 touristes trangers, 1 policier et 2 assaillants), et 47 blesss. Depuis, le pays semble ttanis.
>> À lire aussi : retour sur les vnements du 18 mars
"Ces pratiques nous sont totalement trangres. L'attentat au camion pig de la Ghriba, en 2002, bien que revendiqu par Al-Qada, tait un acte isol", tente d'expliquer Mohamed Ali, un syndicaliste effar par les tweets de flicitations diffuss par des fanatiques aprs le massacre du Bardo.
"Revenir manifester ici ravive des souvenirs douloureux. Aprs l'assassinat de Chokri Belad et de Mohamed Brahmi - leaders de la gauche nationaliste abattus par des terroristes en 2013 -, nous esprions ne plus avoir payer le tribut du sang l'extrmisme", soupire Lakhdar, qui a rpondu au mot d'ordre de rassemblement lanc par l'Union gnrale tunisienne du travail (UGTT), la principale centrale syndicale.
D'autres sont venus spontanment ou l'appel des messages routs sur les rseaux sociaux aussi bien par les islamistes du parti Ennahdha que par les organisateurs du Forum social mondial, qui se tient Tunis du 24 au 28 mars. L'motion est intense et runit des personnes de tous ges et de tous bords : islamistes, modernistes ou citoyens lambda. Tous ont mis de ct leurs ventuels dsaccords pour faire bloc contre la barbarie et soutenir "leur" Tunisie, esprant aussi trouver un certain rconfort dans la solidarit. Dans les mosques, la prire du soir est consacre aux victimes. Du jamais vu. "On savait que la menace terroriste tait prendre au srieux, mais l, ils ont frapp au Bardo, au coeur de la capitale. Jusqu'o iront-ils ?" s'alarme une jeune institutrice voile, tandis qu'un entrepreneur franais de passage Tunis tente de la rconforter : "Cela aurait pu avoir lieu n'importe o, dans n'importe quel pays."
Mosaques.
Depuis avril 2012, les embuscades jihadistes taient circonscrites au centre et l'Ouest, dans des zones limitrophes de l'Algrie, et visaient les reprsentants des forces de l'ordre, qualifis par les terroristes de Taghout (terme coranique dsignant tout autre pouvoir que celui d'Allah, et par extension le tyran). Ce 18 mars, les extrmistes ont franchi une tape en agissant en milieu urbain et en choisissant une cible emblmatique. Le complexe que les Tunisiens appellent couramment le Bardo est un ancien palais des beys dont une aile a t transforme en muse, clbre pour ses collections de mosaques, et l'autre en sige du Parlement, aujourd'hui l'Assemble des reprsentants du peuple (ARP). Les lieux ne sont pas seulement chargs d'histoire ; depuis la rvolution de 2011, ils ont t tmoins de toutes les revendications du peuple, prenant ainsi une valeur symbolique.
À midi, au moins trois jeunes hommes portant un sac dos tentent de s'approcher de l'escalier des lions, l'entre rserve au prsident de l'ARP, mais aprs un bref change de tirs avec des policiers, ils sont contraints de se replier vers le muse mitoyen. "J'tais dans le hall. J'ai entendu des coups de feu. J'ai vu des corps tomber et, sans chercher comprendre, j'ai couru me rfugier dans les locaux de l'administration. Depuis, j'ai les jambes qui tremblent", raconte Emna, une employe du muse. D'autres tmoins affirment qu'une dizaine de minutes auparavant, une voiture noire avait dpos trois jeunes gens aux abords du palais, au moment o la plupart des agents de la garde prsidentielle affects la surveillance du portail commun du muse et de l'ARP taient en pause djeuner. Un laxisme tonnant signal de nombreuses reprises par des visiteurs.
"On nous avaient demand de ne pas fouiller les voitures et les bus pour ne pas incommoder les touristes", se justifie un prpos. "Tout s'est pass trs vite ; j'tais sur le parking, j'ai vu s'avancer un homme jeune en civil, une kalachnikov la main. Il semblait avoir des difficults manipuler l'arme, puis il s'est mis tirer en rafales", rapporte Mourad Belad, un guide touristique. Pendant qu'un homme qui tentait de prendre la fuite est arrt, Saber Khachnaoui - dont le pre, souponnant qu'il tait en Libye, avait signal la disparition aux autorits - et Yassine Laabidi - rsident la cit Ibn Khaldoun, Tunis - s'engouffrent dans le muse, poursuivent leur course folle et continuent de tirer tout-va. Les touristes se rfugient dans les salles ou se terrent sur les balcons. "C'tait effrayant, mais personne n'a cd la panique", assure Rmi, un rescap. Deux heures plus tard, les deux assaillants prissent dans l'assaut donn par la Brigade antiterroriste (BAT).
"Nous venions d'examiner la loi portant cration du Conseil suprieur de la magistrature quand nous avons entendu des coups de feu trs proches. Les services de scurit ont ragi immdiatement, de manire trs professionnelle. Ils ont mme mis des vhicules blinds disposition des lus ayant reu des menaces de mort, mais aucun n'a accept de quitter les lieux avant que tous les touristes aient t vacus. Nous nous sommes mis l'abri et avons entonn l'hymne national. Le soir mme, nous tions de nouveau au travail pour raffirmer la souverainet de la nation", rsume le dput Mondher Belhaj Ali. Comme beaucoup d'autres dirigeants, il estime que l'ARP tait vise. Des explosifs retrouvs dans les sacs des terroristes tayent cette hypothse.
Le choix des cibles - un symbole fort de l'État et un monument reprsentant un patrimoine civilisationnel qu'ils abhorrent - n'tait assurment pas fortuit. "Ils ne pouvaient choisir meilleur jour. Tous les mercredis, les bateaux qui accostent au port de La Goulette dversent des centaines de touristes Tunis. Pour ces croisiristes, la mdina et le muse du Bardo sont des tapes incontournables", prcise un charg d'accueil des croisires Costa.
Comme lui, tous les Tunisiens esprent que l'anne touristique n'est pas compromise... sans trop se faire d'illusions. Deux heures aprs l'attaque, la Bourse de Tunis chutait. À la crise conomique va dsormais s'ajouter la guerre contre le terrorisme, aggravant un peu plus la perte de confiance gnrale.
En ce 18 mars, sur les marches du thtre municipal, pendant que les manifestants se dispersent tristement, beaucoup contiennent leur colre, s'inquitent de l'avenir, mais assurent que le ver n'est pas dans le fruit. "Nous nous redresserons mme sans l'aide trangre", jure un groupe de jeunes, qui raillent le soutien international apport l'Égypte, laquelle a rcolt, lors de la confrence de Charm el-Cheikh des 15 et 16 mars, des dizaines de milliards de dollars. D'autres s'interrogent aussi sur le laxisme des gouvernements prcdents face la menace jihadiste. "Il ne faut plus se contenter de constater la crise de confiance mais apporter des rponses concrtes la crise d'autorit, de leadership et de reprsentativit", estime une retraite du ministre des Affaires trangres.
La Tunisie est en deuil mais la vie continue : le muse du Bardo rouvrira ds le 24 mars. Latifa Lakhdar, ministre de la Culture, y a tenu une confrence de presse, tandis que le conservateur du muse, en tat de choc, se console en assurant que les collections n'ont pas subi de dgts majeurs. Rien de bien grave en regard de ceux essuys par le pays.








 

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