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2018-05-16
 
Emir Abdelkader
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  Emir Abdelkader    
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Un documentaire poignant ...

Un documentaire poignant rvle un pisode historique peu connu de la guerre de libration nationale





Said Oulmi sintresse dans Sur les traces des camps de regroupement , documentaire historique projet en avant-premire dans la soire du lundi 14 mai la salle Ibn Khaldoun, Alger, un pisode peu connu de la guerre de libration nationale.




Un pisode couvert de silence ct franais et ct algrien aussi. Il sagit de la dcision de larme franaise de dplacer massivement des populations vers des camps ou des centres dinternement dans plusieurs rgions du pays notamment dans les Aurs, la Kabylie, les rgions frontalires avec la Tunisie, El Bayadh et Sidi Bel Abbes.
Entame en novembre 1954, cette stratgie militaire avait pour but de couper les moudjahidin des civils en crant des zones de scurit (devenues aprs zones interdites ).
Said Oulmi sest appuy sur des archives montres pour la premire fois, des tmoignages de rescaps, des clairages dhistoriens, des documents audiovisuels et des photos.
Le documentaire rvle quentre 1955 et 1961, plus de 2300 camps ont t crs au niveau national o presque trois millions dAlgriens ont t concentrs.
Un documentaire rvle un pisode historique peu connu : linternement de trois millions dalgriens par larme franaise. Sur la photo : Hadj Chahati. ( TSA)

40% de la population algrienne sest retrouve regroupe, resserre et recase. Je ne vois pas dautres exemples dans lHistoire o lon a enferm toute une population dans les camps. Des milliers de personnes taient mal nourries, mises en isolement. Privs de ressources matrielles, les paysans pouvaient mourir de faim , dnonce, dans le film, Michel Cornaton, qui a publi, en 1998, Les camps de regroupement de la guerre dAlgrie .
Ce livre a t prfac par Germaine Tilion, ethnologue et rsistante, et postfac par Bruno Etienne, historien. Michel Cornaton explique, dans le documentaire de Said Oulmi, que les soldats franais, qui revenaient dIndochine, avaient compris quen guerre rvolutionnaire, le rebelle vit comme un poisson dans leau.
Il fallait vider leau, pour attraper le poisson. Ctait la philosophie de base de ce quon a appel les zones interdites. Il fallait couper la population des rebelles. Une politique dasschement , explique-t-il.
Il fallait asscher tout un peuple pour isoler, soi-disant, les combattants. Les gens ont laiss leurs terres et leurs mechtas avec des tracts qui tombaient du ciel o ils taient crits : Quittez, sinon vous serez excuts . Les bombardements commenaient mme avant le dpart de la population. Ctait lapocalypse , appuie Redha Malek, interview dans le film.
Vous ne pouvez pas imaginer ce que nous avons vcu

En 1955, les premiers camps ont t ouverts Tkout, Mchounech et Bouhmama, dans les Aurs. Said Oulmi a rappel, lors du dbat aprs la projection, que la loi du 3 avril 1955 relative linstauration de ltat durgence interdisait la cration de camps en Algrie (article 6).
Le gouverneur gnral Jacques Soustelle a nomm en 1955 le gnral Parlange comme commandant civil et militaire des Aurs o il va pratiquer la politique de la terre brle.
La population dOuldja, dans le sud de Khenchela, a t oblige, par exemple, de marcher presque 80 km pour rejoindre le camp de Bouhmama. Des douars entiers ont t vids de leurs habitants. Des tmoins, encore vivants, se sont rappels de cette priode noire.
Nous navions rien, mme pas de quoi se couvrir et se nourrir. Les barbels taient lectrifis, personne ne pouvait sortir. Il fallait demander une autorisation. Nous tions obligs daller chercher des branchage, des bouts de bois et des pierres pour construire des gtes , raconte un habitant des Aurs.
Dautres tmoins, comme Mohamed Chehati, voquent le pilonnage des villages des Aurs. Nous avons t bombards par des avions. Beaucoup de personnes sont mortes et plus de 1000 maisons ont t dtruites. Ils ont tout brl. Vous ne pouvez pas imaginer ce que nous avons vcu. Chaque trois jours, les avions militaires revenaient pour tout raser. Rien na t laiss , se rappelle-t-il. La politique de pacification sera pratique ailleurs en Algrie, la rgion des Aurs devait servir dexemple.
La politique de pacification tait un leurre

Tous les jours, jtais le tmoin des atrocits commises par la France. La politique de pacification tait un leurre. Ctait une faon coloniale de dire les choses, rien dautre quune opration militaire qui consistait vider les territoires de toute habitation et crer des zones interdites o les commandos franais pouvaient tirer sur tout ce qui bouge. On prenait des civils innocents pour les enfermer dans des camps dans des conditions qui les font mourir. Cest un crime contre lhumanit. La France appelait cela des villages de regroupement , en fait, il sagissait de camps de concentration de population civile , confie, pour sa part, Marc Garanger, photographe, qui a servi en tant quappel au 2e rgiment dinfanterie Aumale (Sour El Ghozlane actuellement).
Marc Garanger ( TSA)

Il a pris des photos, notamment de femmes, forces denlever leurs foulards, dans la rgion de Mesdour, Meknine et Bordj Oukhriss o des camps dinternement avaient t ouverts aussi.
La plupart des femmes me fusillaient du regard. Ctait une protestation violente et muette. Jai fait ces photos la gloire de ces femmes. Je voulais crier la face du monde toute lhorreur de cette guerre , dit-il sans retenir ses larmes.
Les photos de Marc Garanger ont t publies dans un livre, Femmes algriennes 1960 (1982). Mustapha Khiati est lauteur du seul ouvrage algrien consacr aux camps dinternement.
Il a parl, lors du dbat, dune page particulirement noire de la prsence coloniale franaise en Algrie. La gnration de Novembre na pas su transmettre linformation. Si lon se base sur le rapport de Michel Rocard, il y a eu pratiquement 500.000 morts tous les ans sur les 3 millions de personnes qui ont t dplaces dans les camps de concentration entre 1957 et 1961 , prcise-t-il.
Said Oulmi avec Michel Rocard ( TSA)

Le rapport de Michel Rocard a bris le silence

Lexistence des camps de regroupements en Algrie ne sera rvle en France quen mars 1959 par le quotidien Le Monde, aprs une fuite organise dun rapport tabli par Michel Rocard, aprs enqute en 1958.
Rocard explique, dans le documentaire, les conditions de la publication de larticle aprs remise du rapport au ministre de la Justice (le document ne sera publi quen 2003).
La presse a pris ensuite le relais en mettant en avant les conditions inhumaines dans les camps. En juillet 1959, la France a t condamne lONU cause de ces camps.
Enfermer la population de cette manire, cela sappelle un crime contre lhumanit , dclare lavocat Jacques Vergs dans le documentaire. Il parle de camps de concentration .
Selon Malika Korso, historienne, prsente dans la salle, un journaliste franais avait voqu, la fin de 1954, lexistence de camps de concentration avec barbels en Algrie.
Selon elle, lenfermement et la dshumanisation sont des critres pour dsigner un camp de concentration . Ce documentaire est un support didactique qui doit tre vu, discut et dbattu au niveau des lyces et des universits , propose Malika Korso.
Jai fait des recherches et jai choisi des intervenants qui ont travaill sur le sujet. En Algrie, il ny a pratiquement aucun document sur cet pisode de lHistoire mis part le livre du professeur Mustapha Khiati. Cest un sujet encore inconnu en Algrie et ltranger. Tout un travail mdiatique a t fait en Allemagne pour quon voque les camps de concentration (nazis) alors quen Algrie, nous navons pas abord ce sujet. Il appartient aujourdhui aux historiens algriens de mieux dfinir ces camps et de faire des recherches , a propos Said Oulmi.

Un documentaire rvle un pisode historique peu connu
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linternement de trois millions dalgriens par larme franaise. Sur la photo : Zohra Ou Daouia Gacem. ( TSA)