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Manqool En Arabie saoudite, modernisation de lautoritarisme...

En Arabie saoudite, modernisation de lautoritarisme.Vague darrestations et rvolution de palais

Par Stphane Lacroix*,



Depuis le 9 septembre 2017, plusieurs dizaines darrestations ont eu lieu en Arabie saoudite. Il sagit pour la plupart de personnalits publiques trs diffrentes dont la caractristique commune est quils nont pas pris position dans la crise qatarie . Plus profondment, cette vague de rpression marque un tournant dans la politique patrimoniale traditionnelle, avec la monte en puissance du nouvel homme fort du royaume : Mohammed Ben Salman.
Ce nest pas en soi une nouveaut : lArabie arrte rgulirement des individus considrs comme opposants. Cette fois pourtant, les choses semblent diffrentes. Dune part, il sagit pour la plupart de personnalits publiques, pour certaines trs influentes. Parmi elles, le cheikh Salman Al-Awdah, qui compte prs de 14 millions de followers surTwitter.
Les dtenus appartiennent en outre des camps idologiques trs diffrents, voire opposs. Il y a certes une majorit dislamistes, mais le spectre de leurs orientations va des ultraconservateurs comme Mohammed Al-Habdan ou Abd Al-Aziz Al-Abd Al-Latif, figures de proue du courant dit sourouriste 1 et grands pourfendeurs de la dmocratie, des islamistes libraux comme Al-Awdah. Ces dernires annes, Awdah a soutenu les printemps arabes, milit pour ltablissement dun État des droits et des institutions en Arabie, et stait mme rcemment prononc contre la criminalisation pnale de lhomosexualit.
La liste comporte aussi plusieurs jeunes intellectuels rformistes qui, aprs 2011, ont pris une part active la contestation dmocratique en Arabie. Parmi eux, Abdallah Al-Maliki, diplm de sciences religieuses, qui a cr lvnement en 2012 un publiant un livre dans lequel il cherchait montrer la primaut de la souverainet populaire sur la charia2, et Mustafa Al-Hassan, fondateur dun forum pan-golfien destin encourager le dveloppement des socits civiles. À ceux-l sajoute le jeune entrepreneur Isam Al-Zamil, suivi par prs dun million de personnes sur Twitter o il livre commentaires aviss et critiques sur les orientations conomiques de lÉtat saoudien. Enfin, Hassan Al-Maliki, ennemi dclar du wahhabisme et bte noire des conservateurs a lui aussi t jet en prison.
Supposs suppts du Qatar

Au-del des profils des dtenus, ce qui frappe est la mthode. Par le pass, les personnalits publiques qui se trouvaient dans la ligne de mire des autorits faisaient plutt lobjet dune convocation discrte au poste de police. Or la plupart de ceux qui ont t arrts cette fois-ci lont t chez eux, devant leurs familles et sans mnagement, comme sils taient des terroristes , ainsi que le raconte un proche dun des dtenus. Comme lvoquent diffrents tmoignages, des dizaines dautres Saoudiens ont t soumis interrogatoires et menacs, avant dtre relchs. À la manuvre dans la plupart des cas se trouve, non le ministre de lintrieur, mais un nouvel organe cr en juillet 2017 : la prsidence de la sret dÉtat (riasat amn al-dawla), directement rattache au palais royal et qui sappuie, dit-on, sur des conseillers issus de la tristement clbre sret dÉtat gyptienne (si cela est confirm, la similitude dappellations ne serait donc pas un hasard).
Si les autorits nont pas rendu publique la liste des dtenus, un communiqu mis le 12 septembre 2017 donne le ton : la police aurait lanc une opration de dmantlement de cellules despionnage (khalaya istakhbaratiyya) au profit de puissances trangres.
Pour quiconque suit lactualit dans le Golfe, il ne fait aucun doute que la puissance trangre en question est le Qatar. Diffrents articles de presse ont laiss entendre, dans les jours suivant les arrestations, que la crise qatarie pouvait tre lorigine de la rpression. Comme beaucoup de Saoudiens sceptiques lgard de la rcente campagne contre le Qatar, la plupart des individus dtenus se sont en effet abstenus de prendre position dans la querelle qui oppose lArabie lmirat gazier. Et Salman Al-Awdah a mme, dans un tweet post le jour prcdant son arrestation, sembl se rjouir de la nouvelle dune possible rconciliation prochaine entre voisins du Golfe (nouvelle rapidement dmentie par les autorits saoudiennes).
La crise qatarie et lagacement des autorits face cette neutralit affiche par certains Saoudiens reprsentent peut-tre la cause immdiate des arrestations. Il faut dire quaprs trois mois de blocus, lArabie, les Émirats arabes unis, lÉgypte et le Bahren nont pas obtenu grand-chose, et il nest pas impossible que les autorits saoudiennes aient choisi de faire diversion en lanant une chasse aux supposs suppts du voisin honni.
Mfiance envers lislam politique

Mais ces arrestations ont des causes profondes quil importe ici de souligner. La premire dentre elles est la transformation radicale du rapport que les autorits saoudiennes entretiennent lgard de lislam politique.
Jusquau dbut des annes 1990, le pouvoir saoudien entretenait dtroites relations avec lensemble de la mouvance islamiste. Le royaume avait donn refuge partir des annes 1960 des milliers de Frres musulmans perscuts par les rgimes nationalistes du monde arabe, et ces derniers avaient t intgrs aux structures de lÉtat saoudien, qui les utilisait notamment comme vecteurs dinfluence.
Dans les annes 1980, des islamistes plus radicaux ont eux aussi pu jouir de la protection du royaume, notamment lorsquils combattaient communistes et Sovitiques en Afghanistan. Linfluence de ces militants trangers sest vite exerce en Arabie saoudite mme, donnant naissance un courant islamiste saoudien puissant, la Sahwa (ou al-Sahwa al-Islamiyya, le rveil islamique ), dont les membres, la diffrence des oulmas de lestablishment officiel, nhsitaient pas sexprimer sur les questions politiques.
Lorsquen 1990, le roi Fahd a fait appel des centaines de milliers de soldats trangers, principalement amricains, pour protger le royaume et librer le Kowet voisin occup par larme irakienne, ces militants ont pris la tte dun vaste mouvement dopposition la famille royale.
En 1994, les principales figures de la contestation, parmi lesquelles se trouve dj Salman Al-Awdah, sont jetes en prison pour ntre libres que quelques annes plus tard. Sinstalle alors une mfiance grandissante entre le rgime saoudien et les islamistes, locaux et trangers, au point quen 2002, dans une dclaration la presse koweitienne, le prince Nayef, ministre de lintrieur, fait des Frres musulmans la source de tous les maux du royaume . Les printemps arabes voient les Frres musulmans et leurs mules lemporter dans les premires lections dmocratiques organises en Tunisie et en Égypte. Cela ne fait quajouter la mfiance des autorits saoudiennes, dautant que les islamistes saoudiens affichent ouvertement leur soutien leurs camarades.
En Arabie, des personnalits islamistes saisissent loccasion pour appeler des rformes ; diffrentes ptitions cet effet circulent pendant lanne 20113. Le retour de bton arrive partir de 2013 avec le soutien saoudien au renversement du prsident gyptien Mohamed Morsi, puis la dsignation officielle par lArabie des Frres musulmans et de tous les groupes qui sy apparentent comme terroristes. Les islamistes saoudiens savent ds lors quils ont une pe de Damocls au-dessus de la tte.
Les premires arrestations (essentiellement parmi les activistes impliqus dans la dfense des droits de lhomme) ont lieu en 2013 et 2014, puis en 2016, mais elles concernent un petit nombre de figures de second rang jusquaux arrestations, bien plus massives, de septembre 2017.
Un jeu dquilibre remis en cause
Ces nouvelles arrestations ont donc une seconde cause profonde, de nature plus structurelle, lie aux transformations depuis deux ans du rgime saoudien. Le systme saoudien incarnait avant 2015 une forme dautoritarisme que lon pourrait qualifier de pr-moderne . LÉtat en Arabie ntait pas ce Lviathan si typique des rgimes arabes post-indpendance, mais un État traditionnel de type patrimonial pratiquant une forme exacerbe de paternalisme politique. Dans un tel systme, la cooptation, alimente par la manne ptrolire, reprsente le mode privilgi de gestion des conflits politiques, la rpression ntant vue que comme un dernier recours que lon prfrait viter (mme si elle est plus quune possibilit thorique).
Cet État tait lui-mme fragment, puisque les principaux membres de la famille royale se partageaient le pouvoir, chacun possdant un fief, souvent ministriel, lui permettant dentretenir sa clientle. Lexercice du pouvoir en Arabie consistait ainsi, en somme, en un jeu dquilibre permanent entre factions et courants. Un jeu qui, en retour, permettait lexistence, mme a minima, dun certain pluralisme politique.
Les annes 2000 ont t ainsi marques par un dbat anim entre islamistes et libraux de diffrentes tendances, dabord dans les journaux puis sur les rseaux sociaux, les uns et les autres dfendant leur projet de socit, par exemple sur le droit ou non des femmes conduire. Bien entendu, ce dbat navait pas grande prise sur la dcision politique, qui demeurait la prrogative exclusive de la famille royale. Mais il avait au moins le mrite dexister.
Mohammed Ben Salman, un pouvoir personnel
Cest tout ce systme qui est mis bas depuis 2015 avec la monte en puissance dun unique homme fort, Mohammed Ben Salman, g dune petite trentaine dannes, actuel prince hritier et fils du roi, qui concentre aujourdhui entre ses mains lessentiel du pouvoir. Pour y parvenir, il a avec le soutien de son pre graduellement exclu ou marginalis lensemble des branches concurrentes au sein de la famille royale. Le dernier prince pouvoir thoriquement lui tenir tte, Mohammed Ben Nayef, prince hriter en titre jusquen juin 2017, a t dmis de toutes ses fonctions.
Ben Nayef est aujourdhui en rsidence surveille, tout comme le sont dautres princes influents, tel Abd Al-Aziz Ben Fahd, fils du dfunt roi Fahd. Lobsession de Mohammed Ben Salman semble tre de crer une verticale du pouvoir remontant sa personne, alors mme que le systme saoudien tait tout entier bti sur lide dune certaine horizontalit.
Pour justifier ce qui sapparente une vritable rvolution de palais, Mohammed Ben Salman argue de la ncessit de mettre lÉtat et la socit en ordre de bataille pour, dune part, relever les dfis rgionaux notamment ce que Riyad qualifie d expansionnisme iranien et qui justifie la guerre au Ymen et, dautre part, faire appliquer son projet de rforme conomique et sociale, prsent de manire tapageuse sous le nom de Vision 2030 et rdig avec laide du cabinet de conseil amricain McKinsey. Un tel objectif implique de faire taire toutes les voix dissidentes, do quelles proviennent. La mme transformation stait produite de manire plus discrte plus dune dcennie plus tt aux Émirats arabes unis sous la frule de Mohammed Ben Zayid, prince hritier dAbou Dhabi et mentor de Mohammed Ben Salman.
À Riyad, on murmure ainsi que lobjectif des changements actuels est dimporter en Arabie le modle mirien , qui fascine le jeune prince. Un objectif que beaucoup considrent irraliste, tant donn les diffrences dmographiques et anthropologiques qui sparent les deux pays.
Mohammed Ben Salman incarne le dernier avatar de la figure bien connue dans le monde arabe de l autocrate modernisateur . En labsence pour le moment du moins de rsultats conomiques tangibles, cest surtout lautoritarisme quil est en train de moderniser. Le journaliste Jamal Khashoggi, anciennement rdacteur en chef du journal saoudien Al-Watan et longtemps proche du pouvoir, aujourdhui exil aux États-Unis, ne dit pas autre chose lorsquil dclare : LArabie saoudite na pas toujours t aussi rpressive. Aujourdhui, cest devenu insoutenable.
LArabie est peut-tre, en somme, en train de rejoindre la norme institutionnelle arabe. Et ce nest pas une bonne nouvelle.

NOTES
1NDLR. Du nom dun prdicateur dorigine syrienne, Mohamed Sourour Zein al-Abidne, cette mouvance associe salafisme et frrisme.

2Abdallah Al-Maliki, Siyadat al-umma qabl tatbiq al-sharia, Beyrouth, Al-shabaka al-arabiyya li-l-abhath wa-l-nashr, 2012.

3Sur cette mobilisation cf. Stphane Lacroix, Saudi Islamists and the Arab Spring , London School of Economics and Political Science, Kuwait Programme on Development, Governance and Globalisation in the Gulf States n 36, mai 2014.
*Stphane Lacroix. Docteur en science politique (Sciences Po). Actuellement professeur associ lÉcole des affaires internationales de Sciences Po (PSIA) et chercheur au Centre de recherches internationales (CERI). Recherches en cours : islam et politique au Moyen-Orient ; le salafisme comme mouvement transnational ; lautoritarisme et ses transformations ; les mouvements sociaux dans le monde arabe.

Source : Orient XXI



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