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Voyage Biskra, le nouveau potager de lAlgrie

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Manqool Voyage Biskra, le nouveau potager de lAlgrie

Voyage Biskra, le nouveau potager de lAlgrie



Piments, poivrons, tomates, aubergines, petits pois, fves, melons, cantaloups, pastques À longueur danne, Biskra alimente lAlgrie en produits marachers, avec une part estime 45%. Avec la wilaya voisine dEl Oued, la couverture des besoins nationaux en fruits et lgumes dpasse 55%.

Biskra est le nouveau potager de lAlgrie. Il existe deux grands ples agricoles Biskra. À lest, Sidi Okba, Ain Naga et MZiraa. Et, louest, El Ghrous et Doucen. Sidi Okba tait connue par le pass par la culture en champs comme les fves, l, la plasticulture a pris le relais , dit-il.
Vous savez, mme la fraise pousse chez nous

MZiraa, qui est 69 km lest de Biksra, les serres tunnel sont visibles de loin des deux cts de la route. À perte de vue. La plasticulture couvre plus de 60000 hectares de superficie agricole Biskra.
La plasticulture est trs prsente dans la rgion de Biskra (TSA )

La plasticulture couvre plus 6.000 hectares de superficie agricole dans la valle des Zibans (TSA )

Dans son exploitation, Fateh cultive les piments, les poivrons, les aubergines et les tomates. Vous savez, mme la fraise pousse chez nous comme Zribet El Oued. Jai 32 serres que jai confies trois ouvriers. Jai commenc dans lagriculture il y a 9 ans. Pour linstant, a marche. Nous navons pas de problme deau puisquil y a un forage , dit-il.
Fateh voque toutefois la baisse des prix sur les marchs de gros. On narrive mme pas payer nos ouvriers. Ce matin, le piment tait cd 20 dinars le kilo, le poivron 25 dinars. Pour transporter quatre sacs, louvrier demande 1.000 dinars. Cette situation dure depuis plus de vingt jours. Les commerants nous imposent leur loi. Aujourdhui, jtais oblig de cder mes poivrons 15 dinars le kilo. Mme les commerants disent quils ne se retrouvent pas, eux aussi. Hier, je nai pas pu vendre ma cargaison , se plaint-il.
Les fellahs de Biskra se plaignent de la baisse des prix au march de gros (TSA )

Comme beaucoup dautres fellahs, venus du Nord du pays, Tahar Baziz, natif de Batna, a lou des terres pour rcolter du poivron et du piment MZiraa. Lui aussi peine couler sa marchandise parfois. Il y a une offre importante, mais les acheteurs ne sont pas aussi nombreux. Dans pareille situation, les commerants font ce quils veulent et achtent au prix quils veulent. Ils prennent le poivron 30 dinars le kilo pour le revendre 80 dinars au dtail. Pour remplir une seule caisse, louvrier exige 50 dinars. Imaginez le nombre de caisses quil faudra remplir, sans compter le transport. On est perdant , confie-t-il.
Selon lui, chaque priode de printemps, la production agricole devient importante entranant un effondrement des cours sur le march du gros. Je commence cultiver mes terres la fin aot mais je souffre dun manque deau. Par le pass, on creusait 150 mtres, on trouvait de leau. L, il faut creuser plus de 250 mtres, et encore, ce nest pas sr de trouver de leau. Je ne fais pas que la plasticulture. Jai des cultures de plein champ comme les fves, les oignons, les petits pois et les courgettes. Je suis fellah, je ne peux pas aller au Nord vendre mes produits. Je suis press, je veux revendre ma cargaison localement et reprendre le chemin des champs , explique Tahar Baziz qui vit Biskra depuis 1986.
Courir chaque jour pour gagner sa crote

Originaire de Khenchela, le jeune Salah sest install dans la rgion de MZiraa, lui aussi. Jai lou une terre pour 140 millions de centimes lan. Jai plant des piments, des poivrons, des tomates, des aubergines et des melons. Ça marche plutt bien, je men sors plutt bien. Il ny a pas de problme deau, ici, chacun a son propre forage , dit-il.
Tahar Baziz a introduit une demande pour installer un forage aprs avoir achet un lopin de terre. Mais ladministration a refus. Il y a beaucoup de fellahs qui veulent travailler mais lÉtat ne les aide pas comme il le faut. Aujourdhui, il faut courir chaque jour pour gagner sa crote , dit-il. Selon lui, il ny a que les paresseux qui ne peuvent pas gagner de largent dans le travail agricole actuellement Biskra.
Khamis et El Ayech, avec dautres amis, ont quitt Batna pour cultiver les terres MZiraa. Ils y sont installs depuis quinze ans. Nous avons lou la terre. Nous devons varier notre production pour pouvoir vendre. Nous ne prenons pas de risque. Nous cultivons les piments, les poivrons, les aubergines, les cantaloups et les melons , souligne El Ayech.
Le vendredi, je ne me repose pas

Il se plaint de la mauvaise qualit de certains phytosanitaires qui nont pas beaucoup deffet . Cest devenu un vritable commerce ici. Ces produits (appels dwa) sont chers et sans efficacit. Nous les avons utiliss par exemple quatre reprises pour traiter nos tomates, mais le problme na pas t rgl , relve Khamis.
Autre souci : Khamis et El Ayech peinent trouver des ouvriers lors des rcoltes. Ils terminent la saison de rcolte des piments et des poivrons en juin. Maintenant, ces lgumes vont tre rcolts au Nord du pays, sur la cte. Nous, on se prpare pour la prochaine saison. On ne plante pas de pomme de terre parce quelle nest pas rentable ici. Cest plutt une spcialit dEl Oued o la pomme de terre pousse mme dans le sable (la spunta notamment) , explique Khamis.
Azzeddine est lui prsent dans la rgion de Ain Naga, 53 km de Biskra et 21 km de MZiraa, depuis dix ans. Il y cultive des pastques, des melons, des poivrons et de lail. Jai 14 serres. Je suis aid par mon pouse. Je commence 6h du matin pour suivre mes rcoltes. Le vendredi, je ne me repose pas. Je viens au march chaque jour pour vendre mes produits. Lail est cd entre 25 et 30 dinars el kilo. Le prix rel, en cette priode de printemps, doit tre de 50 dinars , dit-il.
Moussa et son cousin Mohamed sont de simples agriculteurs Ain Naga galement. Sur des terres qui paraissent arides et sans vie pousse, sous serres, tout type de marachers Ain Naga, connue aussi par tre un grand march national de fruits et lgumes.
Lail est produit en grande quantit Biskra (TSA )

La mercuriale instable de Ain Naga

Le march dAin Naga est situ sur un terrain vague, sans clture, sans clairage et sans structures dignes dun march de gros. Cest un march saisonnier qui commence en janvier pour se terminer en juillet. Durant le Ramadan, le march ouvre la nuit malgr le manque dclairage. Nous utilisons les lumires de nos portables pour vendre nos produits , prcise Mohamed.
Moussa, un autre fellah, natif de Khenchela, est prsent sur les lieux depuis trs tt le matin. Aujourdhui, jai vendu les piments 30 dinars. Chaque jour, je fais deux dplacements Ain Naga pour couler la marchandise. Je viens de Zemmoura o la terre est de bonne qualit , dit-il. À Zemmoura, ct de MZiraa, Moussa cultive la terre avec ses enfants aprs avoir travaill chez dautres exploitants. Aujourdhui, jai vendu les aubergines 35 dinars. Cest peu pour moi. Tout est cher. Les engrais coteent entre 1.000 et 10.000 dinars la bouteille , se dsole-t-il.
Une grande offre est constate au march de Ain Naga (TSA )

Au march dAin Naga, les commerants, entre grossistes et dtaillants, viennent de partout : Constantine, Annaba, Batna, Bjaa, Bouira, Oran, Blida, Chlef, Mostaganem Il ny a que les commerants des wilayas lointaines du Sud qui ne viennent pas. Les commerants sont les matres du march. Ils ont toujours tendance baisser de moiti les prix ds louverture des transactions. Nous travaillons parfois perte. Malgr cela, je continue travailler. Je nai pas un autre mtier , lche Fateh qui connait parfaitement les rouages du march.
Au march de Ain Naga, on vient de toutes les wilayas (TSA )

À Biskra, il existe trois marchs nationaux : El ghrous, Ain Naga et MZiraa. Ces marchs sont frquents par des marchands dune quarantaine de wilayas qui sapprovisionnent en tomates, piments, poivrons, courgettes, petits pois, melons. Lors des grandes campagnes, ces marchs restent ouverts 24h sur 24 , souligne le secrtaire gnral de la Chambre dagriculture de Biskra.
Mohamed Tayeb est commerant de Tbessa. Une fois par semaine, il parcourt les 270 km qui sparent Tbessa de MZiraa. Il se dplace ensuite Ain Naga pour sapprovisionner en produits marachers. À chaque fois, le march offre une autre image. Cest plutt les fellahs qui imposent leur loi. Ils nous font voir des vertes et des pas mres avant de nous vendre. Savez-vous quil existe des mandataires cachs qui fixent les prix ds lentre du march. Nous devons surenchrir pour que nous puissions acheter partir du prix fix par le mandataire. Cest comme a , dnonce-t-il.
Les poivrons sont produits en grande qualit Biskra (TSA )

Mustapha, lui, se dplace un jour sur deux de Souk Ahras, situe 400 km au nord, aux marchs de MZiraa et de Ain Naga. Je dmarre vers 22h de Souk Ahras pour arriver vers 3h du matin pour tre au rendez-vous 4h au march de MZira. Chaque jour, le prix change. À Souk Ahras, nous vendons la tomate entre 80 et 100 dinars. Aujourdhui, jai achet les poivrons 30 dinars le kilo, je vais le revendre Souk Ahras 60 dinars. Je prends en compte les frais de transport. Je nachte que les tomates, les piments et les poivrons. Les melons sont bons ici, mais trop chers pour moi , lche-t-il.
Au march de Ain Naga, les transcations commencent le matin (TSA )

Dans lexploitation Ali Tahraoui, on exporte

À MZiraa, au milieu dune fort de serres tunnel se trouve lexploitation agricole Tahraoui Ali qui stale sur 9 hectares. On y cultive des tomates en sol et en hors sol (sur des supports). Lexploitation emploie 115 salaris dont six ingnieurs agronomes et trois techniciens agricoles.
La tomate-cerise est cultive en hors sol (TSA )

Notre objectif est de rcolter des produits de qualit suprieure. Nous sommes parmi les premiers avoir investi dans la rgion de MZiraa et cultiver les tomates. Nous couvrons le march local et exportons selon les normes internationales. Dici, nous avons export nos tomates une trentaine de fois. Les cargaisons ont t expdies par avion-cargo , dtaille Chawki Benamar, grant de lexploitation.
Souvent, les marchands viennent sapprovisionner directement au niveau de lexploitation. Selon Adil Zaouche, ingnieur agronome, douze varits de tomates sont cultives pour rpondre tous les besoins et pour enrichir loffre . Il sagit, entre autres, des tomates-cerises et de la tomate cur de buf. La variation de la production permet, selon lui, dlargir les rseaux de commercialisation. La tomate ronde est celle qui est commercialise localement parce que trs consomme par les Algriens. Nous proposons aussi des tomates de qualit gastronomique en tudiant mme le taux de sucre. Lemballage est tudi aussi. La tomate est pour nous de lor rouge , souligne-t-il.
Les tomates-cerises cultives sous serres dans lexploitation Tahraoui (TSA )

A lxploitation Tahraoui, on cultive douze varits de tomates (TSA )

Les tomates cerises du groupe Tahraoui (TSA )

Plus rsistantes aux vents, les serres canariennes, qui sont de grande dimension et qui permettent de doubler la production, sont utilises au niveau de lexploitation Tahraoui Ali. Nous avons introduit la technique du chauffage sous serre. Ici, en hiver, la temprature baisse sensiblement pendant la nuit. Il y a une diffrence de temprature entre le jour et la nuit qui peut nuire aux produits. Le chauffage permet la plante de pousser dans de bonnes conditions. Cela nous facilite lentre dans les marchs assez tt. Cette saison, nous avons mis sur le march nos tomates, lors de la premire semaine de dcembre. Cela nexistait pas auparavant dans cette rgion , relve-t-il.
Une station de tri lexploitation Tahraoui

Des logiciels adapts pour larrosage des plantes

Lexploitation est quipe dune station darrosage automatique. Cest la premire du genre en Algrie. Des ingnieurs laborent et adaptent des logiciels pour cette station, selon les tapes dvolution de la plante et selon les conditions climatiques. Nous avons introduit galement la technique de brumisation qui aide rduire la temprature en t et augmenter le taux dhumidit ncessaire la plante. Parfois en t, la temprature dpasse les 44 degrs sous serre , indique Adil Zaouche, natif dArris (Batna).
Il relve que la culture de la tomate est plus complique que les autres lgumes ou fruits comme les piments ou les melons. La plante de tomate, qui a un cycle de vie plus long, a besoin de beaucoup dentretien , dit-t-il. Venu de Bjaia, Soufiane Djouder, ingnieur agronome, soccupe des serres. Je suis chaque jour lvolution des plantes sous serre pour viter les maladies. La prvention est ncessaire. Nous utilisons des techniques modernes comme la culture hors sol pour rduire de lutilisation des traitements phytosanitaires. Pour pntrer le march international, il faut avoir une certaine norme de phytosanitaire en plus de qualit , dit-il.
Les melons de Biskra sont dexcellente qualit (TSA )

Il rappelle que les pays europens sont exigeants. Les produits doivent donc tre homologus. Aussi, devons-nous viter quil ait des maladies pour ne pas recourir aux traitements phytosanitaires. Pour larrosage, nous utilisons les eaux souterraines en ajoutant quelques complments alimentaires , enchane Adil Zaouche. Les deux jeunes ingnieurs sont de grands dfenseurs de lagriculture. Limportant est daller l o il y a le travail. Le dveloppement de lagriculture est la seule alternative qui nous reste pour faire voluer lconomie nationale , appuie Sofiane Djouder.
Deglet Nour : lautre richesse de la rgion

Biskra nest pas seulement le potager de lAlgrie. En matire de production des dattes, elle dcroche la mdaille dor depuis longtemps. Biskra est le premier producteur et exportateur de dattes en Algrie. 80% des exportations algriennes de dattes sont de Biksra. Deglet Nour est connue par sa qualit suprieure au niveau international. À la fin 2016, Deglet Nour est devenue un label pour lui donner plus de notorit. Cette labellisation vise la protger aussi. Autour de Tolga, dix communes produisent des dattes de qualit et qui utilisent les mmes techniques de rcolte , explique Mohamed Fawzi Ghemri, secrtaire gnral de la Chambre dagriculture de Biskra.
Des caisses de tomates sont prtes pour tre exports partir de MZiraa (TSA )

LAfrique et lAsie sont les plus grandes destinations des dattes algriennes. Les dattes sont exportes vers les pays arabes, lInde, lIndonsie, l o il y a une communaut musulmane , souligne-t-il. Biskra compte 4 millions de palmiers-dattiers. La production annuelle des dattes dpasse les 4 millions de quintaux par an. Il y a toutes les varits des dattes comme El Ghers et Mechdegla mais 60% de la production est constitue de Deglet Nour. Les dattes ont des drivs produits ici comme le Rob (mlasse), le miel et la farine. La Deglet Nour est parfois mlange des fruits secs, un produit trs demand. Beaucoup dunits de transformation de la datte sont installes ici comme Chetma, Tolga, Sidi Okba , souligne Mohamed Fawzi Ghemri.
2,5 milliards deuros de production agricole Biskra

Selon Ali Serraoui, PDG de Serraoui Group, qui comprend notamment Les Jardins des Zibans et Mziraa agroalimentaire, Biskra est devenue laxe agricole le plus important dAlgrie. En valeur, la production est proche de 2,5 milliards deuros. Biskra est en premire position, suivie dOued Souf avec 1,5 milliards deuros. Donc, lui seul, le ple Biskra-El Oued, assure 4 milliards deuros en production agricole annuelle. Cest une vritable richesse , dit-il.
Daprs Mohamed Fawzi Ghemri, le climat sec et modr de Biskra a aid au dveloppement de lagriculture dans la rgion. Limportance des besoins, laide de lÉtat et le savoir-faire des agriculteurs sont des lments qui ont beaucoup contribu au dveloppement de lagriculture Biskra. Les surfaces irrigues se sont beaucoup largies ces dernires annes Biskra notamment pour les palmiers dont le nombre a augment de 100% depuis 2001. LÉtat a fourni un grand effort en matire dlectrification rurale, mais il y a encore des faiblesses. Le gel sera lev bientt sur certains projets dlectrification agricoles , annonce-t-il.
Selon lui, une baisse de nappes deau a t constate dans certaines rgions avec la scheresse de ces dernires annes dans la valle des Zibans comme Doucen et Ouled Djellal. Mais, il y a aussi beaucoup de rgions o leau existe encore , assure-t-il.
À ses yeux, le fellah doit se concentrer sur la production, pas sur lexportation. Il doit dabord produire en quantit et en qualit. Lexportation est un autre mtier, une autre chane. Des oprateurs conomiques sont spcialiss en ce domaine puisquils connaissent les marchs extrieurs. Par exemple, la datte est exporte depuis un certain temps partir de Biskra. Nos dattes sont vendues dans une trentaine de pays aujourdhui. Nous pouvons le faire pour les fruits et lgumes , conclue le SG de la Chambre dagriculture de Biskra.





 

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