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La vritable histoire de Charles Martel :...

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La vritable histoire de Charles Martel :...

La vritable histoire de Charles Martel : celle que Mnard et Jean-Marie Le Pen ignorent






LE PLUS. Cette figure historique est frquemment invoque, en particulier par l'extrme droite. Mais qui tait vraiment Charles Martel ? Quelle est la part de mythe et celle de vrit ? Salah Guemriche, essayiste et romancier algrien, auteur notamment de "Abd er-Rahman contre Charles Martel", partage ses connaissances.

Depuis le fameux 11 janvier, dont la droite voudrait faire une "Journe dunit nationale et de lutte contre le terrorisme", le nom de Charles Martel, "sauveur de la chrtient", est venu, dans bien de rseaux lis lextrme-droite, se rappeler au bon souvenir non pas de la France "pays des droits de lhomme", mais de la France "fille ane de lÉglise".

Comme si la thorie du "choc des cultures" stait mue en celle dune "guerre de religions", ce que Jean-Marie Le Pen, toujours aussi lourdement calembourdesque, a rsum dun cri : "Je suis Charlie Martel !"

Cest prcisment dans cette mouvance lepniste que Robert Mnard a lanc sa nime provocation, en commenant par criminaliser les petits coliers biterrois sur la seule base de la "consonance musulmane" de leurs prnoms ! Dans ma tribune, publie sur Le Plus de l'Obs le 12 mai ("Robert Mnard, changez vitre de patronyme"), jai dit ce que je pensais de ce forfait antirpublicain. Cela ma valu nombre dincriminations avec, lappui, des arguments puiss dans les pages dun Deutsch mtronome promu rewriter du roman national. Comme tant dautres thses scolaires, celle de notre auteur-baladin illustre brillamment cette leon de Marc Bloch (dans son "Apologie pour lHistoire") :

"Aussi bien que des individus, il a exist des poques mythomanes [] Cest dun bout lautre de lEurope, comme une vaste symphonie de fraudes. Le moyen ge, surtout du VIIIe au XIIe sicle, prsente un autre exemple de cette pidmie collective Comme si, force de vnrer le pass, on tait naturellement conduit linventer."

Charles Martel, "dilapidateur et enrag tyran"

Cest pour rpondre ces nostalgiques orphelins de Charles Martel, comme notre "rapporteur-sans-frontires" des thses dextrme droite, que je tiens fournir, ici, quelques lments dinformation sur la vritable nature du "tombeur des Sarrasins", et, par la mme occasion, sur lhistoire de Bziers (ville dont Robert Mnard a charg Renaud Camus, le thoricien du Grand Remplacement, dcrire lhistoire)

Pour en finir, donc, avec cette lgende qui fait de Charles Martel le "sauveur de la chrtient", prcisons demble que le chef franc, connu de son vivant comme le plus grand "spoliateur des biens de lÉglise", na jamais bout les Arabes hors de "France", pour trois raisons : primo, ce pays nexistait pas encore en tant que tel ; secundo, cest son fils qui russira reprendre Narbonne, trois dcennies aprs la mythique bataille ; tertio, la prsence sarrasine est atteste dans les Alpes et dans le Jura au moins jusquau du Xe sicle.

Tout comme la lgende du "Marteau de Dieu", celle du "spoliateur des biens de lEglise" aura, en son temps, la peau dure. De Lige (ou plutt, la ville nexistant pas encore, de Tongres-Maastricht, ancien fief du pre de Charles, Ppin dHerstal, et dont lvque, saint Lambert, fut assassin sur ordre de loncle maternel de Charles) Nmes, en passant par Toulouse et Narbonne, lhomme est dnonc comme aucun grand de ses contemporains ne laura t : "Ô Charles Martel, dilapidateur et enrag tyran !", scriera Jean Boldo dAlbenas, lun des pres du protestantisme nmois [1]. Sans doute, cet auteur a-t-il des raisons de fustiger le Franc, qui avait ruin sa ville (Nmes) avant dy mettre le feu : ctait en 739, alors que Charles Martel remontait de Narbonne, tout dpit de navoir pas russi en dloger les Sarrasins, malgr un long sige prouvant

Plus cohrente est la thse de Nicolas Germain Lonard, historien de la ville de Lige, qui nous explique en quoi et pourquoi Martel mritait une telle charge : "Il donnait ses officiers les vchs et les abbayes. Les biens de lÉglise devenaient hrditaires ; on en formait la dot des filles quon mariait. Ppin dHerstal avait enrichi le clerg, Charles le dpouilla." [2]

Evidemment, aprs la victoire de Poitiers, la cause est entendue : les biens de lÉglise furent "l'instrument de la dlivrance de l'Europe, et de la victoire de l'Évangile sur le Coran" ! [3]. Mais que durant toute lexistence de Martel (688-741), Limoges, Cahors, Auch, Saint-Lizier, Autun, Orange, Avignon, Carpentras, Marseille, Toulon, Aix, Antibes, Bziers, Nmes, Lodve, Uzs, Agde, Maguelonne, Carcassonne, Elne, il y eut une interruption dans la succession des vques ; voil qui en dit long sur ltat dabandon de la "Fille ane de lÉglise" !

Dsordres, ruines, assassinats

Dautres griefs ternissent la renomme de Charles. Ceux, notamment, qui font de lui le perscuteur dEucher, lvque dOrlans, et de Guidon, le futur saint Guy. Abb de Fontenelle, ce dernier subit le supplice suprme pour une imaginaire conspiration Dsordres, ruines, assassinats : des forfaits qui poursuivront le chef franc jusqu sa mort.

Mais cest le sort rserv lvque dOrlans, le futur saint Eucher, qui assombrira le plus sa renomme. Accus davoir complot contre Martel, lvque "fut envoy en exil avec tous ses proches, (puis) transfr dans le monastre de Saint-Tron o il mourra en 738" [4]. Conclusion de Flodobert, lvque de Noyon et de Tournai (894-966) : "Ce btard n d'une servante n'tait audacieux qu' faire le mal envers les Églises du Christ."

De ce martyre de saint Eucher, une lgende natra plus dun sicle aprs, qui sera consigne dans le compte-rendu dun concile tenu en 858 Quierzy, o il est fait mention dun songe dEucher. Extrait :

"Nous savons en effet que saint Eucherius, vque dOrlans fut entran dans le monde des esprits. Entre les choses que Dieu lui montra, il reconnut Karl expos aux tourments dans le plus profond de lenfer." Commentaire de Jean Deviosse, biographe de Charles Martel : "Le texte ne laisse place aucune quivoque. Karl, spoliateur rsolu des biens de lÉglise, est reconnu coupable part entire." [5]

La mme justification sera reprise par Jules Michelet, pour qui "les agressions de Karl contre le patrimoine de lÉglise faisaient douter quil ft chrtien" ! [6]

Mais, disions-nous, les mythes ont la peau dure. Et aprs tout, des spoliations, quel envahisseur nen commet pas ? Du IXe au XIe sicles, la renomme de Charles en souffrira. Etrangement, cest aux sicles des Croisades que le nom de Martel va retrouver son aura, celle de tombeur des Sarrasin et de sauveur de la chrtient : comme si, crira Chateaubriand, "Les Maures, que Charles Martel extermina, justifiaient les Croisades !" [7].

Les crimes de Martel dans le Sud (de la France)

Sur le terrain, la ralit tait tout autre. Ce que Charles visait en fait, et depuis longtemps, cest la conqute de lAquitaine (dont la capitale tait alors Toulouse et non Bordeaux). Tant que cette rgion tait menace par les Sarrasins, il stait content dattendre son heure. Mais en apprenant avec stupfaction la nouvelle du mariage du gouverneur musulman de Narbonne avec la fille du duc dAquitaine, Martel comprit trs vite le risque que pouvait reprsenter une telle alliance. Celle-ci narrangeait pas non plus Abd er-Rahman, le matre de Cordoue (lEspagne arabo-andalouse tait dj mine par les rvoltes berbres contre le pouvoir arabe), ce qui lamena supprimer le "tratre" gouverneur, un Berbre, avant doffrir la fille du duc au calife de Damas Si Charles Martel arrta effectivement les Arabes Poitiers, il ne russit donc pas les dloger de la Narbonnaise, quil attaqua par deux fois, sans succs.

La lgende qui colle au nom de Martel doit tre revue et corrige sur un autre point : jamais les Francs nont eu de considration pour les habitants du sud de la Gaule. Lhomme "gallo-romain", et particulirement le citoyen de Toulouse, trop raffin aux yeux du Franc fruste et inculte, tait trait dhomunculus.

Furieux davoir chou par deux fois Narbonne, Martel va se venger sur les populations locales (chrtiennes) qui il reproche de ne pas lavoir accueilli en sauveur. Sur le chemin du retour (vers ses terres du Nord), il se venge sur Agde, Bziers, Maguelone, Nmes (dont il brle les arnes !). Selon Ernest Sabatier, notre cher historien de la ville de Bziers :

"Les Franks pillent outrance dans tous les lieux o ils portent leurs pas ; ils dsarment la population chrtienne, qui, ayant conserv en partie la civilisation romaine, voyait en eux des Barbares, et leur tait suspecte. Forcs dabandonner le sige de Narbonne, et voulant empcher les Sarrasins de prendre ailleurs dans le pays une position solide, ils rasent les fortifications de Bziers, dAgde et dautres cits considrables. Agde et Bziers sont mme livres aux flammes, leurs territoires dvasts, les chteaux sont dmolis. Enfin, en sloignant, les soldats de Charles-Martel emmnent, outre un grand nombre de prisonniers sarrasins, plusieurs otages choisis parmi les chrtiens du pays." [8]

Ces dvastations seront toutes mises sur le compte des Sarrasins, comme le sera un demi-sicle plus tard la mort de Roland Roncevaux (des historiens ont, enfin, dmontr que lattaque fut le fait des Basques et non des Arabes), et comme le seront cinq sicles plus tard dautres exactions, et l, cest toujours lhistorien de la ville de Bziers qui tmoigne : "Plusieurs dpts ont prouv des vicissitudes qui ont rendu assez rares les documents dont jaurais pu profiter. Les anciennes archives de Bziers furent, elles, consumes par lincendie quy allumrent les croiss en 1209..." !

Plusieurs chroniques lattestent (Continuation de Frdgaire, Isidore de Beja, Chronique de Moissac, El Maqqari [9]) : les cits susceptibles dtre ou de devenir des repaires pour les musulmans sont ravages. Maguelone est rase, Montpellier nest pas pargne, et encore moins Nmes :

"Pour punir la ville qui a fait appel aux Arabes, Charles dmolit les portes, abat les murailles et tente dincendier les Arnes sous prtexte quelles sont amnages en ouvrage dfensif. Sur son ordre, ses guerriers entassent toute une fort dans lAmphithtre et y mettent le feu" [10]

Un retour du refoul historique

Voil la vraie nature et luvre du hros de tant de gnrations dcoliers de France ! Celui-l mme dont le nom figura jusqu la veille de llection prsidentielle de 2002, sur une affiche lectorale : "732 Martel, 2002 Le Pen". En attendant, sans doute, de figurer sur le fronton de la mairie de Bziers, lapproche de 2017 ?

Mais comment peut-on imaginer que Bziers puisse, aujourdhui et en connaissance de cause, dire merci celui qui mit toute la rgion feu et sang ? Et si, au contraire, comme par un retour du refoul historique, des Biterrois de souche dcidaient, un jour, de rpondre Robert Mnard en manifestant en masse, et sous le seul slogan qui vaille et qui soit digne de la mmoire de leurs anctres : "Je ne suis pas Charlie Martel !" ?



[1] Jean Boldo dAlbenas, Discours historial de lantique et illustre cit de Nmes, Nota bene : toutes les rfrences, accompagnant cette tribune, se trouvent dtailles dans mon essai : Abd er-Rahman contre Charles Martel (Perrin, 2010).
[2] N. G. Lonard, Histoire ecclsiastique et politique de lEtat de Lige, 1801.
[3] Franois Laurent, Le Moyen-ge et la rforme, 1866.
[4] Vita sancti Eucherii, Aurelianensis episcopi, n8 et 10, cit dans Jean Deviosse, Charles Martel, Tallandier 1978. Epistolae patrum synodi Carisiacensis, anne 858, cit dans Jean Deviosse, Charles Martel.
[5] Cf. J. Deviosse, Charles Martel.
[6] Michelet, Histoire de France, cit dans S. Guemriche, Abd er-Rahman contre Charles Martel (Perrin 2010).
[7] Chateaubriand, Gnie du christianisme, dans Oeuvres compltes, d. Furne, 1865.
[8] E. Sabatier, Histoire de la ville et des vques de Bziers, Paris 1854, cit dans Salah Guemriche, Abd er-Rahman contre Charles Martel (Perrin 2010).
[9] El Maqqari, manuscrit arabe de la BNF, ancien fonds, rf. dans Abd er-Rahman contre Charles Martel.
[10] Jean Deviosse, Charles Martel.
Par Salah Guemriche




 

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