> >

[] [ ]

rponse aux professeurs Bentolila et Tlemsani

(Tags)
 
Le Pr Bentolila : Les systmes ducatifs de certains pays dits francophones fabriquent lchec Emir Abdelkader 0 2015-08-27 02:31 PM
l'universitaire Fatima Tlemsani rpond au professeur Bentolila Emir Abdelkader 0 2015-08-26 04:27 PM
La rponse au staff de Bouteflika Emir Abdelkader 0 2014-04-14 02:23 PM
Rponse au mercenaire Allain Jules :... Emir Abdelkader 0 2014-04-13 03:24 PM
USA: une association regroupant plus de 5.000 professeurs et chercheurs amricains dcide de boycott Emir Abdelkader 0 2013-12-17 02:58 PM

 
LinkBack
  : ( 1 )  
2015-08-29
 
:: ::

  Emir Abdelkader    
: 11609
: Aug 2011
:
:
:  male
:
: 45,948 [+]
: 3119
: Emir Abdelkader has a reputation beyond reputeEmir Abdelkader has a reputation beyond reputeEmir Abdelkader has a reputation beyond reputeEmir Abdelkader has a reputation beyond reputeEmir Abdelkader has a reputation beyond reputeEmir Abdelkader has a reputation beyond reputeEmir Abdelkader has a reputation beyond reputeEmir Abdelkader has a reputation beyond reputeEmir Abdelkader has a reputation beyond reputeEmir Abdelkader has a reputation beyond reputeEmir Abdelkader has a reputation beyond repute
Manqool rponse aux professeurs Bentolila et Tlemsani

L'arabe dialectal dans le systme ducatif algrien : rponse aux professeurs Bentolila et Tlemsani




Plutt que de vouloir absolument insister sur les divergences de vues des deux parties sur une question aussi dlicate, faisons la part des choses et reconnaissons les vertus pdagogiques de ces deux interventions. En rsum, le Pr Bentolila na pas entirement tort en faisant ressortir largument de la pense alinante, alination dicte par lusage dun registre de langue qui ne correspond presque plus lunivers rfrentiel, motionnel qui lie tous les Algriens, les enfants en particulier. Prenez un enfant algrien et dites-lui que dhahaba veut dire aller au pass accompli, mot extrmement courant lcrit quil nentend pas dans la ralit, mais quil entendra peut-tre un jour. Mme Tlemsani na pas tort non plus en arguant du fait quil ny a pas darabe algrien en soi, mais des parlers parfois assez loigns les uns des autres, et que mme si ctait le cas, il ne pourrait tre le gage dun apprentissage un niveau lev de rflexion de matires aussi diffrentes que les mathmatiques ou le franais. Prenez un jeune Algrien et dites-lui que le mot concept nexiste pas encore en arabe algrien, pas plus que le mot adaptateur lectrique, etc. La liste est longue. Pour revenir en dtail cette question pineuse, il faut se souvenir que les langues en usage en Europe, modle de rfrence, sont aujourdhui des langues nationales. Elles sont issues de transformations politiques profondes conduisant lmergence de lEtat-nation bien quelles existaient ltat littral de faon embryonnaire des sicles auparavant. Or, il manque prcisment lAlgrien ce socle historique, o la pratique sociale de lcrit (je souligne une large chelle) conduit des revendications politiques. Ce rapport au politique devait ne pas occulter un aspect important dans ladoption des choix linguistiques de lAlgrie indpendante. Langue dmancipation des peuples nations, la langue orale, vivante, naturelle est un objet minemment stratgique en ce quelle intgre des populations entires dans la vie et les institutions de lEtat-nation unitaire. Il tait vident qu lindpendance, lalgrien littral nexistait pratiquement pas, ou ntait pas ou peu crit, ntant lobjet que dinvestigations ethnolinguistiques de lordre colonial, certes parfois riches en informations. Dire quaujourdhui, il faudrait enfin revenir la langue algrienne comme si elle pouvait traiter de neurochirurgie ou mme des mathmatiques du XIXe sicle, ce serait encore se mettre en porte faux avec le problme dune socit confronte une hyper-modernisation croissante, pour laquelle lalgrien nest malheureusement pas outill sauf ne considrer dans la langue que son registre potique ou musical. Le constat dune seconde mutilation selon les termes de Mme Tlemsani semble ainsi irrfragable. Il est ais de clamer lusage de lalgrien lcole, car il serait dun usage facile pour lenfant qui dcouvrirait sa langue maternelle travers lcriture, et lui permettrait de le resituer dans son vritable environnement culturel o sexpriment ses motions, ses sentiments et sa comprhension du monde. Par lalgrien littral, le Pr Bentolila revendique les droits intimes dun Lebenswelt garant de la promotion intellectuelle de lenfant. Une telle position est juste en principe, mais nest pas ralisable en Algrie o cette fameuse langue algrienne fait plus figure dun dsir inassouvi que dune existence relle. En effet, la langue algrienne littrale crite nexiste pas ou reste trs fragmentaire au vu des enjeux de la modernit et de ses consquences au plan linguistique. Pour faire cho aux propos de la professeure Tlemsani, on peut concevoir que lenfant algrien soit en mesure de dcrire par lcriture une scne de la vie pastorale, comme le berger qui chasse le loup, ou bien quil sache numrer les lgumes du march, mais quand il sagira de produire une rdaction sur un thme plus complexe impliquant un vocabulaire technique, comme un voyage en avion, la description dune passerelle... comment lenfant se comporterait-il face la frustration de ne pas savoir ces mots dans sa dite langue maternelle, tout simplement parce quils nexistent pas ? Nous voyons bien les limites matrielles dune telle conception de lenseignement. Comment franchir la barrire de la daridja au vocabulaire encore limit dans ltat actuel de la langue ? Une telle incompltude doit-elle tre nglige au nom de sacro-saints principes psychopdagogiques, certes avrs, qui occultent une partie importante du problme, laccs lintellection dobjets et de situations complexes issues de la postmodernit ? Quelle mthode doit-on employer pour greffer dans le substrat de la langue algrienne dnormes quantits de mots couvrant une ralit physique et abstraite dpassant ltat actuel de la langue algrienne ? Ne nous berons pas dillusions, il nexiste que deux voies pour tenter de rgler ce problme en dehors de limposition verticale de larabe classique et/ou moderne (dite arabisation en Algrie) : ou bien lon considre que laction et la dcision politiques sont mme de faire changer lusage dune langue orale en y insufflant den haut, cest--dire partir de larabe moderne pour simplifier, tous les nologismes ncessaires afin que larabe algrien se modernise au point den faire un outil de communication performant tant loral qu lcrit, ou bien lon considre que cest lusage et aux pratiques sociales de commander presque instinctivement lusage des mots quelle que soit leur origine, charge pour lEtat den entamer la codification en aval. Dans le premier cas, el hassiba serait intgr dans lalgrien, pour dsigner un ordinateur. El mafhoum serait le concept que les jeunes Franais eux utilisent et crivent dj naturellement. Dans le deuxime cas, el ordinatour ou un quivalent rgional deviendrait officiellement un mot du vocabulaire algrien, quune acadmie de langue algrienne aurait attest. Cependant, dans ces deux cas de figure, il est difficile de prvoir les rsultats de telles procdures tant il est manifeste que les facteurs sociaux et culturels qui influencent et pntrent la langue au plan diachronique dpassent largement les capacits daction des gouvernements et de leurs organes de dcision et de prvision en la matire. Il est par consquent difficile de faire le procs des politiques linguistiques de lEtat algrien en dehors de ce cadre axiomatique incontournable, faisant fi des forces profondes de lHistoire dans ses dimensions psychologiques, rfractaires ou mancipatrices de lalgrien. Rien natteste en effet quune politique de darijisation (permettez-moi ce barbarisme) qui viserait couler dans le moule de larabe algrien toutes sortes de mots qui font dfaut (et il y en a normment) conduira invitablement cet tat de langue nationale o mots abstraits se mleraient allgrement tout un registre technique en empruntant larabe dit classique, et parfois au latin classique par le biais du franais ou de lespagnol. Le naturel en langue se laisse trs peu dompter par le politique, surtout lorsque des forces profondes dordre historique agissent contre-courant. Beaucoup ont soulign que loption dun enseignement de larabe classique et de larabe moderne fut un chec en Algrie. Cet avis me parat exagr mme si en partie il est vident que la situation de diglossie que vit lAlgrie peut voquer une forme dalination mentale et culturelle pour une socit quelque peu diffrente du contexte oriental dont cette langue proviendrait. Ce sentiment dtranget, de dissonance cognitive est bien connu des Algriens qui font face de longs discours alambiqus en arabe classique, un peu moins en arabe moderne. Il faut rappeler que cet chec relatif nest pas d une langue qui serait en soi importe, alinante, trangre, mais plus prosaquement au manque de moyens apports pour un apprentissage de qualit et gnralis toutes les couches de la socit. De plus, au sein mme du monde arabophone, il na jamais t procd une sparation stricte et salutaire entre un domaine classique, ancien et un autre moderne : apprendre larabe, cest apprendre tout larabe, depuis la jahiliya jusqu larabe dAl-Jazeera. Imaginez un instant que les Franais doivent parler couramment la langue de Chrtien de Troyes ! Aussi, lAlgrie ne disposait pas dassez de professeurs pour que la masse critique et leffet escompt soient profitables et sains dans une socit en recherche didentit. Plus grave encore, il a t fatal de ne pas ancrer lapprentissage de larabe classique et moderne dans le socle de larabit algrienne, dune richesse extrme, car pluriethnique, patrimoine compltement oblitr des programmes culturels et linguistiques de langue arabe en Algrie. Cette forme dorientalisation connue sous le vocable darabisation a t une dmarche maladroite, suscitant polmiques et dbats striles dont la charge motionnelle ne pouvait que traduire un viol identitaire. Au lieu de vouloir tout prix greffer llment arabo-islamique dorigine orientale dans le corps de la nation algrienne, il et t plus judicieux den expliquer les racines et de les faire ressortir dans ce quelles ont produit sur le feuillage typiquement algrien. Larabisation de lAlgrie et t plus profitable la nation si elle avait illumin lensemble des productions culturelles et linguistiques authentiquement algriennes en en dvoilant lorigine orientale dans une dmarche comparative sans verser dans la rivalit, ou dans la purification rdemptrice. Oui, il y a diglossie en Algrie lorsque larabe de la tlvision ne fait pas un retour ou un dtour par la langue algrienne, si proche, si familire et dont elle est le substrat inbranlable, car produit de la socit. Oui, il y a diglossie lorsque larabe parl dans la rue nincorpore pas assez les mots de sa langue littraire naturellement, parce que les lites intellectuelles nauraient pas commenc dcrire dans cette langue en empruntant aux registres philosophiques, liturgiques, scientifiques... de larabe littraire. Ce dernier point doit nous servir dsamorcer la polmique suscite autour de ladoption de la darija comme langue denseignement terme. Dans le fond, la ministre de lEducation nationale semble tenir un point important en voulant crer un processus de rappropriation de larabe algrien afin den faire un outil dapprentissage efficace pour les enfants algriens, car proche de leur environnement rfrentiel, motionnel et psychopdagogique. Mais une telle langue nexiste pas lheure actuelle : lalgrien nest pas cette langue franaise qui a t longuement crite depuis le moyen-ge avant dtre codifie et adopter dans le sein de lEtat. Il manque lalgrien des milliers voire des millions de pages crites par des intellectuels, des rudits, des potes, philosophes, juristes ou simplement de simples gens qui sadonnent lcriture... pratiques sociales portes par lHistoire, o les mots du peuple se mlent lcrit de la langue classique, transforme, modele, rendue profane par les vicissitudes du temps et de lHistoire. Ce passage lcrit, examen minemment prcieux, gage de scularisation et dauthenticit sociale, na jamais eu lieu en des proportions critiques qui fassent de larabe algrien un outil didactique et heuristique. Ne gageons pas que ce passage nait jamais lieu, et cest peut-tre de la sorte quil faut interprter la volont de notre chre ministre, mais il convient de ne pas se voiler la face, en crant un espoir qui au vu de notre ralit sociolinguistique se rvlerait une chimre. Dans ltat actuel du parler algrien, il serait prilleux de vouloir entamer un processus de codification qui ne correspond pas encore un tat de pratique sociale et culturelle avanc mme dtablir une jonction entre larabe littraire et son versant oral. Lintermdiation dlites algriennes qui rdigeraient en arabe algrien des textes de loi ou des traits religieux nest pas encore effective au point de former un corpus de rfrence, rsultat dune pratique rpandue dans la socit. En dautres termes, on ne constate toujours pas de socialisation large chelle de lcrit en arabe algrien au point quil se traduise en langue nationale. Or, en cette absence, les institutions risqueraient de crer des milliers de mots que les locuteurs nutiliseraient pas, comme on a pu le constater ailleurs. Entre le dfaut dune langue mutile face la modernit et labsence dun corpus critique dessence sociale, il faut convenir que le retour larabe classique doit tre promu non pas en lopposant la daridja, comme tente de le faire le dbat intellectuel actuel, et encore moins en le transplantant den haut par-del les sicles et les contextes historiques, mais en instillant progressivement les mots fondamentaux qui rehausseraient larabe algrien au rang dune modernit positive sans travestir le devenir dune socit dont les ramifications identitaires sont multiples.


Dr Arab Kennouche
Universit de Sofia, Bulgarie







 

()


: 1 ( 0 1)
 

rponse aux professeurs Bentolila et Tlemsani




09:07 PM

Powered by vBulletin Version 3.8.7 .Copyright 2000 - 2015, Jelsoft Enterprises Ltd
Search Engine Optimization by vBSEO ©2011, Crawlability, Inc.
- - -
Designed & Developed by shababdz.com
2014,